Taybet İnan
Turquie•3 min de lecture

La Cour constitutionnelle rejette presque toutes les violations des droits dans le cas de la mort d’une femme kurde en 2015

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Par Bosphorama

Publié le

La Cour constitutionnelle turque a rejeté presque toutes les allégations de violations des droits dans le cas d’une femme kurde dont le corps est resté exposé dans la rue pendant une semaine après avoir été tuée par les forces de sécurité lors des couvre-feux dans le sud-est du pays en 2015, a rapporté mercredi l’agence de presse pro-kurde Mezopotamya.

Le gouvernement turc a imposé des couvre-feux dans des dizaines de villes et districts entre juillet 2015 et février 2017 pour chasser les militants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) des zones urbaines. Les groupes de droits de l’homme ont déclaré à l’époque que ces opérations ont piégé des milliers de résidents chez eux et ont conduit à des abus généralisés, y compris des morts civiles.

Taybet İnan, 57 ans, a été abattue le 19 décembre 2015 devant chez elle dans le district de Silopi de la province de Şırnak, une région à majorité kurde. Son corps est resté dans la rue pendant sept jours avant d’être transporté à un hôpital public pour une autopsie. La femme, mère de neuf enfants, a été enterrée 23 jours après sa mort. Seuls trois membres de sa famille ont été autorisés à assister à ses funérailles en raison des restrictions imposées par le gouvernement à l’époque.

Sa famille a porté l’affaire devant la Cour constitutionnelle en janvier 2021, invoquant des violations du droit à la vie et deux autres violations en raison de l’absence d’enquête efficace sur son meurtre et du traitement de son corps par la suite.

La cour a rejeté l’affirmation selon laquelle le gouvernement avait violé le droit à la vie et les autres allégations au motif que la requête n’avait pas été déposée dans le délai légal.

Les requêtes individuelles devant la cour doivent être déposées dans un délai de 30 jours à compter de la date à laquelle les recours internes sont épuisés ou, si aucun recours n’est disponible, à partir de la date à laquelle la violation a été découverte, selon les règles de procédure de la cour.

La cour n’a cependant constaté une violation que dans la gestion des funérailles d’İnan, affirmant que les restrictions imposées lors des obsèques n’avaient pas de base légale et portaient atteinte au droit de la famille au respect de la vie privée et familiale. L’affaire a été renvoyée devant un tribunal de première instance pour un nouveau procès, mais la famille s’est vu refuser une indemnisation.

L’avocat de la famille, Ramazan Demir, a déclaré que celle-ci porterait l’affaire d’İnan devant la Cour européenne des droits de l’homme, tandis qu’Ömer İnan, l’un des fils de la défunte, a déclaré que la décision de la cour n’était pas une surprise puisqu’il est impossible d’attendre la justice d’un tribunal dans un pays qui n’est pas régi par l’état de droit.

Aucun responsable n’a été jugé pour le meurtre d’İnan.

En septembre 2024, Mezopotamya a rapporté que le ministère de la Justice n’avait fourni aucune information sur l’affaire en réponse à une question parlementaire posée neuf mois plus tôt par Nevroz Uysal Aslan, députée de Şırnak du Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples (DEM Parti), pro-kurde.

Selon la députée, İnan est morte sur les lieux de son exécution, et les forces de sécurité ont empêché son enlèvement pendant une semaine. Lorsque son mari et son beau-frère ont tenté de récupérer le corps, ils ont été pris pour cible par des tireurs d’élite. Halit İnan a été blessé et Yusuf İnan, le beau-frère, a été tué.

Un rapport de 2016 de l’organisation turque de défense des droits de l’homme Mazlumder indique que plus de 200 personnes ont été tuées et plus de 10 000 maisons détruites dans le seul district de Cizre à Şırnak pendant les couvre-feux.

En 2019, la Cour européenne des droits de l’homme a refusé d’examiner les plaintes concernant les couvre-feux de Cizre, estimant que les voies de recours internes n’avaient pas été épuisées.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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