La Turquie a bloqué 311 000 sites internet en 2024 selon un rapport
Les autorités turques ont bloqué l’accès à plus de 311 000 sites internet en 2024, un chiffre record depuis le début du suivi, a rapporté le Stockholm Center for Freedom, citant des données publiées lundi par l’Association pour la liberté d’expression (İFÖD), un groupe qui surveille la censure en ligne.
Le rapport de l’İFÖD, intitulé « Une censure kafkaïenne dans une cage numérique », indique que ce nombre représente une forte augmentation par rapport aux 240 857 sites bloqués en 2023 et aux 137 717 en 2022. Depuis l’adoption de la loi turque sur internet n° 5651 en 2007, les autorités ont bloqué 1 264 506 sites et noms de domaine via des décisions émises par 852 institutions et tribunaux.
La loi n° 5651 réglemente les contenus en ligne et donne à plusieurs agences le pouvoir d’ordonner des suppressions ou des blocages. L’article 9 de la loi, annulé par la Cour constitutionnelle en 2023, permettait aux particuliers de demander la suppression d’articles ou de contenus prétendument contraires à leurs « droits personnels ». Les critiques estiment que cette disposition a été largement utilisée par des responsables et des hommes d’affaires pour étouffer les enquêtes sur la corruption, les détournements de fonds publics et les scandales politiques. Bien que la cour ait annulé l’article 9, la décision n’est entrée en vigueur qu’en octobre 2024, et les tribunaux ont continué à l’appliquer tout au long de l’année.
Sur les 311 091 blocages enregistrés l’année dernière, 82 % ont été ordonnés par le président de l’Autorité des technologies de l’information et de la communication (BTK), tandis que la Fédération turque de football (TFF), qui a obtenu des pouvoirs de blocage en 2021 pour empêcher la diffusion illégale de matchs, était responsable de plus de 50 000. Les tribunaux n’ont émis que 938 ordres de blocage. Parmi les autres autorités concernées figuraient la Direction nationale de la loterie (MPİ), le Conseil des marchés financiers (SPK), le ministère de la Santé et le Département du tabac et de l’alcool du ministère de l’Agriculture et des Forêts.
La censure s’est étendue au-delà des sites internet. L’association a indiqué que 270 000 URL, 17 000 comptes X, 25 500 vidéos YouTube, 16 700 publications Facebook et 16 000 publications Instagram ont été restreints en vertu de la loi n° 5651 et d’autres dispositions.
Les médias d’information ont également été ciblés. Le rapport révèle que 5 740 articles ont été bloqués en 2024. Au total, plus de 49 000 articles ont été censurés depuis 2014 en vertu de l’article 9.
L’association a déclaré que cette pratique témoignait d’un « mépris systématique » des décisions constitutionnelles et a décrit 2024 comme un tournant où la censure a atteint un niveau « absurde et imprévisible ». Elle a cité le blocage temporaire d’Instagram à l’échelle nationale en août et les restrictions indéfinies sur des plateformes comme Wattpad, Roblox et Discord.
La Turquie, qui reste l’un des pays emprisonnant le plus de journalistes au monde selon les organisations de défense de la liberté de la presse, est descendue à la 159e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025, publié par Reporters sans frontières (RSF) début mai.
Au cours de la dernière décennie, la Turquie a adopté des lois de plus en plus strictes visant les plateformes numériques, notamment avec l’introduction en 2022 d’une « loi sur la désinformation », qui criminalise la diffusion d’« informations fausses ou trompeuses » et prévoit des peines allant jusqu’à trois ans de prison. Les critiques soutiennent que ces lois servent à réprimer la dissidence et à réduire au silence les voix de l’opposition.
Le gouvernement a également considérablement intensifié sa surveillance des activités en ligne, avec des milliers d’utilisateurs des réseaux sociaux enquêtés chaque année pour des publications critiques envers les autorités ou les institutions de l’État.
« Dans un climat où rapporter la vérité est traité comme un crime, les tribunaux décident de ce que le public n’a pas le droit de savoir », conclut le rapport.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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