La société minière canadienne Alamos Gold quitte la Turquie dans une transaction de 470 millions de dollars
La société minière canadienne Alamos Gold se retire de Turquie, acceptant de vendre tous ses actifs au conglomérat turc Tümad Madencilik (groupe Nurol Holding) pour 470 millions de dollars, rapporte le quotidien Sözcü ce lundi.
Les actifs incluent les projets aurifères controversés de Kirazlı, Ağı Dağı et Çamyurt dans la région de Kazdağları, une chaîne montagneuse du nord-ouest de la Turquie, couvrant les provinces de Çanakkale et Balıkesir. La société a déclaré que les fonds serviront à financer des projets plus rentables en Amérique du Nord et à réduire sa dette.
La transaction prévoit trois versements échelonnés : 160 millions de dollars à la clôture, 160 millions supplémentaires après un an et 150 millions la deuxième année, avec une finalisation attendue au quatrième trimestre 2025, selon Sözcü.
Le PDG John A. McCluskey a affirmé que cette vente valorisait significativement les actifs turcs de l’entreprise et financerait des projets au Canada et au Mexique.
Alamos Gold a longtemps été au cœur des polémiques en Turquie pour ses activités dans les Kazdağları, où son projet Kirazlı avait entraîné en 2019 l’abattage de dizaines de milliers d’arbres. Ces opérations avaient provoqué des manifestations écologistes massives et un tollé public, aboutissant à la suspension des activités après l’expiration des licences et le refus des autorisations environnementales pour d’autres projets. Alamos avait engagé une procédure d’arbitrage international contre la Turquie via ses filiales néerlandaises après le non-renouvellement de sa licence. Ces procédures seront suspendues puis annulées une fois les conditions contractuelles remplies, a précisé l’entreprise.
Bien que les opérations aient cessé, la société restait un symbole des dégâts environnementaux menés par des intérêts étrangers dans le secteur minier turc. Cette vente marque la fin officielle de la présence d’Alamos dans le pays.
Un secteur minier globalement sous pression
Ce retrait intervient dans un contexte de durcissement des contrôles sur l’industrie minière turque, notamment après le glissement de terrain meurtrier de la mine d’or de Çöpler (province d’Erzincan) en février 2024, qui a coûté la vie à neuf ouvriers. Le site est exploité par Anagold Madencilik, une coentreprise turco-canadienne majoritairement détenue par l’américaine SSR Mining.
Une coulée de terre contaminée au cyanure et à l’acide sulfurique a enseveli le site après que la direction aurait ignoré des fissures visibles. Un tribunal a depuis bloqué les projets d’extension de la mine pour risques environnementaux. Lors du troisième procès ce mois-ci, la cour a confirmé le maintien en détention provisoire de cinq responsables parmi 43 accusés pour « homicides multiples » et « pollution par négligence ». Les prochaines audiences sont prévues en novembre.
Protocole minier Canada-Turquie
Malgré ces controverses, les entreprises canadiennes restent actives dans le secteur minier turc. Ankara a accueilli cette semaine la signature d’un protocole de coopération entre l’Association des mineurs de Turquie (TMD) et l’Association minière du Canada (MAC). Cet accord, signé en présence d’Arslan Narin (directeur général des Affaires minières et pétrolières du ministère de l’Énergie), vise à implanter le programme canadien « Vers une exploitation minière durable » (TSM) en Turquie pour mieux gérer les risques environnementaux et sociaux. Le président de la MAC, Pierre Gratton, a souligné la demande croissante en minéraux critiques et présenté la Turquie comme un partenaire clé.
Les autorités turques ont salué ce protocole comme une avancée vers des normes plus responsables. Mais des observateurs relèvent l’ironie de nouveaux accords après des années de scandales environnementaux liés à des intérêts canadiens.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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