Sur cette photo d'archive du 5 juin 2016, Selahattin Demirtaş, co-président du Parti démocratique des peuples (HDP) pro-kurde, prononce un discours à Istanbul lors d'un rassemblement sur l'immunité des députés. La plus haute cour des droits de l'homme en Europe a demandé le 22 décembre 2020 à la Turquie de libérer ce leader kurde emprisonné depuis quatre ans, invoquant des atteintes à sa liberté d'expression et au droit à des élections libres. OZAN KOSE / AFP
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La Turquie fait appel d’une décision de la Cour européenne ordonnant la libération de Demirtaş

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Par Bosphorama

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La Turquie a fait appel d’un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) exigeant la libération immédiate du politicien kurde emprisonné Selahattin Demirtaş, demandant que l’affaire soit renvoyée devant sa Grande Chambre avant que la décision ne devienne définitive, a rapporté le Stockholm Center for Freedom, citant des médias turcs.

Cet appel conteste une décision du 8 juillet par la Cour de Strasbourg qui a estimé que la Turquie violait la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), affirmant que la détention provisoire de Demirtaş depuis plus de quatre ans avait « poursuivi un but inavoué, celui d’étouffer le débat public et de limiter la portée du débat démocratique. » Elle a également critiqué la Cour constitutionnelle turque pour avoir mis plus de quatre ans à statuer sur son recours.

Le délai pour que la Turquie conteste l’arrêt devait expirer mercredi.

Selon l’avocat de Demirtaş, Mahsuni Karaman, la finalisation de l’arrêt a été suspendue en raison de l’appel turc. L’appel sera d’abord examiné par un panel de cinq juges. Si la demande de renvoi devant la Grande Chambre est acceptée, l’affaire sera reconsidérée par cette formation de 17 membres. L’appel suspend temporairement l’arrêt, ce qui signifie qu’il ne prendra effet que si la Grande Chambre refuse d’examiner l’affaire.

Toutefois, si la demande de renvoi de la Turquie est rejetée, le jugement deviendra définitif. Les appels devant la Grande Chambre ne sont généralement acceptés que sur des points importants concernant l’interprétation de la CEDH. Comme un précédent arrêt de violation dans l’affaire Demirtaş est déjà définitif, des experts juridiques estiment que l’appel pourrait être rejeté.

Demirtaş, éminent politicien kurde et critique virulent du gouvernement turc et du président Recep Tayyip Erdoğan, avait été initialement arrêté le 4 novembre 2016 pour des accusations incluant la « propagande terroriste » et des liens présumés avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) interdit.

En mai 2024, Demirtaş a été condamné à 42 ans de prison pour avoir prétendument sapé l’unité de l’État lors des manifestations de Kobani, qui avaient éclaté à travers la Turquie du 6 au 8 octobre 2014 lorsque l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) avait assiégé la ville kurde syrienne de Kobani. Particulièrement violentes dans les provinces majoritairement kurdes du sud-est, ces manifestations avaient fait 37 morts.

La CEDH avait déjà statué à trois reprises — en 2018, 2020 et 2025 — que la détention de Demirtaş violait ses droits, concluant que les autorités turques cherchaient à museler l’opposition politique. Le dernier jugement ordonnait à Ankara de verser à Demirtaş plus de 55 000 euros de dommages et intérêts et frais de justice.

Le Parti démocratique des peuples (HDP) pro-kurde, que Demirtaş avait co-présidé, a depuis été remplacé par le Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples (DEM Parti).

La décision du gouvernement de faire appel a suscité des critiques de la part des dirigeants du DEM Parti, qui ont accusé Ankara de défier le droit international.

« La CEDH a clairement affirmé que Selahattin Demirtaş doit être libéré immédiatement », a déclaré le co-président du DEM Parti Tuncer Bakırhan sur X. « Persister dans cette détention illégale revient à reconnaître l’injustice. »

Sa co-présidente Tülay Hatimoğulları a ajouté : « Notre lutte pour la justice et la démocratie continuera face à ces manœuvres antidémocratiques. »

Malgré plusieurs arrêts de la CEDH, la Turquie a jusqu’à présent refusé de libérer Demirtaş ou l’homme d’affaires et militant emprisonné Osman Kavala, dont la détention prolongée a valu des condamnations du Conseil de l’Europe. Le Comité des ministres du Conseil surveille l’exécution des arrêts de la Cour et peut imposer des sanctions aux États membres qui ne les appliquent pas.

Le fait que des politiciens kurdes connus comme Demirtaş et Figen Yüksekdağ soient emprisonnés alors que le gouvernement mène des pourparlers de paix avec le PKK suscite des interrogations sur les motivations gouvernementales.

Des craintes persistent que le processus de paix visant à mettre fin au conflit armé de plusieurs décennies avec le PKK ne serve de théâtre politique sans aborder les questions fondamentales de justice et d’inclusion politique.

Le processus de paix relancé avait été initié en octobre 2024 par le leader du MHP Devlet Bahçeli. Ce dernier avait publiquement appelé le leader emprisonné du PKK Abdullah Öcalan à exhorter le groupe militant à déposer les armes. Öcalan avait répondu en février par un message appelant le PKK à désarmer et se dissoudre. Les militants avaient brûlé leurs armes dans le nord de l’Irak comme premier geste symbolique le 30 juillet.

Les attentes grandissent quant à des mesures légales réciproques du gouvernement turc, incluant des protections pour les militants déposant les armes et des mesures élargissant les droits politiques et culturels des Kurdes du pays. Cependant, des critiques soulignent que le gouvernement n’a pas encore pris de mesures significatives vers la réconciliation alors que des figures kurdes clés croupissent en prison.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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