La Turquie arrête un maire et 4 responsables municipaux dans une répression accrue contre l’opposition
Un tribunal turc a arrêté le maire de Şile, une station balnéaire de la périphérie nord d’Istanbul, ainsi que quatre autres responsables municipaux tôt lundi matin dans le cadre d’une répression contre l’opposition, a rapporté le Stockholm Center for Freedom.
Ces arrestations font suite à un raid mené à l’aube du 10 juillet contre la municipalité de Şile, au cours duquel six personnes ont été placées en garde à vue, dont le maire Özgür Kabadayı, membre du Parti républicain du peuple (CHP) d’opposition.
L’enquête, dirigée par le Bureau du terrorisme et de la criminalité organisée du procureur général d’Anadolu, porte sur des accusations de formation d’une organisation criminelle, d’extorsion, de corruption et de truquage d’appels d’offres publics.
Les six détenus ont subi des examens médicaux avant d’être conduits au palais de justice d’Anadolu à Istanbul, où ils ont fait des déclarations officielles. Les procureurs ont ensuite demandé l’arrestation de Kabadayı et de quatre autres responsables municipaux devant le tribunal pénal de paix.
Le juge a statué sur cette demande vers 2h20 du matin ce lundi 14 juillet. Une suspecte, Aslı Kotan, a été libérée sous contrôle judiciaire, ce qui implique généralement une interdiction de voyager et des points de contrôle réguliers avec les autorités.
Le vice-président du CHP Ulaş Karasu a critiqué cette opération dans un post sur les réseaux sociaux : « Les raids à l’aube sont devenus routiniers sous le régime d’un seul homme [du président Recep Tayyip Erdoğan]. Ce matin, notre maire de Şile Özgür Kabadayı et ses collègues ont été placés en garde à vue. Ceux qui ne peuvent accepter leur défaite aux urnes tentent de discréditer nos municipalités. Dans ce climat de perceptions fabriquées, la loi est devenue un instrument de vengeance. Aux prochaines élections, ils seront balayés avec ce système corrompu qu’ils ont construit. »
Le président provincial du CHP à Istanbul, Özgür Çelik, a également exprimé son inquiétude dans une déclaration devant le palais de justice d’Anadolu dimanche soir. « Nous espérons qu’Özgür Kabadayı sera libéré et pourra reprendre ses fonctions », a déclaré Çelik. « Il n’y a aucune preuve tangible contre notre maire. »
Les arrestations de lundi font suite à celle en mars du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, potentiel candidat du CHP à la présidentielle de 2028, emprisonné pour des accusations de corruption largement perçues comme politiquement motivées. Sa détention avait provoqué des manifestations massives à travers la Turquie, la plus importante vague de troubles civils depuis les manifestations du parc Gezi en 2013.
Depuis, le CHP organise chaque semaine des rassemblements « Pour la défense de la volonté nationale » dans diverses villes. Le dernier en date s’est tenu à Istanbul la semaine dernière.
Les organisations de défense des droits accusent depuis longtemps Ankara d’utiliser des mesures judiciaires pour étouffer la dissidence politique et saper les responsables de l’opposition élus.
La date du procès de Kabadayı et de ses co-accusés n’a pas encore été fixée.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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