Greenpeace Turquie appelle à une justice fiscale pour lutter contre la crise climatique
Greenpeace Turquie a exhorté le gouvernement à réformer le système fiscal pour combattre à la fois le changement climatique et les inégalités sociales, demandant la fin des subventions aux industries polluantes et l’adoption du principe du « pollueur-payeur », rapporte le service turc de Deutsche Welle jeudi.
Dans son nouveau rapport, Fiscalité et justice climatique en Turquie, le groupe affirme que les avantages fiscaux bénéficiant aux énergies fossiles et autres secteurs nuisibles à l’environnement doivent être supprimés, les ressources étant redirigées vers l’adaptation climatique et la protection sociale.
La Turquie est classée comme très vulnérable dans 9 des 10 dimensions de fragilité climatique ; rien qu’en 2023, les autorités ont enregistré 5 233 catastrophes, dont 40 % d’inondations et 32 % d’incendies de forêt.
Le rapport alerte également sur l’aggravation des risques, soulignant que les phénomènes météorologiques extrêmes, les sécheresses et la montée des eaux menacent déjà des vies et des moyens de subsistance. Il prévoit que la durée des vagues de chaleur pourrait augmenter de 284 % à +1,5°C, de 774 % à +2°C et de 4 242 % à +4°C par rapport à la période 1985-2014.
Un sondage d’opinion inclus dans le rapport révèle un mécontentement généralisé envers le système actuel. 72 % des répondants estiment que le régime fiscal turc est injuste, et 80 % soutiennent une fiscalité plus élevée pour les riches et les entreprises afin de limiter les impacts du changement climatique. Les 10 % les plus aisés en Turquie émettent en moyenne 22,6 tonnes équivalent CO2 (tCO₂e) par personne annuellement, contre 3,1 tCO₂e pour les 50 % les plus modestes – un écart qui plaide pour l’approche du pollueur-payeur.
Berk Butan, militant chez Greenpeace, a déclaré à DW que le modèle actuel fait peser le fardeau sur les citoyens ordinaires tout en subventionnant les pollueurs. Il a pointé du doigt les subventions aux énergies fossiles s’élevant à 63,8 milliards de livres (1,5 milliard de dollars) en 2023, notant que cet argent aurait pu financer des centaines d’avions de lutte contre les incendies.
En 2024, 65 % des recettes fiscales de la Turquie proviennent des taxes indirectes, près du double de la moyenne européenne (34 %), ce qui alourdit la charge relative pour les ménages à revenus faibles et moyens. Cette structure, selon le rapport, perpétue les inégalités et limite le financement des mesures d’adaptation protégeant les plus vulnérables.
Le rapport préconise une allocation équitable et transparente des financements pour l’adaptation, une réforme fiscale et budgétaire selon le principe pollueur-payeur, ainsi que l’adoption d’un budget vert pour suivre et prioriser les dépenses climatiques.
La campagne, lancée sous le slogan « Kirletene Ödet, Yükümü Hafiflet » (Faire payer les pollueurs, alléger mon fardeau), recueille également des signatures publiques pour faire pression sur le gouvernement.
Cet appel intervient après que le parlement a adopté en juillet une loi climatique attendue de longue date, que les critiques accusent de privilégier les mécanismes de marché aux véritables actions environnementales. La loi instaure un système d’échange de quotas d’émission (ETS) et établit le cadre institutionnel pour réduire les gaz à effet de serre, mais les députés de l’opposition et les ONG la dénoncent comme servant avant tout les intérêts des entreprises.
« Cette prétendue ‘loi climatique’ est introduite uniquement au bénéfice de cinq entreprises pro-gouvernementales », a déclaré à l’époque Ali Mahir Başarır, député du Parti républicain du peuple (CHP). « Elle n’offre aucune solution pour les régions où vivent les citoyens à faible revenu, pourtant les plus touchés par le changement climatique. »
Les groupes environnementaux ont relayé ces critiques. La Fondation TEMA a estimé que la législation ne prévoit pas d’élimination progressive des énergies fossiles ni de transition juste, la qualifiant de réglementation pour les marchés du carbone où « les perdants sont les populations et la nature ».
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
Et vous, qu'en pensez-vous ?




