Israël envisage de fermer son consulat à Istanbul face aux tensions avec la Turquie
Israël envisage de fermer son consulat général à Istanbul, ce qui ne laisserait que son ambassade à Ankara comme seule représentation diplomatique officielle en Turquie, selon un rapport du média israélien Ynet publié mardi.
Les deux missions israéliennes en Turquie, l’ambassade à Ankara et le consulat général à Istanbul, fonctionnent sans diplomates israéliens sur place depuis octobre 2023, selon le rapport. Les diplomates israéliens affectés en Turquie sont actuellement stationnés en Bulgarie, tandis que le personnel local en Turquie travaille à distance.
Le consulat israélien d’Istanbul indique sur son site web qu’il est « fermé au public jusqu’à nouvel ordre » et redirige les demandes d’assistance consulaire vers un numéro WhatsApp d’urgence et des adresses email.
Ynet rapporte qu’il n’y a pas de consensus au sein du ministère israélien des Affaires étrangères concernant la fermeture de cette mission. Certains responsables estiment que maintenir un consulat vide gaspille des fonds publics, tandis que d’autres avertissent qu’une réouverture ultérieure pourrait s’avérer difficile.
Le rapport souligne également les préoccupations concernant la communauté juive d’Istanbul, estimée par Ynet à environ 15 000 personnes. La fermeture du consulat pourrait être perçue comme un coup porté à cette communauté.
Hay Eytan Cohen Yanarocak, expert israélien sur la Turquie, a déclaré à Ynet que fermer le consulat serait « une erreur très grave », arguant qu’Israël devrait considérer la valeur diplomatique de la mission plutôt que son seul coût.
Il a ajouté que la présence diplomatique israélienne en Turquie pourrait servir de levier dans les futures négociations avec Ankara. Il a également précisé qu’une fermeture unilatérale israélienne ne provoquerait probablement pas de mesure réciproque turque, car Ankara ne considère pas son consulat à Jérusalem comme équivalent au consulat israélien à Istanbul.
Ynet indique que le ministère israélien des Affaires étrangères n’a pas encore pris de décision finale.
Ce débat intervient après plusieurs incidents sécuritaires près du consulat. Un homme a été arrêté ce mois-ci après avoir tiré sur un bâtiment voisin de la mission, sans faire de blessés ni de dégâts. En avril, des hommes armés ont ouvert le feu près du consulat, blessant deux policiers, tandis que les forces de l’ordre ont abattu l’un des assaillants.
La Turquie et Israël avaient rétabli des relations diplomatiques complètes en 2022 après des années de tensions, convenant de renommer des ambassadeurs quatre ans après leur retrait.
Les relations se sont à nouveau détériorées après octobre 2023. L’ambassadeur d’Israël en Turquie a quitté le pays ce mois-là avec d’autres diplomates israéliens. La Turquie a ensuite rappelé son ambassadeur à Tel Aviv pour consultations.
Les tensions ne se limitent pas à l’offensive israélienne à Gaza. Les deux pays s’affrontent également sur la Syrie, où la Turquie cherche à étendre son influence sur le nouveau gouvernement tandis qu’Israël mène des frappes tout en mettant en garde contre l’expansion militaire turque dans la région.
Reuters rapportait en avril 2025 qu’Israël accusait la Turquie de vouloir transformer la Syrie en un protectorat turc, tandis que la Turquie exigeait qu’Israël cesse de saper les efforts de stabilisation et se retire des territoires syriens occupés.
Des responsables turcs et israéliens ont ensuite tenu des discussions techniques en Azerbaïdjan pour éviter des affrontements indésirables en Syrie, où les deux pays ont des intérêts militaires. Israël a averti la Turquie que toute base turque dans la région de Palmyre constituerait une « ligne rouge ».
Le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan déclarait en juillet 2025 que la Turquie avait transmis ses objections aux frappes israéliennes en Syrie par des canaux de renseignement. Il affirmait qu’Ankara ne souhaitait pas d’instabilité dans la région.
Gaza reste toutefois la source la plus visible de confrontation publique. La Turquie a accusé Israël de génocide, demandé à se joindre à la plainte de l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de Justice et annoncé en mai 2024 l’arrêt du commerce direct avec Israël.
Mais la position turque a également fait l’objet de critiques de la part de groupes de solidarité palestiniens et de rapports liés à l’ONU. Un rapport d’octobre 2025 de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés, intitulé « Génocide à Gaza : un crime collectif », décrit le génocide à Gaza comme un crime collectif soutenu par la complicité d’États tiers.
Le rapport indiquait que la Turquie figurait parmi les pays dont les actions ne correspondaient pas à leurs déclarations, citant des échanges commerciaux indirects signalés, des livraisons de pétrole et des transbordements depuis les ports turcs vers Israël malgré la suspension officielle du commerce par Ankara. Il mentionnait également des biens à double usage pouvant servir à des fins civiles mais aussi soutenir la capacité militaire israélienne.
Des groupes pro-palestiniens ont par ailleurs affirmé qu’au moins 57 cargaisons de pétrole brut totalisant près de 47 millions de barils avaient atteint Israël depuis le port turc de Ceyhan après l’annonce de l’embargo commercial par la Turquie. Selon ces groupes, le pétrole était transporté via le pipeline Bakou-Tbilissi-Ceyhan avant d’être livré à Israël, des allégations qui ont alimenté les appels à un embargo commercial et énergétique total de la Turquie.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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