La Turquie prépare un projet de loi sur la juridiction maritime qui pourrait accroître les tensions avec la Grèce et Chypre : rapport
La Turquie élabore une législation pour affirmer sa juridiction maritime dans les zones contestées de la mer Égée et de la Méditerranée, une initiative qui pourrait exacerber les tensions avec la Grèce et Chypre concernant les ressources énergétiques offshore, a rapporté Bloomberg vendredi, citant des sources proches du dossier.
Ce projet marquerait une étape d’Ankara pour formaliser ses revendications sur des eaux où la Turquie, la Grèce et Chypre ont des positions concurrentes concernant les frontières maritimes et les réserves potentielles de gaz naturel, selon le rapport.
Les sources, qui se sont exprimées sous couvert d’anonymat, ont indiqué à Bloomberg que le projet visait à renforcer les revendications turques et à déclarer la propriété des ressources gazières potentielles.
Le ministère turc des Affaires étrangères a refusé de commenter, selon Bloomberg.
Le calendrier de dépôt et de débat du projet à l’assemblée reste incertain.
La Turquie et la Grèce, toutes deux membres de l’OTAN, s’opposent depuis longtemps sur la mer Égée, où elles contestent l’étendue des eaux territoriales, de l’espace aérien, des droits sur le plateau continental et des zones maritimes générées par les îles grecques proches de la côte occidentale turque.
La Grèce soutient que les îles ont droit à des plateaux continentaux et des zones économiques exclusives selon le droit international, tandis que la Turquie rejette l’idée que les îles devraient générer les mêmes revendications maritimes que le territoire continental dans tous les cas.
La Turquie n’est pas partie à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, le principal traité régissant les zones maritimes.
Le projet de loi signalé inscrirait pour la première fois la position turque dans la législation.
Cette question affecte également Chypre, une île de la Méditerranée orientale divisée depuis 1974, lorsque la Turquie est intervenue militairement suite à un coup d’État soutenu par la junte militaire alors au pouvoir en Grèce qui cherchait à unir l’île avec la Grèce.
La République de Chypre, membre de l’Union européenne, est internationalement reconnue comme souveraine sur toute l’île, tandis que la République turque de Chypre du Nord (RTCN) dans le nord n’est reconnue que par la Turquie.
Ankara affirme que les Chypriotes turcs ont des droits sur les ressources énergétiques offshore autour de l’île et a régulièrement contesté les accords énergétiques et les activités d’exploration impliquant la République de Chypre.
Devlet Bahçeli, le chef du Parti d’action nationaliste (MHP) d’extrême droite et allié clé du président Recep Tayyip Erdoğan, a averti cette semaine que la Turquie répondrait aux initiatives ignorant ses revendications maritimes ou les droits des Chypriotes turcs.
Les remarques de Bahçeli ont suivi une coopération en matière de sécurité et d’énergie entre la France, la Grèce, Chypre et Israël, perçue avec inquiétude par Ankara.
La Méditerranée orientale est devenue un foyer de rivalité régionale depuis la découverte de réserves gazières offshore près de Chypre, d’Israël et d’Égypte.
La Turquie a cherché à rompre ce qu’elle considère comme son exclusion des arrangements énergétiques régionaux et a signé un accord sur les frontières maritimes avec le gouvernement basé à Tripoli en Libye en 2019, un accord rejeté par la Grèce, Chypre et l’Union européenne.
L’UE a précédemment menacé de sanctions contre la Turquie pour ses activités de forage et d’exploration en Méditerranée orientale, après que la Grèce et Chypre ont accusé Ankara de violer leurs droits souverains.
Washington a exhorté la Grèce et la Turquie à maintenir le dialogue sur les différends concernant l’exploration et la juridiction maritime, a indiqué Bloomberg.
Ce projet de loi signalé intervient après des échanges acerbes entre la Turquie et la Grèce concernant des cartes maritimes et des restrictions de pêche ces derniers mois.
Le ministère turc des Affaires étrangères a accusé en avril la Grèce de publier des cartes de restrictions de pêche dans des zones où Ankara affirme qu’Athènes n’a pas de juridiction, qualifiant cette initiative de violation des zones de juridiction maritime turques.
La Grèce a rejeté les revendications turques comme n’ayant aucun fondement juridique et affirme que ses positions maritimes s’appuient sur le droit international.
Cette législation, si elle est déposée, pourrait mettre à l’épreuve une amélioration fragile des relations entre Ankara et Athènes après des années de tensions sur les questions migratoires, les activités militaires, l’exploration énergétique et les différends territoriaux.




