Décès à 53 ans du conseiller d’Erdoğan, promoteur de politiques économiques hétérodoxes
Yiğit Bulut, conseiller du président Recep Tayyip Erdoğan et défenseur de longue date de politiques économiques hétérodoxes vivement critiquées par les économistes et investisseurs, est décédé tôt vendredi matin dans un hôpital privé d’Istanbul. Il avait 53 ans.
Bulut suivait un traitement contre un cancer du pancréas, et son état se serait aggravé ces dernières semaines. Son décès a été annoncé par l’ancien ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu.
Le président Erdoğan a présenté ses condoléances sur les réseaux sociaux, déclarant avoir appris la mort de Bulut « avec une profonde tristesse » et saluant en lui un « collègue précieux ». Erdoğan a ajouté : « Qu’il repose en paix. »
Bulut était conseiller présidentiel depuis 2014, lorsque Erdoğan est devenu président, et siégeait au Conseil de politique économique. Il a joué un rôle majeur dans la construction du discours public sur l’orientation économique de la Turquie, accusant souvent les puissances étrangères et les lobbys des taux d’intérêt des difficultés financières du pays.
Né en 1972 à Keşan dans le nord-ouest du pays, Bulut a fréquenté le lycée Galatasaray et l’université Bilkent avant de poursuivre des études supérieures à Paris. Il était le fils de l’ancien député du Parti de la justice Mustafa Bulut.
Avant d’entrer en politique, Bulut a travaillé comme économiste et journaliste, occupant des postes éditoriaux dans des médias comme CNN Türk, Radikal et Habertürk TV. Au début de sa carrière, il était connu pour ses opinions nationalistes et laïques et critiquait le Parti de la justice et du développement (AKP), notamment son alignement économique avec le Fonds monétaire international.
Sa transformation politique est devenue particulièrement visible lors des manifestations du parc Gezi en 2013, lorsqu’il affirmait que des puissances étrangères utilisaient la « télékinésie » pour déstabiliser Erdoğan. Il a ensuite proclamé sa loyauté absolue au président, déclarant célèbrement : « S’il faut mourir pour Erdoğan, je le ferai. »
Bulut a été l’un des principaux promoteurs de la théorie non conventionnelle d’Erdoğan selon laquelle les taux d’intérêt élevés causent l’inflation – une position en contradiction avec l’économie mainstream. Il dénonçait le secteur bancaire turc comme participant à une « occupation financière », qualifiant le FMI d’outil de domination étrangère et traitant les critiques de la politique économique gouvernementale d’agents de sabotage.
Les économistes ont souvent cité l’influence de Bulut dans la décision turque de maintenir artificiellement bas les coûts d’emprunt malgré une inflation galopante et une livre en chute libre. Ses prises de parole ciblaient régulièrement des institutions comme la banque centrale, qu’il estimait devoir suivre le leadership politique plutôt qu’agir indépendamment.
Au-delà de l’économie, Bulut s’est fait connaître pour des déclarations publiques conspirationnistes, avertissant par exemple que des chefs cuisiniers télévisés étrangers pourraient être des espions ou qu’Israël préparait une attaque secrète contre la Turquie. Ses propos ont régulièrement suscité des critiques, y compris au sein de l’AKP.
Malgré – ou peut-être à cause de – ses déclarations controversées, Bulut a joué un rôle durable aux côtés d’Erdoğan, façonnant le discours économique et nationaliste du gouvernement jusqu’à ses derniers jours.
La date des funérailles n’avait pas été annoncée au moment de la publication.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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