Des députés turcs exigent des réponses sur des allégations de viol impliquant des orphelins ukrainiens
Les parlementaires turcs pressent le gouvernement de s’expliquer après que des allégations ont révélé que des orphelins ukrainiens évacués en Turquie dans le cadre d’un programme humanitaire auraient subi de graves négligences et abus, dont deux cas de viol ayant entraîné des grossesses.
Ces allégations sont détaillées dans un rapport de mars 2024 signé par 11 responsables ukrainiens, obtenu par le Organized Crime and Corruption Reporting Project, un réseau international de journalisme d’investigation, et récemment divulgué par le média ukrainien d’enquête Slidstvo.Info.
L’équipe d’inspection comprenait des représentants du commissaire aux droits de l’homme du parlement ukrainien, de l’administration militaire régionale de Dnipropetrovsk, de l’institution du médiateur turc et du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF).
Le rapport s’appuie sur l’inspection d’un hôtel dans la région de Beldibi à Antalya, où était hébergé un groupe d’enfants orphelins et institutionnalisés évacués de l’est de l’Ukraine en guerre après l’invasion russe de février 2022. Ils avaient été placés dans cet hôtel dans le cadre du projet « Enfance sans guerre » géré par la fondation privée de l’homme d’affaires ukrainien Ruslan Shostak.
Le député indépendant d’Istanbul Mustafa Yeneroğlu et le député du parti d’opposition national İYİ (Bon) Turhan Çömez ont chacun soumis des motions détaillées au ministère de la Famille et des Services sociaux, demandant des éclaircissements sur les allégations selon lesquelles 510 enfants ukrainiens amenés en Turquie auraient été exposés à des conditions de vie dangereuses, à des abus psychologiques et physiques et à une exploitation sexuelle par le personnel hôtelier turc.
Les deux députés se sont référés au rapport des responsables ukrainiens, qui a révélé que les enfants auraient été laissés en contact non sécurisé et non supervisé avec des membres masculins adultes du personnel hôtelier ; exposés à la négligence, aux abus psychologiques et aux mauvais traitements physiques ; logés dans des conditions jugées insalubres et privés d’un accès adéquat aux services médicaux d’urgence ; forcés par certains encadrants à nettoyer des chambres ; contraints de réciter des poèmes, chanter, danser ou apparaître dans des vidéos de campagnes de dons ; et incapables de recevoir un soutien psychosocial constant malgré des traumatismes visibles.
L’allégation la plus grave du rapport indique que deux filles, âgées de 15 et 16 ans, sont tombées enceintes après avoir été violées à plusieurs reprises par des employés de l’hôtel. Les deux filles ont ensuite été renvoyées en Ukraine et ont accouché sans bénéficier de services sociaux adéquats, l’une d’elles ayant tenté de se suicider.
Selon le quotidien Karar, Yeneroğlu a soumis une motion détaillée demandant quels protocoles juridiques régissaient le transfert des enfants en Turquie, quand les autorités ont eu connaissance des grossesses et si le renvoi des filles en Ukraine a entravé l’enquête. Il a également demandé si la Fondation Shostak a entravé les inspections, quelles mesures administratives ou judiciaires ont été prises concernant les allégations de négligence et de travail des enfants, si la Turquie a respecté ses obligations internationales en matière de protection de l’enfance et combien d’enfants ukrainiens restent sous la protection de l’État.
Il a également demandé si de nouvelles réglementations étaient en préparation pour les futures évacuations transfrontalières d’enfants vulnérables.
Dans une motion distincte, Çömez a accusé le gouvernement turc d’avoir échoué à prévenir ou à enquêter efficacement sur ces abus. Il a déclaré dans un tweet au sujet de sa motion que les preuves du rapport montraient que « deux filles ont été violées par le personnel hôtelier » et a affirmé que « l’incident a été minimisé en prétendant que les enfants avaient ‘consenti’ ».
« Après toutes ces violations, l’ensemble du groupe d’enfants a été renvoyé en Ukraine en guerre avec leurs traumatismes », a déclaré Çömez, ajoutant que le parlement doit déterminer si les institutions turques ont rempli leurs obligations légales.
📍Savaş’ta ailelerini kaybetmiş 510 yetim çocuk, Ukrayna merkezli bir vakıf tarafından Türkiye’ye getirildi ve devlet himayesinde otellere yerleştirildi.
📍Bir süre sonra Ukrayna Parlamentosu İnsan Hakları Komiseri Ofisi bir gözlem ziyareti gerçekleştirerek rapor hazırladı.… https://t.co/ZQ1jblADG8 pic.twitter.com/C7vWtxEFpU— Turhan Çömez (@ComezTurhan) December 2, 2025
Selon les médias locaux, le ministère turc de la Famille et des Services sociaux a déposé une plainte pénale après la découverte des grossesses. Les procureurs turcs ont néanmoins classé l’enquête pour « manque de preuves ». Un recours déposé par les avocats du ministère a été rejeté. L’Ukraine a clos son enquête parallèle en juin 2025 pour les mêmes motifs.
La Direction de la communication de la présidence turque, par le biais de son Centre de lutte contre la désinformation, a rejeté ces allégations comme trompeuses, affirmant que les hôtels avaient été sélectionnés par une fondation ukrainienne et que les soins quotidiens étaient assurés par du personnel ukrainien, ajoutant que les autorités turques n’avaient pris connaissance des abus qu’après le retour des enfants en Ukraine.
Yeneroğlu a rejeté cette explication dans sa motion parlementaire, déclarant que « tout enfant sur le sol turc, quel que soit le pays qui l’envoie, est sous la protection directe des autorités turques ».
Il a noté que le site web officiel du ministère indique que l’hébergement des enfants ukrainiens et leur accès aux services sociaux étaient supervisés par le personnel provincial.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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