Le Jamaïcain Jaydon Hibbert lors de la finale du triple saut masculin aux JO 2024 au Stade de France, le 9 août 2024. Après une 64e place aux JO de Paris avec 101 athlètes et aucun titre olympique - pire résultat du pays dans l'histoire des JO - la Turquie a lancé une vaste campagne de recrutement ayant déjà conduit à la naturalisation de onze athlètes étrangers, dont cinq médaillés olympiques kényans et jamaïcains, en vue des JO 2028 à Los Angeles. (Photo : BEN STANSALL / AFP)
Turquie•3 min de lecture

La Turquie investit dans des athlètes étrangers pour viser l’or aux JO de Los Angeles

B

Par Bosphorama

Publié le

La Turquie propose un soutien financier à long terme pour recruter des stars jamaïcaines et kényanes de l’athlétisme, avec pour objectif de remporter plusieurs médailles d’or aux Jeux Olympiques de 2028 à Los Angeles.

Cette décision fait suite à la piètre performance turque lors des JO 2024 à Paris, où le pays n’a remporté aucune médaille d’or sur les huit obtenues toutes disciplines confondues.

Quatre Jamaïcains de haut niveau, dont Roje Stona, médaillé d’or du lancer de disque masculin en 2024, et un quintet de Kényans, parmi lesquels l’ancienne détentrice du record du monde du marathon féminin Brigid Kosgei, ont accepté de changer de nationalité sportive.

Cependant, Önder Özbilen, coordinateur de l’équipe olympique turque d’athlétisme à l’origine de ce recrutement, a insisté auprès de l’AFP qu’il ne s’agissait pas d’agiter un chéquier pour attirer les athlètes.

“Ce n’est pas un Turc qui se pointe dans certains pays avec un sac d’argent à la main”, a-t-il déclaré.

“C’est le projet de naturalisation le plus long terme et humaniste au monde à ce jour”, a-t-il ajouté.

Ce n’est pas la première fois que la Turquie accueille des athlètes étrangers – ni le seul pays à le faire.

Le Qatar, par exemple, a sécurisé de nombreux talents kényans et éthiopiens, dont Stephen Cherono, devenu Saif Saaeed Shaheen, champion du monde du 3000 m steeple en 2003 et 2005.

Özbilen a démenti les rapports évoquant des primes de 500 000 dollars pour changer de nationalité, mais a confirmé que certains recevraient 300 000 dollars sur 30 mois.

Cette somme compensera l’absence de primes de victoire et la perte de contrats publicitaires pendant les trois années d’inactivité obligatoire avant de pouvoir concourir sous leur nouveau drapeau.

Özbilen affirme avoir rejeté 30 autres candidatures d’athlètes, dont certains Américains, jugés uniquement motivés par l’argent.

Il a néanmoins réussi à attirer l’élite des lanceurs jamaïcains.

Aux côtés de Stona, on trouve Wayne Pinnock et Rajindra Campbell, médaillés d’argent et de bronze du saut en longueur et du lancer de poids à Paris.

Le quatrième recrue est le jeune espoir Jaydon Hibbert, 21 ans, 4e du triple saut à Paris.

Heureusement pour la Jamaïque, où les athlètes sont vénérés, cette liste ne comprend pas de sprinteurs éminents comme Oblique Seville, champion du monde du 100m.

‘Arrose vos fleurs’

Les athlètes percevront un salaire mensuel entre 3000 et 7000 dollars, avec des primes généreuses pour chaque médaille.

Un titre olympique sera récompensé par 1000 pièces d’or turques (Cumhuriyet Altını), soit plus d’un million de dollars.

Le manager de Stona, Paul Doyle, n’a pas mâché ses mots sur les raisons de ce transfert.

Sans ce soutien, “il aurait eu beaucoup de mal à continuer de se consacrer à ce sport”, a-t-il confié à l’AFP.

Pinnock abonde dans ce sens.

“Je n’ai pas le choix. J’aime mon pays, mais la loyauté ne paie pas les factures”, a déclaré le jeune homme de 25 ans au média The Inside Lane en juillet.

