Les maires Zeydan Karalar d'Adana (gauche), Muhittin Böcek d'Antalya (centre) et Abdurrahman Tutdere d'Adıyaman (droite), tous arrêtés le 5 juillet 2025 dans le cadre d'une répression élargie visant les municipalités dirigées par l'opposition.
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La Turquie arrête trois maires supplémentaires dans une répression élargie contre l’opposition

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Par Bosphorama

Publié le

Trois autres maires du Parti républicain du peuple (CHP), principale formation d’opposition turque, ont été arrêtés samedi matin, élargissant une répression en cours contre le parti, quelques mois seulement après l’arrestation du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu.

Les maires des villes méridionales d’Adana et d’Antalya ainsi que de la ville sud-orientale d’Adıyaman — tous élus lors des élections locales de 2024 — ont été placés en détention dans le cadre de deux enquêtes distinctes pour corruption. Ces arrestations, annoncées par des responsables du parti et confirmées par les médias turcs, ont été vivement critiquées par des figures de l’opposition comme étant politiquement motivées.

Le maire métropolitain d’Adana Zeydan Karalar et le maire d’Adıyaman Abdurrahman Tutdere ont été arrêtés dans le cadre d’une enquête dirigée par le procureur général d’Istanbul, qui les accuse d’avoir participé à un réseau de corruption orchestré par l’homme d’affaires Aziz İhsan Aktaş. Ce dernier, accusé d’avoir dirigé une organisation criminelle pour truquer des appels d’offres publics, avait été libéré de détention provisoire le mois dernier après avoir collaboré avec les autorités dans le cadre de la loi turque sur le « repentir actif ».

Le maire métropolitain d’Antalya Muhittin Böcek, quant à lui, a été arrêté dans le cadre d’une enquête distincte lancée par le procureur général d’Antalya pour des allégations de corruption. Selon des médias turcs, son fils aurait également été placé en détention dans le cadre de la même enquête. Bien que sans lien, ces affaires surviennent dans un contexte de vagues d’accusations similaires visant des municipalités du CHP ces derniers mois.

Le maire adjoint du district de Büyükçekmece à Istanbul, Ahmet Şahin, a également été arrêté samedi, tandis qu’au début de la semaine, 137 personnes ont été interpellées dans une vaste enquête pour corruption à Izmir, un autre bastion du CHP. Les procureurs y rechercheraient au total 157 suspects.

À la suite de ces arrestations, le président du CHP Özgür Özel a convoqué une réunion d’urgence du Comité exécutif central (MYK) du parti à Ankara. Dans un communiqué, les dirigeants du parti ont dénoncé ces arrestations comme faisant partie d’une campagne plus large visant à saper les élus locaux et à remettre en cause les résultats des élections locales de 2024, où le CHP est devenu pour la première fois depuis près de cinquante ans la première formation politique au niveau national.

« Il s’agit d’une opération politique », a déclaré le vice-président du CHP Burhanettin Bulut, qui a confirmé l’arrestation de Böcek sur les réseaux sociaux. « Ceux qui instrumentalisent la justice pour des règlements politiques ne cherchent pas la justice, mais à préserver leur propre pouvoir. »

Karalar, qui est également vice-président de l’Union des municipalités de Turquie, a réagi à son arrestation dans une vidéo filmée à Gebze, où il séjournait chez sa sœur.

« Ils sont venus me chercher dans le cadre d’une enquête lancée à Istanbul », a déclaré Karalar. « Tout le monde sait que je n’ai rien à voir avec de l’argent illicite ou des combines. C’est un processus. Nous nous battrons. Allah est grand. Il tiendra pour responsables ceux qui font le mal. »

Le maire d’Ankara Mansur Yavaş, l’une des figures les plus importantes du CHP encore en fonction, a dénoncé des arrestations sélectives et juridiquement infondées.

« Nos maires sont ciblés sur la base des déclarations d’un homme libéré après avoir soi-disant distribué des pots-de-vin », a déclaré Yavaş. « S’il payait tout le monde, où sont les responsables du Parti de la justice et du développement [AKP] qui ont reçu de l’argent ? Pourquoi ne font-ils pas l’objet d’enquêtes ? Dans un pays où la loi plie devant la politique, personne ne peut avoir confiance en la justice. »

La vice-présidente du CHP Zeliha Aksaz Şahbaz a qualifié cette vague d’arrestations, couplée aux interdictions de diffusion visant des médias d’opposition, d’ »assaut coordonné contre la démocratie ».

« Les maires de Manavgat, Adıyaman, Adana et Antalya, ainsi que le maire adjoint de Büyükçekmece, sont arrêtés. Dans le même temps, Halk TV et Sözcü TV sont frappés d’interdiction de diffusion pendant 10 jours. Ce n’est pas une coïncidence », a-t-elle déclaré, faisant référence à des arrestations antérieures dans le district de Manavgat à Antalya.

Le Conseil suprême de la radio et de la télévision (RTÜK) a récemment imposé une suspension de diffusion de 10 jours aux chaînes Halk TV et Sözcü TV, proches de l’opposition, les accusant d’incitation à la haine publique — une accusation que les deux médias réfutent.

« Aucune interprétation politique nécessaire — le patron a perdu la tête », a déclaré le dirigeant du Parti İYİ (Bon) Müsavat Dervişoğlu en réponse aux questions des journalistes sur les dernières arrestations samedi.

Le Parti démocratique des peuples (DEM), pro-kurde, qui a récemment collaboré discrètement avec le gouvernement dans le cadre de nouvelles initiatives pour mettre fin au conflit kurde vieux de plusieurs décennies, a également publié un communiqué ferme condamnant ces arrestations.

« Cette persécution des élus doit cesser », a écrit la co-présidente du DEM Party Tülay Hatimoğulları. « Ignorer les résultats des élections démocratiques approfondit le fossé dans notre société. Ces opérations bloquent le chemin vers une Turquie démocratique. »

Les critiques du DEM Party revêtent une importance particulière alors qu’une fragile détente politique suit l’annonce en mai par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) de mettre fin à son insurrection armée — une décision qui aurait été facilitée en partie par des contacts indirects impliquant la direction du DEM Party.

Les arrestations de samedi font suite à l’interpellation en mars du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, candidat présumé du CHP à l’élection présidentielle de 2028, emprisonné pour des accusations de corruption largement perçues comme politiques. Son arrestation avait déclenché des manifestations massives à travers la Turquie, la plus importante vague de troubles civils depuis les manifestations du parc Gezi en 2013.

Depuis, le CHP organise chaque semaine des rassemblements « Défendre la volonté nationale » dans différentes villes. Le dernier en date s’est tenu à Istanbul plus tôt cette semaine.

Avec des informations de l’Agence France-Presse

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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