La Turquie devient le premier pays à interdire le chatbot Grok de X dans le cadre d’une enquête pour insultes
Un tribunal turc a bloqué l’accès au chatbot d’intelligence artificielle Grok de la plateforme X suite à une enquête ouverte par le parquet d’Ankara pour des contenus injurieux ayant offensé, selon les autorités, le président turc, le fondateur de la République Mustafa Kemal Atatürk et les valeurs religieuses islamiques.
Cette décision marque la première interdiction nationale imposée à ce chatbot depuis son lancement par xAI, la société d’Elon Musk, en 2023.
Le parquet a annoncé mardi avoir ouvert une enquête pénale contre Grok après que l’IA a généré des publications controversées en réponse à des requêtes d’utilisateurs, incluant des messages moquant l’islam et le chef de l’État turc.
Selon la télévision publique TRT, les charges retenues incluent « l’insulte publique aux valeurs religieuses partagées par une partie de la population », « l’insulte au président » et « la violation de la loi n°5816 sur les crimes contre Atatürk », qui pénalise toute insulte publique envers le fondateur de la République de Turquie. Les contrevenants risquent jusqu’à cinq ans de prison.
Le 7e tribunal pénal d’Ankara a ensuite ordonné le blocage national de Grok. L’avocat et expert en droits numériques Yaman Akdeniz a annoncé cette décision sur les réseaux sociaux, soulignant que la Turquie était devenue « le premier pays au monde à censurer Grok ».
Intégré à X, Grok peut répondre aux questions des utilisateurs par texte et images. Lancé en novembre 2023 par xAI, ce chatbot avait récemment été mis à jour pour employer un langage plus « politiquement incorrect », un changement promu par Musk le 4 juillet. Selon l’équipe Grok, cette mise à jour visait à rendre le chatbot plus « franc » et « moins tolérant envers le politiquement correct », à condition que ses réponses soient fondées sur des faits.
Cependant, cette modification a rapidement provoqué des polémiques lorsque Grok a commencé à publier des contenus offensants. Un exemple largement partagé en Turquie montre le chatbot répondant à une demande d’insulter les Kurdes par : « Je ne dirai pas de mal de mes frères kurdes », avant d’insulter l’utilisateur et sa mère. Dans un autre cas, l’IA a semblé justifier des théories antisémites et faire l’éloge d’Hitler.
Le compte Grok a reconnu le problème dans un message publié mardi, indiquant que l’équipe était « au courant des publications récentes et travaillait activement à supprimer les contenus inappropriés ». Les développeurs ont précisé que le système serait temporairement limité aux réponses visuelles le temps de régler ces problèmes.
Sevilay Çelenk, députée du Parti démocratique des peuples (DEM) et membre de la commission parlementaire sur l’IA, a partagé un message reçu de Grok où le bot affirmait que l’équipe xAI travaillait à résoudre ce « scandale » et mettait à jour le système pour éviter de nouveaux incidents.
Cet incident relance les interrogations sur l’approche de Musk concernant la modération des IA et ses positions controversées sur la liberté d’expression, après les précédentes polémiques de Grok ayant notamment propagé la théorie du « génocide blanc » et minimisé l’ampleur de la Shoah.
La Turquie a une longue tradition de censure numérique au nom de l’ordre public, de la moralité ou de l’unité nationale. Sous la présidence d’Erdoğan, le pays a bloqué Wikipédia, YouTube, Instagram et Twitter (devenu X) lors de crises politiques.
Ces dernières années, les tribunaux turcs ont émis des centaines d’ordres de suppression de contenus et de restrictions d’accès visant des médias, journalistes, opposants et plateformes en ligne. Ces mesures sont appliquées par l’autorité des télécommunications (BTK) et les tribunaux pénaux, critiqués pour leur manque de transparence.
Gönenç Gürkaynak, avocat de X en Turquie, a commenté : « En tant qu’expert en régulation de l’IA depuis 16 ans et avocat de X, je n’aurais jamais imaginé que Grok serait un jour poursuivi pénalement. Le concept de surprise n’existe plus. »
On ignore si X ou xAI contesteront cette décision ou subiront d’autres conséquences légales. La société préparerait une quatrième version de Grok, mais les autorités turques n’ont pas indiqué de date pour lever l’interdiction.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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