Des associations de presse mettent en garde contre les menaces visant le magazine LeMan suite à une polémique sur une caricature
Les principales associations de presse et d’écrivains turques ont mis en garde mercredi contre l’utilisation d’un langage menaçant et d’incitation publique visant le magazine satirique turc LeMan, alors que le gouvernement intensifie sa réponse à une caricature controversée, a rapporté le service turc de Deutsche Welle.
Le magazine a été critiqué en Turquie plus tôt cette semaine en raison de son édition du 26 juin, qui aurait présenté une caricature du prophète Mahomet, une affirmation que le magazine dément.
Le dessin représentait deux figures âgées, l’une étiquetée « Mahomet » et l’autre « Moïse », se serrant la main en plein ciel au-dessus d’une zone de guerre. Selon LeMan, la caricature était destinée à être un message symbolique contre la guerre, et non une représentation du Prophète.
Le président Recep Tayyip Erdoğan et les hauts responsables de son gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP) ont condamné la caricature avec un langage fort et des dénonciations publiques, accusant le magazine de blasphème.
Dans une déclaration commune, l’Association des journalistes turcs (TGC), l’Association des éditeurs turcs, le Syndicat des journalistes de Turquie (TGS), l’Union des écrivains turcs (TYS) et PEN Turquie ont exprimé une profonde inquiétude face à ce qu’ils ont décrit comme un discours qui cible des individus, incite à l’hostilité et encourage la violence.
La déclaration affirmait que la liberté de la presse et la liberté d’expression sont des piliers fondamentaux de la démocratie pluraliste. Elle mettait en garde contre le fait que présenter des idées, des critiques et surtout de la satire comme des infractions pénales et favoriser un environnement propice à la violence physique approfondit le climat de répression pour tous et cause des dommages irréparables aux fondements de la vie sociale commune.
« Nous appelons toutes les parties à rejeter ce langage menaçant qui cherche à réprimer les idées par la violence et à résoudre les différends par un dialogue pacifique », ajoutait la déclaration.
Dans un communiqué publié sur X, Erdoğan a qualifié mardi la caricature de « provocation ignoble » et d’ »incitation ouverte » déguisée en humour. Le président a déclaré que la caricature équivalait à un discours de haine, promettant des conséquences juridiques.
« Ceux qui agissent avec une telle insolence en répondront devant la justice. Nous suivrons ce processus de près », a-t-il déclaré.
Le ministre de l’Intérieur Yerlikaya a également qualifié le dessin de « vile » et les responsables de « sans vergogne », déclarant à plusieurs reprises qu’ils « paieront devant la loi ». Dans une série de publications sur X, il a annoncé et salué les détentions du caricaturiste, du graphiste, du rédacteur en chef et d’autres membres de LeMan – les désignant souvent seulement par leurs initiales, publiant des images de détention et qualifiant la publication « d’insulte à notre Prophète ».
Les critiques ont déclaré que ces déclarations équivalaient à une incitation et ont directement contribué à une attaque violente d’une foule devant le bureau de LeMan à Istanbul lundi, lorsque des dizaines de Turcs en colère se sont rassemblés sur l’avenue İstiklal, criant « Allahu Akbar » et « Vive la charia », brisant des vitres et attaquant un bar voisin connu pour être fréquenté par le personnel du magazine.
Suite à leur détention plus tôt cette semaine pour la caricature controversée, quatre membres du personnel de LeMan – le caricaturiste Doğan Pehlivan, le graphiste Cebrail Okçu, le directeur général Zafer Aknar et le responsable de la société Ali Yavuz – ont été incarcérés en détention provisoire mercredi pour « insulte publique aux valeurs religieuses ».
Le ministre de la Justice Yılmaz Tunç a soutenu les poursuites judiciaires, citant l’article 216/3 du code pénal turc, qui criminalise « l’insulte ouverte aux valeurs religieuses ».
Le directeur des communications présidentielles Fahrettin Altun a fait écho à ces propos, qualifiant la caricature de « provocation immorale » et avertissant que la Turquie « ne permettra pas de telles attaques contre nos valeurs ».
Les dirigeants de la société civile et les figures de l’opposition soutiennent que c’est le discours incendiaire du gouvernement, et non la caricature elle-même, qui a mis en danger la sécurité publique.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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