La Turquie en tête de l’OCDE pour le désengagement des jeunes, dernière en Europe pour l’emploi des diplômés
Près d’un jeune sur trois en Turquie ne travaille ni n’étudie, soit le taux le plus élevé parmi les membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), selon le rapport « Regard sur l’éducation 2025 » de l’OCDE.
Le pays se classe également dernier en Europe pour l’emploi des récents diplômés universitaires, selon les données d’Eurostat.
Le rapport de l’OCDE révèle que 31,3 % des 18-24 ans en Turquie ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, soit plus du double de la moyenne OCDE (14,1 %). L’écart entre hommes et femmes est marqué : 41,6 % des jeunes femmes sont désengagées contre 22,1 % des hommes.
La Turquie arrive aussi en dernière position parmi 33 pays européens pour l’emploi des jeunes diplômés, avec seulement 63,5 % en activité, selon les données d’Eurostat citées par Euronews. La moyenne européenne est de 84,9 %, tandis que la Bulgarie, l’Estonie et les Pays-Bas dominent avec des taux supérieurs à 92 %.
Défis structurels et inadéquation des compétences
Le rapport de l’OCDE et une analyse complémentaire du TEDMEM, centre de recherche affilié à l’association turque pour l’éducation (TED), soulignent des déséquilibres structurels entre les systèmes éducatif et employeur turcs. Le TEDMEM note que l’expansion rapide de l’enseignement supérieur ne s’est pas accompagnée d’une amélioration qualitative, créant un décalage entre les compétences des diplômés et les besoins du marché.
Selon l’examen des données OCDE par le TEDMEM, le taux d’emploi des diplômés universitaires est de 75,4 % contre 87,1 % en moyenne OCDE. Pour les diplômés du secondaire, il est de 63 %. Les taux de chômage sont similaires quel que soit le niveau d’études (11,2 % sans diplôme secondaire, 10,2 % avec diplôme secondaire, 10,6 % avec diplôme universitaire), suggérant que les études supérieures ne garantissent plus la sécurité de l’emploi.
Faible niveau scolaire et retard dans l’éducation préscolaire
La moitié des 25-64 ans turcs n’ont pas terminé le secondaire, contre un sur cinq en moyenne OCDE. Seuls 26,9 % des adultes turcs ont un diplôme universitaire (41,9 % dans l’OCDE). Parmi les 25-34 ans, la part sans diplôme secondaire est passée de 41 % à 28 % entre 2013 et 2023, tandis que les diplômés universitaires sont passés de 35 % à 44 %.
La Turquie est aussi dernière pour l’éducation préscolaire. La scolarisation des 3-5 ans est passée de 28 % en 2013 à 54 % en 2023, loin derrière la moyenne OCDE (85 %). Pour les enfants de 3 ans, le taux est de 15 % contre 79 % dans l’OCDE, selon des données nationales rapportées par T24.
La formation professionnelle recule (45 % en 2013 contre 35 % en 2023). 42 % des étudiants commencent l’université avec au moins un an de retard, tandis que 64 % obtiennent leur diplôme dans les temps. Le taux d’abandon en première année est de 1 %, le plus bas de l’OCDE.
Financement, enseignants et taille des classes
Les dépenses publiques pour l’éducation ont diminué, passant de 12,9 % à 10,6 % du budget national. La Turquie dépense 4 032 $ par élève dans le primaire/secondaire et 10 825 $ dans le supérieur, contre des moyennes OCDE de 13 527 $ et 21 444 $. En dépenses gouvernementales, les montants sont de 3 374 $ (primaire/secondaire) et 7 698 $ (supérieur), contre 12 438 $ et 15 102 $ dans l’OCDE.
L’école obligatoire dure 8 ans et 6 251 heures en Turquie (9 ans et 7 604 heures en moyenne OCDE). Dans le public, les classes comptent en moyenne 22 élèves contre 11 dans le privé.
Les salaires enseignants restent parmi les plus bas de l’OCDE. Un professeur expérimenté gagne seulement 29 % de plus qu’un débutant, contre 57 à 62 % dans la plupart des pays membres.
Étudiants internationaux et comparaison mondiale
La Turquie accueille 4,3 % des étudiants internationaux mondiaux (71 % d’Asie, 20 % d’Afrique, 8 % d’Europe). Elle affiche aussi le plus faible taux d’abandon en première année du supérieur parmi les membres de l’OCDE.
Le rapport conclut que les progrès turcs dans l’accès à l’éducation ne se sont pas traduits en opportunités économiques. Sans meilleure adéquation entre politiques éducatives et besoins du marché, le pays risque de perdre toute une génération de jeunes dans l’inactivité.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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