Özbilen, qui évoque aussi les signatures de l’heptathlète russe Sofia Yakushina et de la Nigériane Favour Ofili (médaillée d’argent du 200m aux Jeux du Commonwealth 2022) jusqu’en octobre 2032, rejette l’idée d’une motivation purement financière.

“Ce ne sont pas des transferts mercenaires”, argue-t-il, précisant que certains athlètes avaient été “oubliés par leurs fédérations”.

Le Canadien Ethan Katzberg, double champion du monde du lancer de marteau, a en revanche décliné l’offre.

“L’argent n’était même pas le problème”, a expliqué son agent Robert Wagner à l’AFP.

Cette politique de recrutement ne fait pas l’unanimité en Turquie, notamment parmi les athlètes et entraîneurs locaux.

Özbilen y voit pourtant un catalyseur pour développer l’athlétisme national.

“Ils serviront de modèles pour attirer les talents locaux”, affirme-t-il.

World Athletics, la fédération internationale, devra valider ces transferts en vérifiant l’existence d’“un lien authentique avec le pays représenté”.

Wagner espère que chaque dossier sera étudié “avec la plus grande attention”.

“On ne peut pas juste avoir un appartement où quelqu’un arrose vos fleurs en votre absence”, a-t-il ironisé.

Özbilen, qui précise que tous les athlètes ont un logement en Turquie, se montre serein sur le calendrier.

“Nous attendons respectueusement et suivons pleinement la feuille de route”, a-t-il conclu.

© Agence France-Presse

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

Et vous, qu'en pensez-vous ?

À lire également

La Turquie bloque l’accès à 9 plateformes de rencontres, dont OkCupidTurquie

Turquie : 9 sites de rencontres bloqués

Un tribunal turc a bloqué mercredi l'accès à neuf plateformes de rencontres et de réseaux sociaux, dont le site de rencontres OkCupid. Les huit autres plateformes concernées par la décision sont Feeld, GROWLR, Zoe, Lex, Bindr, u4Bear, Disco et TheBlowers. La décision a été annoncée mercredi par EngelliWeb, un projet de l'Association pour la liberté d'expression (İFÖD) qui […]

« Puits de l’enfer » : une mère turque et sa fille luttent contre l’expansion d’une mine de charbonTurquie

Mère et fille : dix ans contre la mine de charbon

Près de son village du sud-ouest de la Turquie, Nejla Işık traverse ce qu’il reste de la forêt d’Akbelen, s’arrêtant pour regarder la mine de charbon dont elle et sa fille combattent l’expansion depuis près de dix ans. « Nous l’appelons le puits de l’enfer », déclare cette militante de 48 ans, chef du village d’İkizköy, qui […]

Un tribunal emprisonne 39 personnes dans une enquête visant une municipalité de district d’Istanbul dirigée par l’oppositionTurquie

Corruption : 39 écroués à Bakırköy

Un tribunal turc a emprisonné samedi 39 personnes en détention provisoire dans le cadre d'une enquête pour corruption ciblant la municipalité du district de Bakırköy, dirigée par l'opposition, à Istanbul, a rapporté le site d'information Bianet, dont des hauts responsables municipaux. Cette affaire s'inscrit dans une série d'enquêtes visant les municipalités remportées par le Parti républicain du peuple (CHP) lors des élections locales de 2024. La maire de Bakırköy, Ayşegül […]

L’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans et les vérifications d’âge entrent en vigueur en TurquieTurquie

Turquie : réseaux sociaux interdits aux -15 ans

L'interdiction par la Turquie des services de réseaux sociaux pour les enfants de moins de 15 ans est entrée en vigueur dimanche, ainsi que des règles exigeant des utilisateurs qu'ils vérifient leur âge via le portail de services en ligne du gouvernement, a rapporté l'agence de presse publique Anadolu. La direction présidentielle de la cybersécurité a annoncé le début du système samedi, déclarant que les mesures visaient à protéger les enfants […]