Des partisans du maire d'Istanbul Ekrem İmamoğlu manifestent devant le complexe pénitentiaire et judiciaire de Marmara-Silivri où se tient son procès pour corruption, le 9 mars 2026. (Photo par BERK OZKAN / AFP)
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HRW exhorte la Turquie à lever les restrictions lors du procès d’İmamoğlu

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Par Bosphorama

Publié le

Human Rights Watch (HRW) a exhorté lundi les autorités turques à lever les restrictions imposées aux avocats, journalistes et public souhaitant suivre le procès du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, alors que l’audience entame sa troisième semaine.

Ce procès, qui a débuté le 9 mars et implique İmamoğlu ainsi que 406 responsables municipaux accusés de ce que les défenseurs des droits qualifient de charges politiques motivées, soulève des inquiétudes croissantes quant à sa transparence et son accessibilité.

HRW a critiqué les décisions du tribunal pénal d’Istanbul n°40 de limiter l’accès aux audiences et de confiner les journalistes dans un angle éloigné de la salle d’audience, affirmant que ces mesures sapent le principe de justice ouverte.

« Le principe fondamental selon lequel la justice doit être rendue publiquement exige un accès pour les journalistes, avocats et public, surtout lorsque des élus sont jugés dans des procès d’intérêt majeur », a déclaré Benjamin Ward, directeur adjoint pour l’Europe et l’Asie centrale chez HRW.

« Cette immense salle d’audience dispose d’espaces inutilisés qui permettraient aux journalistes de suivre efficacement les débats. »

Les audiences se tiennent au tribunal du complexe pénitentiaire de Marmara à Silivri, le district le plus éloigné d’Istanbul (70 km du centre-ville), sous haute sécurité avec gendarmes, barrages et contrôles d’identité multiples.

Le 16 mars, le tribunal a ordonné par écrit de limiter l’accès aux seuls accusés, trois avocats par défenseur, un proche chacun et la presse, excluant tout autre public. Les avocats observateurs sans mandat ont également été interdits.

Les audiences des 17 et 18 mars se sont tenues avec un renforcement de la sécurité et une présence publique réduite. Les proches des accusés étaient relégués au fond, tandis que de nombreux bancs réservés aux avocats restaient vides.

Après négociations, quelques députés du CHP (Parti républicain du peuple) ont pu accéder au fond de la salle le 18 mars, ainsi que des proches et responsables de l’opposition, mais l’accès général et les avocats indépendants restaient restreints.

Ces restrictions font suite à des sessions tendues marquées par des conflits sur les places attribuées entre le tribunal, les avocats de la défense, journalistes et élus du CHP, parti dont est issu İmamoğlu.

Plus tôt dans le procès, une dispute entre le député CHP Turan Taşkın Özer et le juge président sur les places attribuées avait brièvement interrompu l’audience, illustrant les tensions croissantes.

Les journalistes protestent contre leur relégation dans un « angle mort » de la salle où seuls les témoignages amplifiés sont audibles et les accusés visibles sur écrans, les échanges hors-micro étant inaudibles.

Après qu’un journaliste ait interpellé İmamoğlu à sa sortie d’audience, les reporters sont désormais confinés au fond, ayant déposé des requêtes pour rejoindre les bancs latéraux vides afin de mieux observer.

HRW dénonce ces restrictions s’inscrivant dans une pression plus large sur les journalistes turcs couvrant les enquêtes visant İmamoğlu, d’autres maires CHP et les procédures affectant la direction du parti.

L’acte d’accusation reproche à İmamoğlu d’avoir dirigé une organisation criminelle, incluant corruption, détournement de marchés publics et espionnage, avec des peines totales pouvant atteindre 2430 ans. Les critiques y voient une criminalisation de l’activité politique légitime et une répression de l’opposition après les bons résultats du CHP aux municipales de 2024.

Deux co-accusés, les maires CHP de Şişli (Resul Emrah Şahan) et Beylikdüzü (Mehmet Murat Çalık), doivent présenter leur défense cette semaine. HRW avertit qu’avec les restrictions actuelles, le public pourrait être exclu de leurs audiences.

La Constitution turque garantit des audiences publiques, les sessions à huis clos n’étant autorisées qu’en cas d’impératifs de moralité ou sécurité publique. En 2023, la Cour constitutionnelle a réaffirmé ce principe, soulignant que les restrictions ne peuvent être qu’exceptionnelles.

L’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme garantit également le droit à un procès équitable et public. La CEDH admet des limitations strictement nécessaires à l’intérêt de la justice.

« Imposer des restrictions arbitraires sape la confiance dans cette procédure et viole les exigences du droit turc et international », a déclaré Ward. « Les autorités devraient permettre un accès complet plutôt que de limiter le droit à l’information. »

Le procès devrait durer 45 jours d’audience.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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