La Turquie arrête 182 soldats et policiers dans une nouvelle vague de répression contre le mouvement Gülen
La police turque a arrêté 182 militaires et policiers dans une nouvelle vague d’interpellations visant des personnes accusées de liens avec le mouvement Gülen, selon l’agence de presse publique Anadolu.
Ces arrestations s’inscrivent dans une répression persistante contre les sympathisants de Fethullah Gülen, prédicateur islamique décédé en octobre 2024 après avoir vécu en exil aux États-Unis. Le gouvernement turque accuse le mouvement Gülen d’avoir orchestré le coup d’État manqué du 15 juillet 2016, une accusation fermement rejetée par le mouvement. Gülen et ses partisans ont toujours nié toute implication dans cette tentative de putsch ou tout lien avec le terrorisme.
Lors d’une opération coordonnée à Istanbul, Izmir et 41 autres provinces, les forces de l’ordre ont interpellé 163 des 176 suspects visés par des mandats d’arrêt dans le cadre d’une enquête conjointe des parquets d’Istanbul et d’Izmir, rapporte Anadolu.
Parmi les suspects figurent 174 militaires en activité, dont des colonels, lieutenants-colonels, commandants, capitaines, lieutenants et sous-officiers.
Le parquet d’Istanbul a déclaré dans un communiqué que ces interpellations visaient des individus soupçonnés d’avoir utilisé des cabines téléphoniques et lignes fixes selon des méthodes attribuées aux pratiques de communication clandestines du mouvement, une technique que les autorités turques présentent comme cruciale pour identifier ses membres au sein de l’armée.
Le communiqué ne précise pas les chefs d’accusation exacts retenus contre les suspects.
Lors d’une opération similaire en mai, 62 officiers en activité avaient été interpellés pour leurs liens présumés avec le mouvement Gülen, dont 61 furent ensuite placés en détention provisoire.
Les policiers également dans le collimateur
Lors d’une opération distincte, 21 suspects dont 13 policiers en activité et 6 anciens agents ont été interpellés dans 14 provinces dans le cadre d’une enquête du parquet d’Istanbul. Les procureurs les accusent d’avoir participé aux activités du mouvement Gülen au sein des forces de l’ordre.
Ces opérations ont été menées en coordination avec le ministère de la Défense, le MIT (renseignement turc) et les unités anti-terroristes des polices nationale et provinciales.
Autrefois salué par les dirigeants turcs pour ses contributions à l’éducation, l’aide sociale et le dialogue interreligieux, le mouvement Gülen est classé comme « organisation terroriste » par Ankara depuis mai 2016, une qualification non reconnue par les États-Unis, l’Union européenne ou les grandes instances internationales.
Les sympathisants du mouvement, aussi appelés Hizmet (Service), dénoncent une campagne de persécution politique visant à museler toute dissidence et consolider le pouvoir. La purge post-coup de 2016 a conduit à l’inculpation de centaines de milliers de personnes et à l’emprisonnement de dizaines de milliers d’autres pour des accusations de terrorisme largement perçues comme motivées politiquement.
À l’approche du 8e anniversaire de la tentative de putsch en juillet dernier, le ministre de la Justice Yılmaz Tunç a révélé que plus de 705 000 personnes avaient fait l’objet d’enquêtes depuis 2016 pour des liens présumés avec le mouvement Gülen. En juillet 2023, au moins 13 251 individus étaient soit en détention provisoire soit incarcérés pour « appartenance à une organisation terroriste » liée au mouvement.
Ces chiffres auraient encore augmenté ces dix derniers mois, les opérations contre les sympathisants du mouvement Gülen se poursuivant sans relâche. Le président Recep Tayyip Erdoğan et plusieurs ministres ont affirmé qu’il n’y aurait aucun « relâchement » dans la répression après le décès du prédicateur à l’âge de 83 ans.
Les organisations de défense des droits et les observateurs internationaux dénoncent régulièrement l’ampleur de cette purge, ayant entraîné le licenciement d’environ 130 000 fonctionnaires et 24 000 militaires, dont des officiers supérieurs.
Dans une déclaration de novembre 2022, l’ancien ministre de la Défense Hulusi Akar avait confirmé le renvoi de 24 706 militaires des TSK pour affiliation présumée au mouvement Gülen.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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