La Turquie ordonne le blocage de la chaîne YouTube du journaliste emprisonné Fatih Altaylı
Un tribunal turc a ordonné le blocage de la chaîne YouTube du journaliste Fatih Altaylı, actuellement incarcéré.
Cette décision a été prise jeudi par le 6e tribunal pénal de paix d’Istanbul à la demande du parquet général, invoquant la sécurité nationale, l’ordre public et la prévention du crime en vertu de l’article 8/A de la loi turque sur internet n°5651.
L’Association pour la liberté d’expression a confirmé l’interdiction, précisant que l’ordre avait été notifié aux fournisseurs d’accès. Cependant, vendredi, la chaîne d’Altaylı restait accessible en Turquie et YouTube n’avait pas encore appliqué la décision.
L’ordonnance judiciaire intervient quelques semaines après l’émission du 20 juin où Altaylı commentait un sondage indiquant que 70% des Turcs s’opposent à ce que le président Recep Tayyip Erdoğan reste au pouvoir à vie. Il avait déclaré : « Le peuple turc aime les urnes. Il veut que le pouvoir reste entre ses mains », en évoquant l’histoire ottomane où des sultans furent renversés.
Accusé de menaces contre le président, Altaylı a été arrêté le 21 juin. Il rejette ces accusations, dénonçant une déformation de ses propos.
Les arrestations de journalistes pour leurs activités professionnelles sont fréquentes en Turquie, où la liberté de la presse est gravement compromise depuis des années.
Reporters sans frontières classe la Turquie au 159e rang sur 180 pays dans son indice 2025, entre le Pakistan et le Venezuela.
Avec près de 1,65 million d’abonnés, la chaîne d’Altaylı figurait parmi les plus suivies du pays.
Un rapport de juillet 2025 le désignait comme le journaliste le plus regardé sur YouTube avec 28 millions de vues mensuelles et 634 000 vues moyennes par vidéo. Sa chaîne domine les classements depuis mars 2025.
Après son arrestation, les émissions ont continué avec un fauteuil vide à sa place, accueillant des invités de marque comme le leader du CHP Özgür Özel. Ce format a généré des millions de vues.
La vidéo incriminée présentait une lettre d’Altaylı affirmant que le leader du MHP Devlet Bahçeli aurait envoyé un poème au chef du PKK Abdullah Öcalan. Les procureurs y voient une menace pour la sécurité nationale.
En octobre, Bahçeli avait surpris en demandant la libération d’Öcalan, marquant un revirement qui a conduit à une initiative de paix. Le PKK a symboliquement brûlé des armes en juin.
Ce changement de ton du leader nationaliste envers le PKK a provoqué un vif débat, au vu de son opposition historique au groupe.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
Et vous, qu'en pensez-vous ?




