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Turquie•3 min de lecture

La police bloque la commémoration du 1er Mai et arrête des dizaines de personnes sur la place Taksim à Istanbul

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Par Bosphorama

Publié le

La police turque a arrêté plus de 30 personnes à Istanbul lundi après avoir bloqué une commémoration du 1er Mai près de la place Taksim, dont des dirigeants syndicaux et des représentants de partis politiques et d’organisations de la société civile, a rapporté l’agence de presse Anka.

La police a empêché les membres de l’Initiative du 1er Mai Taksim, une coalition de syndicats et d’organisations de la société civile, de se rassembler à Kazancı Yokuşu, un lieu symbolique lié aux massacres du 1er Mai 1977.

Les forces de l’ordre ont encerclé le groupe près du parc Gezi et sont intervenues alors que les participants tentaient de tenir l’événement.

Selon des rapports cités par sendika.org, plus de 30 manifestants ont été arrêtés, certains ayant subi des violences physiques lors de l’opération policière.

Avant le rassemblement, la police avait bouclé la place Taksim et ses environs avec des barrières, limitant ainsi l’accès au site. L’opérateur du métro d’Istanbul a annoncé que la station de métro Taksim et la ligne de funiculaire étaient fermées conformément à une décision du gouvernorat d’Istanbul.

Les autorités ont déclaré que l’interdiction était basée sur une décision au niveau du district suite à des appels pour un rassemblement alternatif du 1er Mai dans la zone.

Malgré les restrictions, les manifestants ont brandi des œillets et scandé des slogans affirmant que la place Taksim est le lieu légitime pour les commémorations du 1er Mai.

Süleyman Keskin, dirigeant du syndicat des travailleurs de l’énergie (Enerji-Sen), affilié à la Confédération des syndicats progressistes (DİSK), a critiqué l’interdiction, déclarant que le gouvernement avait à plusieurs reprises tenté d’empêcher les travailleurs d’exercer leur droit de se rassembler à Taksim malgré des décisions de justice antérieures en faveur des manifestants.

L’interdiction des rassemblements du 1er Mai sur la place Taksim remonte à 2013, lorsque la police a utilisé à plusieurs reprises la force pour empêcher les syndicats et leurs sympathisants de se rassembler dans la zone.

En décembre 2023, la Cour constitutionnelle turque a jugé que les interdictions et les interventions policières lors des célébrations du 1er Mai en 2014 et 2015 avaient violé le droit de réunion pacifique des membres de DİSK.

Un arrêt de 2013 de la Cour européenne des droits de l’homme avait également conclu que la Turquie avait violé le droit de réunion pacifique en restreignant un rassemblement du 1er Mai à Taksim en 2008.

Après les déclarations de Keskin, le groupe a organisé une brève séance de sit-in avant que la police n’intervienne et procède à des arrestations.

Kazancı Yokuşu revêt une profonde signification symbolique pour le mouvement ouvrier turc. Les événements de 1977, connus sous le nom de « 1er Mai sanglant », restent l’une des attaques les plus meurtrières contre des manifestants ouvriers de l’histoire du pays.

Lors du rassemblement du 1er Mai sur la place Taksim, des coups de feu ont éclaté depuis des bâtiments environnants, provoquant la panique et une bousculade mortelle. Entre 31 et 36 personnes ont été tuées et plus de 100 blessées.

Par la suite, plus de 500 manifestants ont été arrêtés et 98 ont été inculpés, mais aucun des auteurs n’a jamais été identifié. Les soupçons à l’époque s’étaient portés sur des réseaux clandestins liés à l’État et des groupes d’extrême-droite dans le contexte des violences politiques généralisées de la fin des années 1970.

Les syndicats et organisations professionnelles, dont DİSK, la Confédération des syndicats de fonctionnaires (KESK), l’Union des chambres d’ingénieurs et d’architectes turcs (TMMOB) et l’Association médicale turque (TTB), continuent chaque année de commémorer les victimes à Kazancı Yokuşu, tout en faisant face aux restrictions des autorités.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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