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La loi turque sur la désinformation utilisée contre au moins 83 journalistes depuis 2022, selon les données

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Par Bosphorama

Publié le

La Turquie a inculpé au moins 83 journalistes à 114 reprises en vertu de sa loi sur la désinformation depuis son entrée en vigueur en octobre 2022, selon les données compilées par la plateforme indépendante Veriler Ne Diyor? (Que disent mes données?), rapporte le Stockholm Center for Freedom.

La loi a introduit le délit de « diffusion publique d’informations trompeuses » dans le code pénal turc et a entraîné 54 enquêtes et 39 procès contre des journalistes, ainsi que 11 interpellations et 10 arrestations liées à des activités journalistiques.

Ces chiffres contredisent les déclarations de Feti Yıldız, haut responsable du Parti d’action nationaliste (MHP) et artisan clé de cette législation, qui affirmait en février que cette loi « ne vise pas les actualités ou les journalistes ».

Les données montrent que si de nombreuses enquêtes n’ont pas donné suite, les pressions judiciaires persistent par d’autres moyens. Sur 54 enquêtes, 41 ont été classées sans suite, tandis que d’autres ont conduit à des procédures en cours ou à des mesures de contrôle judiciaire comme des interdictions de voyager ou des obligations de se présenter régulièrement à la police. Dans plusieurs cas, les tribunaux ont imposé des restrictions comme des assignations à résidence plutôt que des emprisonnements immédiats.

Trois journalistes ont été condamnés à des peines de prison en vertu de cette loi, bien qu’au moins une condamnation ait été annulée en appel. Parmi eux figurait le journaliste Sinan Aygül, initialement condamné à 10 mois de prison en 2023 pour un post sur les réseaux sociaux avant d’être acquitté par une cour d’appel.

Deux autres – Yüsra Batıhan de l’agence pro-kurde Mezopotamya (MA) et la commentatrice Sedef Kabaş, qui anime sa propre chaîne YouTube – ont également écopé de 10 mois dans des affaires distinctes liées respectivement à des reportages sur les séismes et à des commentaires économiques.

Certains journalistes ont été visés à plusieurs reprises. İsmail Arı du journal BirGün a fait face à six inculpations et a été arrêté en mars. Alican Uludağ, journaliste à Deutsche Welle Turquie, est actuellement emprisonné dans le cadre d’autres accusations tout en faisant l’objet de multiples enquêtes au titre de cette même disposition.

Au total, les autorités ont interpellé 11 fois des journalistes en vertu de cette loi, les libérant souvent sous contrôle judiciaire. Les mesures comprenaient des interdictions de voyager, des obligations de se présenter à la police et dans un cas, l’obligation de lire et résumer des livres sur la liberté de la presse.

L’application de la loi s’est intensifiée autour de la couverture des séismes qui ont frappé la Turquie en février 2023, l’une des pires catastrophes du pays. Entre février 2023 et janvier 2024, au moins 14 journalistes ont été inculpés pour leurs reportages dans les zones sinistrées, notamment sur des allégations concernant la distribution d’aide ou les restrictions d’accès.

Dans un cas, un reportage sur des troubles dans une prison après le séisme a été confirmé par des documents officiels lors du procès, bien qu’il ait servi de base aux poursuites.

Les données indiquent qu’en excluant les années partielles, environ 29 journalistes par an en moyenne ont été inculpés depuis l’adoption de cette disposition.

Au 8 avril, les autorités avaient déjà inculpé huit journalistes en 2026, dont des interpellations récentes liées à des reportages et activités sur les réseaux sociaux.

La Turquie fait face depuis longtemps aux critiques des organisations internationales sur la liberté de la presse. Le pays était classé 159e sur 180 dans le « Classement mondial de la liberté de la presse 2025 » de Reporters sans frontières (RSF).

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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