HRW exhorte la Turquie à abandonner son projet de loi criminalisant les identités LGBTQ+
Human Rights Watch a appelé mercredi le gouvernement turc à retirer immédiatement un projet de loi qui criminaliserait les identités LGBTQ+ et les soins d’affirmation de genre, avertissant qu’il marquerait l’un des plus graves reculs en matière de droits depuis des décennies, selon le Stockholm Center for Freedom.
La proposition, connue sous le nom de 11e Paquet Judiciaire, modifierait l’article 225 du Code pénal turc, qui couvre actuellement l’outrage public aux bonnes mœurs. Selon le projet, toute personne « agissant contre son sexe biologique » ou « encourageant ou faisant l’éloge d’un tel comportement » pourrait encourir entre un et trois ans de prison. Un autre article criminaliserait les cérémonies d’union ou de mariage entre couples de même sexe, avec des peines allant jusqu’à quatre ans. La peine maximale pour les actes sexuels en public passerait également d’un an à trois ans.
La législation pourrait aussi toucher les médias numériques et audiovisuels, y compris les plateformes de streaming diffusant des films ou séries mettant en scène des relations homosexuelles. Un tel contenu pourrait être poursuivi pour « incitation à des comportements contraires à la morale publique », selon les termes du projet.
L’amendement permettrait également des poursuites pénales contre les organisations de la société civile soutenant les minorités sexuelles et de genre, ainsi que contre les médias et journalistes traitant des questions d’identité de genre ou d’orientation sexuelle.
« Engager des poursuites pénales contre des personnes en raison de leur identité de genre ou de leur orientation sexuelle constitue une violation profonde de la dignité humaine et équivaut à une oppression sanctionnée par l’État », a déclaré Hugh Williamson, directeur Europe et Asie centrale de Human Rights Watch. « Le gouvernement turc devrait abandonner ces amendements qui violent ouvertement le droit international et plongeraient les personnes LGBTQ+ dans une crainte permanente d’arrestation et de poursuites. »
Quinze organisations LGBT en Turquie ont exprimé de vives inquiétudes quant au fait que ces amendements menacent les libertés fondamentales, l’égalité devant la loi et la participation à une société démocratique.
HRW a rappelé qu’en vertu du droit international des droits de l’homme, les gouvernements ont l’obligation de respecter, protéger et garantir les droits des personnes LGBTQ+ et ne peuvent invoquer une désapprobation morale pour justifier leur déni ou des discriminations, encore moins engager des poursuites pénales. Le groupe a souligné que toute restriction doit avoir un objectif légitime et être établie par une loi précise, accessible et prévisible, afin que les citoyens comprennent quels comportements pourraient les mettre en conflit avec la loi.
Le projet introduit également de nouvelles restrictions sur les procédures de réassignation de genre. L’âge minimum passerait de 18 à 25 ans, et les candidats devraient être célibataires et obtenir un rapport médical d’un hôpital agréé par le ministère de la Santé attestant de la nécessité médicale de l’intervention pour raisons de santé mentale. Le rapport ne pourrait être établi qu’après quatre évaluations espacées d’au moins trois mois.
Les opérations de réassignation de genre non autorisées seraient punissables de trois à sept ans de prison et de lourdes amendes pour les professionnels de santé les pratiquant hors cadre légal.
Dans une déclaration, l’Association médicale turque a souligné que l’accès des personnes LGBTQ+ aux services de santé nécessaires ne devrait jamais être criminalisé et a rappelé que le projet viole les droits humains.
Le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir en Turquie présente de plus en plus la visibilité LGBTQ+ comme une menace pour la morale publique et les valeurs familiales. Les marches des fiertés sont interdites dans les grandes villes depuis des années, et les responsables décrivent fréquemment le militantisme LGBTQ+ comme une attaque contre les normes traditionnelles. S’il est adopté, le 11e Paquet Judiciaire représenterait l’une des mesures légales les plus restrictives visant les personnes LGBTQ+ en Turquie depuis des décennies.
« L’Union européenne, le Conseil de l’Europe et leurs États membres devraient utiliser tous les canaux diplomatiques et politiques pour garantir l’abandon de ce projet de loi régressif qui mettrait gravement en danger les personnes LGBTQ+ en Turquie », a déclaré Williamson. « C’est un test décisif du respect par la Turquie de l’État de droit et des principes démocratiques fondamentaux en matière de droits et d’égalité. »
L’homosexualité n’est pas illégale en Turquie, mais l’homophobie y est répandue. Il est courant que le président turc Recep Tayyip Erdoğan et d’autres politiciens de son parti s’en prennent aux personnes LGBTQ+ et les accusent de perversion et de destruction des valeurs familiales.
Par ailleurs, la Turquie s’est classée 47e sur 49 pays en matière de droits des personnes LGBTQ+ dans l’édition 2025 de l’Indice Arc-en-Ciel publié en mai par l’Association internationale lesbienne, gay, bisexuelle, trans et intersexe (ILGA), qui place la Turquie parmi les cinq pires pays d’Europe pour les droits LGBTQ+.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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