Des manifestants brandissent des portraits de Narin Guran, huit ans, dont le corps a été retrouvé après 19 jours de disparition, lors d'une manifestation dans le quartier de Kadikoy à Istanbul, le 8 septembre 2024. - Le corps d'une fillette de huit ans portée disparue en Turquie depuis 19 jours a été retrouvé après une vaste battue, a annoncé le ministre de l'Intérieur le 8 septembre. Le corps de Narin Guran a été retrouvé dans un sac, dans une rivière de la province sud-est de Diyarbakir, à environ un kilomètre du village où elle vivait avec sa famille, a déclaré le gouverneur de Diyarbakir aux journalistes. (Photo Ozan KOSE / AFP)
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Documentaire sur le meurtre d’une fillette de 8 ans bloqué en Turquie pour raisons de sécurité nationale

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Par Bosphorama

Publié le

Les points importants

  • Censure pour raison d’État : Le documentaire « Şeytantepe » sur le meurtre de Narin Güran a été bloqué en Turquie et retiré de YouTube sous prétexte de sécurité nationale.
  • Questions sans réponse : Malgré des condamnations, aucun mobile n’a été établi et des doutes persistent sur les preuves, les témoignages et le traitement de l’affaire.
  • Répression médiatique : Cette censure s’inscrit dans une vague plus large de blocages visant les journalistes, les militants et les médias indépendants en Turquie.

Un documentaire qui remet en question l’enquête et le procès autour du meurtre de Narin Güran, 8 ans, a été bloqué en Turquie pour des motifs de sécurité nationale et d’ordre public.

« Şeytantepe », produit par le média numérique indépendant 140journos, a également été retiré de YouTube après avoir attiré 2,9 millions de vues, selon le projet de surveillance de la censure EngelliWeb de l’Association pour la liberté d’expression.

Narin a disparu du quartier rural de Tavşantepe, dans la province sud-est de Diyarbakır, le 21 août 2024. Son corps a été retrouvé 19 jours plus tard dans un sac, dans un ruisseau à environ un kilomètre de son domicile. Un rapport médico-légal a conclu qu’elle avait été étranglée le jour de sa disparition.

Sa mère, Yüksel Güran, son frère aîné Enes Güran et son oncle Salim Güran ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible en décembre 2024 pour le meurtre en réunion de la fillette. La plus haute cour d’appel de Turquie a confirmé leurs condamnations un an plus tard.

Le voisin Nevzat Bahtiyar a avoué avoir déposé le corps de Narin dans le ruisseau. Sa peine initiale de quatre ans et demi pour dissimulation de preuves a été annulée en appel. Il a été condamné à 17 ans en avril après un nouveau procès pour complicité de meurtre avec préméditation.

Malgré les condamnations, aucun mobile n’a été définitivement établi. Les contestations concernant les données des antennes relais, les images de surveillance, les témoignages changeants et le traitement des preuves continuent d’alimenter le débat public et les appels à la réouverture de l’affaire.

Sorti le 11 avril, « Şeytantepe » examinait ces contestations et affirmait qu’une campagne médiatique virulente avait présenté la famille Güran comme coupable avant même le début du procès.

Il présentait également les points de vue de proches, d’avocats et d’autres personnes qui remettent en question les preuves et estiment que les membres condamnés de la famille sont innocents.

La page du documentaire sur le site de 140journos avait déjà été ordonnée de retrait et bloquée par le tribunal de paix pénal de première instance de Diyarbakır le 27 août.

EngelliWeb a également indiqué que le compte X de Tuncay Beşikçi, un expert dont les opinions figuraient dans le documentaire, avait été bloqué pour les mêmes motifs et rendu inaccessible en Turquie.

Ömer Faruk Gergerlioğlu, député du Parti démocratique des peuples pour l’égalité et la démocratie (DEM Party, pro-kurde), a accusé le ministère de la Justice de tenter de dissimuler la vérité.

« Interdire ce documentaire, c’est tenter d’enterrer la justice avec Narin », a-t-il déclaré.

Gergerlioğlu a également partagé une déclaration de la plateforme Justice pour Narin et sa famille, qui a qualifié ce blocage de censure.

Le groupe a déclaré que le retrait du documentaire ne résoudrait pas les questions entourant la disparition de Narin, les images de surveillance, les preuves contradictoires ou les méthodes scientifiques utilisées dans l’enquête.

« La confiance dans l’affaire Narin Güran peut être assurée non pas en réduisant au silence les questions, mais en fournissant des réponses ouvertes, scientifiques et vérifiables », a déclaré la plateforme.

Ce blocage fait suite à une enquête pénale ouverte par le parquet général de Diyarbakır le 26 août, à la demande de la gendarmerie provinciale et de son unité d’enquête criminelle, selon l’agence de presse étatique Anadolu.

Les autorités ont allégué que le documentaire visait à discréditer l’enquête et les poursuites, et ciblait la décision finale du tribunal, le personnel de la gendarmerie et les responsables judiciaires impliqués dans l’affaire.

Les procureurs ont ensuite demandé à la commission d’enquête sur les crimes financiers (MASAK) d’examiner les transactions financières de 31 personnes liées au tournage, à la production et au financement du documentaire, dans le cadre d’une enquête pour diffusion présumée d’informations trompeuses.

La censure en ligne est répandue en Turquie. Le rapport EngelliWeb 2025 d’İFÖD a révélé que plus de 1,5 million de sites web et de noms de domaine avaient été bloqués à la fin de cette année-là.

Le groupe a indiqué que l’article 8/A de la loi turque sur l’internet, qui permet des restrictions pour des motifs de sécurité nationale et d’ordre public, était de plus en plus utilisé contre les reportages d’intérêt public, les journalistes, les groupes de la société civile et les comptes de l’opposition, souvent par le biais de décisions contenant peu de justifications détaillées.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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