Deux accusés du procès des effondrements sismiques de 2023 arrêtés à Ankara après 720 jours de cavale
Un tribunal turc a placé en détention provisoire deux accusés à Ankara après 720 jours de fuite dans le cadre de l’effondrement d’un immeuble ayant tué 35 personnes lors des séismes de février 2023 qui ont dévasté des régions de la Turquie, a rapporté jeudi le service turc de la BBC.
Les séismes de magnitude 7,8 et 7,5 ont frappé 11 provinces du sud et du sud-est de la Turquie le 6 février 2023, faisant 53 725 morts, plus de 107 000 blessés et des millions de sans-abri après l’effondrement de milliers de bâtiments.
Selon un communiqué du gouvernorat de Kahramanmaraş, les pâtissiers Sami Kervancıoğlu et Mustafa Pekel, risquant chacun jusqu’à 876 ans de prison pour leur rôle présumé dans l’effondrement de l’immeuble Ezgi, ont été arrêtés lors d’une descente à 3h du matin dans une résidence du district d’Etimesgut à Ankara.
Uğur Biricik, l’avocat de Nurgül Göksu – qui a perdu son fils, sa belle-fille et sa petite-fille dans l’effondrement de l’Ezgi et se bat pour obtenir justice – a confirmé à la BBC turque que les deux accusés ont été officiellement placés en détention provisoire par un tribunal après leur interpellation.

Lors de l’audience du 13 mai, le procès s’est poursuivi devant le tribunal pénal de grande instance n°4 de Kahramanmaraş pour 12 accusés, dont Kervancıoğlu et Pekel alors en fuite, un en détention provisoire, deux libérés sous contrôle judiciaire et sept fonctionnaires. La prochaine audience est fixée au 30 septembre.
Les deux suspects, gérants de la pâtisserie Kervan au rez-de-chaussée, sont accusés d’avoir effectué des rénovations non autorisées ayant gravement endommagé les éléments porteurs. Ces modifications – dont la coupe de colonnes et de murs de contreventement – sont pointées comme cause principale de l’effondrement lors du premier séisme.
Ils encourent des peines de 876 ans chacun pour « meurtre et blessures avec intention probable ».
Les fugitifs retrouvés dans une villa de luxe liée à un proche d’un ex-député de l’AKP
Selon le quotidien Birgün, Kervancıoğlu et Pekel ont été arrêtés dans une villa du district d’Etimesgut. Ce bien immobilier de luxe de 7 000 m² appartient à Cengiz Gökay, gendre de Hüseyin Samani, ancien député du Parti de la justice et du développement (AKP).
Gökay, apparu sur des photos officielles avec des dirigeants de l’AKP dont le président Erdoğan, affirme ignorer la présence des fugitifs, invoquant une location par ses filles. « Si la police me convoque, je témoignerai », a-t-il déclaré.
Des milliers de bâtiments se sont effondrés en 2023 à cause de constructions défaillantes et du non-respect des normes parasismiques. En février, le ministère de la Justice comptabilisait plus de 2 000 enquêtes et 1 397 actes d’accusation. Les critiques dénoncent une justice limitée, avec de nombreux acquittements ou peines réduites pour « bonne conduite », soulevant des doutes sur l’accountabilité dans la pire catastrophe moderne du pays.
La Turquie, située sur des failles majeures, a un bilan médiocre en matière de poursuites après des séismes. Après celui d’İzmit en 1999 (magnitude 7,4, 17 000 morts), seules 110 des 300 affaires jugées aboutirent à des condamnations – souvent légères. Certaines furent classées après prescription en 2007.
Les observateurs doutent que la justice turque puisse cette fois rendre des verdicts équitables ou répondre aux exigences des familles de victimes.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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