La Turquie refuse à une fille emprisonnée d’assister aux funérailles de son père décédé en détention
Les autorités turques ont refusé à la fille emprisonnée du détenu malade İbrahim Güngör, décédé en détention le 7 septembre, d’assister à ses funérailles lundi, a rapporté le Stockholm Center for Freedom, citant le site d’information TR724.
Sueda Güngör, étudiante universitaire, a été arrêtée le 20 juin pour ses liens présumés avec le mouvement Gülen après avoir milité pendant des mois pour la libération de son père, faisant face à des accusations similaires à celles ayant conduit à sa condamnation.
Avec des membres de sa famille, elle a multiplié les appels à la libération de son père de 72 ans pour raisons médicales, en vain. İbrahim Güngör souffrait de la maladie d’Alzheimer, de diabète et de problèmes de prostate, ayant été hospitalisé à plusieurs reprises ces dernières semaines. Fin août, il avait été transféré de la prison de Menemen à l’hôpital municipal d’İzmir pour insuffisance respiratoire et forte fièvre, soigné en soins intensifs avant d’être renvoyé en prison malgré son état critique.
Güngör était directeur des affaires étudiantes à l’université Gediz d’İzmir, institution liée au mouvement Gülen fermée par décret gouvernemental après la tentative de coup d’État de 2016. Accusé d’avoir organisé des réunions religieuses avec des membres du mouvement Gülen, encouragé la participation à ses activités et collecté des dons pour des étudiants, il avait été condamné à plus de huit ans de prison et était incarcéré depuis le 14 décembre 2024.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen, inspiré par le religieux musulman Fethullah Gülen, depuis que des enquêtes pour corruption en décembre 2013 l’avaient impliqué ainsi que des membres de sa famille et de son cercle proche.
Qualifiant ces enquêtes de « putsch güleniste » et de complot contre son gouvernement, Erdoğan a intensifié la répression contre le mouvement, désigné comme « organisation terroriste » en mai 2016. Cette répression s’est accentuée après le putsch avorté de juillet 2016 qu’il a attribué à Gülen – accusation fermement rejetée par le mouvement qui nie toute implication dans cette tentative de coup d’État ou toute activité terroriste.
En avril, l’Institut médico-légal turc (ATK) avait estimé qu’İbrahim Güngör était apte à rester en prison. L’ATK est régulièrement critiqué pour ses rapports controversés déclarant des détenus gravement malades aptes à la détention. Les défenseurs des droits dénoncent son manque d’indépendance face aux pressions politiques et son rôle dans la persécution des prisonniers politiques.
La loi n°5275 prévoit la suspension de peine pour les détenus atteints de maladies graves les empêchant de vivre en détention et ne représentant pas un danger pour la société. Cette disposition est rarement appliquée.
Selon les derniers chiffres du ministère de la Justice, plus de 126 000 personnes ont été condamnées pour leurs liens présumés avec le mouvement Gülen depuis 2016, dont 11 085 toujours emprisonnées. Plus de 24 000 procédures sont en cours et 58 000 autres personnes font l’objet d’enquêtes près de dix ans plus tard.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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