La plus haute cour turque condamne trois anciens juges dans un procès controversé lié au coup d’État
La Cour criminelle suprême de Turquie a condamné trois anciens juges de la Cour de cassation à près de 13 mois de prison chacun pour « abus répété de fonction publique », a rapporté l’agence de presse Anka jeudi.
Le jugement a été rendu dans une affaire impliquant cinq anciens hauts magistrats accusés d’avoir rendu des décisions sous l’influence du mouvement Hizmet, une communauté religieuse que le gouvernement turc désigne comme une « organisation terroriste ».
Les juges étaient accusés de faute professionnelle lors du procès du coup d’État militaire dit « du Coup de massue » (Balyoz).
Ce complot, révélé en 2010 par le désormais disparu journal Taraf, impliquait selon les accusations des officiers militaires planifiant des mesures drastiques pour déstabiliser le pays et renverser le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir. Plus de 300 militaires, dont d’anciens généraux, ont été jugés dans le cadre de ce procès et condamnés à de lourdes peines.
Le procès s’est tenu dans la Grande Chambre de la Cour constitutionnelle, qui sert de Cour criminelle suprême lorsqu’elle juge des magistrats de haut rang, des membres du cabinet, du président ou du vice-président.
L’un des accusés, Ahmet Toker, a assisté à l’audience par visioconférence depuis la prison où il est détenu pour des charges sans rapport. Les autres accusés — Ekrem Ertuğrul, Abdurrahman Kavun et Hamza Yaman — étaient présents dans la salle d’audience.
Le président de la Cour constitutionnelle, Kadir Özkaya, a présidé l’audience. Le général à la retraite Bekir Memiş, plaignant dans l’affaire, a témoigné que les accusés avaient agi sous la direction du mouvement Gülen et a déclaré avoir subi un préjudice personnel en conséquence.
La cour a acquitté Ertuğrul, invoquant un manque de preuves. Le dossier de Fikriye Şentürk, une autre accusée dont le mandat d’arrêt n’a pas été exécuté, a été séparé de la procédure.
Les accusés ont nié les charges et demandé un acquittement.
Toker, Kavun et Yaman ont été reconnus coupables d’abus de fonction continu, une accusation découlant de leurs rôles dans les décisions originales du procès Balyoz.
Au cours de la dernière décennie, l’érudit turco-islamique Fethullah Gülen, décédé en octobre dernier, et son mouvement, autrefois loué par le gouvernement turc pour ses activités dans l’éducation et le dialogue interreligieux et interculturel, ont fait face à diverses accusations du gouvernement, notamment d’avoir orchestré des enquêtes sur la corruption en 2013 et une tentative de coup d’État en juillet 2016.
Le gouvernement turc a qualifié Gülen et son mouvement de « terroristes » en mai 2016.
Gülen et ses partisans ont fermement nié toute implication dans le coup d’État ou dans des activités terroristes, mais ont été la cible d’une répression sévère pendant une décennie, qui s’est intensifiée après la tentative de putsch avortée.
Dans le cadre de cette répression, plus de 4 000 juges et procureurs ont été limogés pour avoir été accusés d’être liés au mouvement Gülen.
Le procès Balyoz s’est étalé sur plus de 15 ans, commençant par la révélation en 2010 d’un prétendu complot de coup d’État militaire en 2003 visant à renverser l’AKP. En 2012, des centaines d’officiers militaires ont été condamnés, mais la Cour constitutionnelle a annulé les verdicts en 2014, invoquant des violations du droit à un procès équitable. Un nouveau procès en 2015 a abouti à des acquittements généralisés, bien que les procureurs aient continué à poursuivre quelques affaires. En 2021, la plus haute cour d’appel de Turquie a partiellement infirmé ces acquittements, conduisant à de nouvelles peines de prison en 2023. La procédure judiciaire s’est conclue en avril 2025 lorsque la Cour de cassation a confirmé les condamnations de six officiers à la retraite, mettant fin à l’un des procès les plus politisés de Turquie.
Bien que l’AKP ait fermement soutenu le procès Balyoz à ses débuts, le décrivant comme un effort plus large pour limiter l’influence militaire en politique, il s’en est ensuite distancé.
Après le lancement de sa guerre contre le mouvement Gülen, le gouvernement a affirmé que le procès avait été orchestré par des sympathisants du mouvement dans le cadre d’un complot plus large visant à saper l’armée, une affirmation niée par le mouvement.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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