La Turquie place en détention trois dirigeants de l’industrie de la défense pour espionnage
La police turque a interpellé trois dirigeants d’entreprises de défense opérant dans le pays, les accusant d’espionnage au profit de puissances étrangères, a rapporté l’agence de presse DHA mardi, citant un communiqué du parquet d’Istanbul.
Le bureau du procureur affirme que des cadres de l’industrie de défense turque ont tenté de collecter des données biographiques sur des responsables étrangers et d’établir des contacts avec des institutions publiques et des représentants d’autres pays.
L’enquête, coordonnée conjointement par la branche antiterroriste de la police d’Istanbul et le Service national de renseignement (MİT), vise à identifier et démanteler des activités liées à l’espionnage.
Le parquet a indiqué que quatre personnes avaient été identifiées dans cette affaire. Lors d’une opération menée mardi, trois suspects ont été interpellés tandis qu’un quatrième, actuellement à l’étranger, fait l’objet d’un mandat d’arrêt.
Une version antérieure du communiqué du procureur accusait explicitement les Émirats arabes unis (EAU), affirmant que des agents des services de renseignement émiratis avaient obtenu un numéro GSM auprès d’un opérateur turc et utilisé de faux profils en ligne pour contacter des cadres de l’industrie de défense.
Le communiqué initial évoquait également des tentatives d’obtention d’informations sur un téléphone utilisé par le ministère des Affaires étrangères, précisant qu’un suspect avait transporté la ligne GSM aux EAU pour la remettre directement à des agents du renseignement.
Ces détails ont été retirés dans la version révisée publiée sur les réseaux sociaux, qui ne mentionne plus les EAU, le transfert de ligne GSM, les faux profils ou le téléphone du ministère.
Les exportations turques d’armement ont progressé de 29% (7,15 milliards de dollars) en 2024, selon le président Recep Tayyip Erdoğan, portées par le succès de ses drones militaires.
Ce revirement du parquet intervient dans un contexte de réchauffement récent entre Ankara et Abou Dabi après des années de tensions.
Les deux pays ont soutenu des camps opposés dans divers conflits régionaux et se sont affrontés sur des dossiers comme l’exploration gazière en Méditerranée orientale.
Mais depuis 2021, le président Erdoğan cherche à améliorer les relations avec ses rivaux régionaux face à son isolement diplomatique croissant et au déclin des investissements occidentaux.
Début 2022, Erdoğan effectuait sa première visite aux EAU depuis près de dix ans, appelant les hommes d’affaires émiratis à investir en Turquie.
Ce déplacement faisait suite à la rare visite du cheikh Mohammed à Ankara en novembre 2021, après laquelle les EAU avaient annoncé un fonds d’investissement de 10 milliards de dollars pour la Turquie.
Ces derniers mois, le conflit au Soudan a ravivé certaines tensions entre les deux puissances régionales. L’armée soudanaise accuse régulièrement les EAU de fournir armes et soutien aux Forces de soutien rapide (RSF), ce qu’Abou Dabi dément.
La Turquie soutient quant à elle l’Armée soudanaise (SAF), lui fournissant des drones Bayraktar TB2 ainsi que des opérateurs turcs.
Ankara a par ailleurs interpellé ces dernières années des dizaines de suspects accusés de travailler pour des services de renseignement étrangers, notamment liés à Israël, la Russie et l’Iran.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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