La Turquie chute à la 109e place de l’indice d’islamicité après une décennie de recul démocratique et économique
Abdülhamit Bilici, Washington, D.C.
La Turquie a chuté à la 109e place sur 149 pays dans l’indice d’islamicité 2024, aggravant un déclin décennal en matière de gouvernance, de justice et de gestion économique mesuré par les valeurs islamiques fondamentales.
Cet indice, publié régulièrement depuis 2015 par la fondation américaine Islamicity Foundation, constitue un outil pionnier développé pour évaluer dans quelle mesure les pays respectent les principes islamiques, non pas à travers les rituels religieux mais dans des domaines tels que la gouvernance, la justice, l’équité économique et la dignité humaine. Il s’applique aussi bien aux pays à majorité musulmane qu’aux autres nations.
En 2015, la Turquie occupait la 65e place dans ce même classement. Elle était tombée à la 100e position en 2022, et sa chute continue dans le rapport 2024 confirme une érosion persistante de la qualité institutionnelle et de l’équité sociale. Autrefois citée en modèle de réforme dans le monde musulman, la Turquie est désormais loin derrière des pays comme la Malaisie, qui reste le pays musulman le mieux classé à la 41e place.
Interrogé par Turkish Minute, le professeur Hossein Askari, l’un des fondateurs de l’indice d’islamicité et un économiste renommé, a exprimé sa profonde déception face à la régression de la Turquie.
« Si on m’avait demandé il y a dix ans quels pays du monde musulman pourraient servir de modèles en matière de réformes économiques et démocratiques, j’aurais cité sans hésiter la Turquie et la Malaisie. Malheureusement, la Turquie est devenue une grande déception. Aujourd’hui, je placerais l’Indonésie aux côtés de la Malaisie », a-t-il déclaré.
L’Indonésie, actuellement classée 56e, a régulièrement amélioré son positionnement en renforçant les normes démocratiques et les réformes économiques. L’Albanie (44e) et le Kazakhstan (68e) ont également progressé. En revanche, la régression de la Turquie se distingue parmi les pays à majorité musulmane.
Ces dernières années, la Turquie souffre d’une détérioration des droits humains et d’une économie mal en point, avec un coût de la vie en flèche et une inflation élevée avoisinant actuellement les 35 %.
Le président Recep Tayyip Erdoğan, dont le Parti de la justice et du développement (AKP) à racines islamistes gouverne la Turquie sans partage depuis 2002, est critiqué pour sa mauvaise gestion économique, l’assèchement des caisses de l’État et l’instauration d’un pouvoir personnel où la dissidence est réprimée et les opposants emprisonnés sur des motifs politiques, surtout après le coup d’État avorté de juillet 2016.
L’indice d’islamicité révèle aussi des reculs ailleurs. Les États-Unis sont passés de la 29e à la 39e place. Israël a chuté de la 27e à la 57e position, tandis que l’Arabie saoudite est descendue de la 90e à la 100e place. La Tunisie, autrefois considérée comme un succès post-Printemps arabe, occupe désormais le 88e rang. Askari avertit que ces évolutions reflètent non seulement des tendances régionales, mais un recul mondial de la gouvernance responsable.
Askari souligne que le déclin des États-Unis et d’Israël s’explique par des problèmes économiques, des standards démocratiques défaillants et des politiques étrangères conflictuelles. Plus globalement, il alerte sur la montée des tendances autoritaires, la progression du protectionnisme économique et la dérive des relations internationales vers un système moins fondé sur le droit.
L’indice s’articule autour de quatre catégories : l’islamicité économique (mesurant les opportunités économiques, la lutte contre la pauvreté et la fiscalité équitable) ; l’islamicité juridique et de gouvernance (évaluant l’État de droit, la redevabilité et la lutte anti-corruption) ; les droits humains et politiques (couvrant les libertés, l’égalité et la protection des droits individuels) ; et les relations internationales (examinant l’engagement d’un pays en faveur de la justice et de la paix).
L’Irlande arrive en tête du classement 2024, suivie de l’Islande, de la Nouvelle-Zélande, du Danemark et des Pays-Bas. Dans l’édition 2022, le Danemark arrivait en tête, devant l’Irlande, les Pays-Bas, la Suède et l’Islande.
Les pays les moins bien classés en 2024 sont la Syrie, le Soudan, l’Afghanistan, le Tchad et la République démocratique du Congo, qui figuraient déjà en bas du tableau en 2022.
« Nous sommes plus que jamais convaincus que ces indices constituent un outil utile pour initier et soutenir un programme de réformes indispensables dans les pays musulmans, en mettant en lumière les succès, les échecs et donc les chantiers prioritaires », ont déclaré les auteurs de l’indice.
Dans une récente interview accordée à Turkish Minute, le professeur Askari avait expliqué la raison d’être de cet indice, commenté le classement des pays musulmans et autres, et évoqué l’importance d’une compréhension juste du rôle de l’islam dans le sous-développement des nations à majorité musulmane.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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