Atlas Çağlayan (Photo : X)
Turquie•3 min de lecture

La Turquie secouée par un nouveau meurtre impliquant des adolescents

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Par Bosphorama

Publié le

La Turquie a été secouée par une nouvelle agression mortelle impliquant des adolescents après la mort d’Atlas Çağlayan, 17 ans, tué lors d’une altercation entre deux groupes de jeunes à Istanbul, ravivant les inquiétudes sur la violence croissante chez les mineurs.

Çağlayan a été poignardé le 14 janvier dans le district de Güngören à Istanbul après une dispute apparemment déclenchée par un « regard insistant » entre deux groupes venant de quitter un café. Le suspect, identifié comme E.Ç., 15 ans, aurait poignardé l’adolescent à la poitrine avec un couteau à cran d’arrêt.

La victime a été transportée à l’hôpital universitaire de Bağcılar mais est décédée malgré les interventions médicales.

Le principal suspect a été arrêté peu après les faits et placé au centre de détention pour mineurs de Karatepe. Les premiers rapports indiquent qu’il n’avait aucun casier judiciaire et ne connaissait pas la victime.

Les images de surveillance montrent l’altercation physique entre les deux groupes et le moment où Çağlayan a été poignardé. D’autres images capturent le suspect assis avec des amis dans un café avant l’incident.

Ce meurtre a provoqué une vague d’indignation et relancé le débat sur la violence juvénile, le harcèlement entre pairs et l’embrigadement des jeunes dans la criminalité – un problème de plus en plus scruté en Turquie face à la multiplication des incidents mortels impliquant des mineurs.

Les procureurs ont ouvert une enquête après le meurtre, tandis que la famille de la victime a reçu des messages menaçants et provocateurs sur les réseaux sociaux.

Selon le parquet de Bakırköy, six personnes ont été interpellées dans le cadre de l’enquête. Quatre suspects ont été placés en garde à vue le 18 janvier, et deux autres lundi, selon le site d’information Diken.

La mère d’Atlas, Gülhan Çağlayan, a remis en question la rapidité des secours la nuit du drame, exigeant justice pour son fils. Elle affirme que l’ambulance est arrivée tardivement et que son fils a été réanimé dans le véhicule avant d’être opéré.

Une tendance inquiétante de violence juvénile

La mort d’Atlas Çağlayan survient dans un contexte de préoccupation croissante face à l’augmentation des mineurs impliqués dans des crimes en Turquie.

Les chiffres officiels montrent une hausse de plus de 50% du nombre d’enfants interpellés comme suspects depuis neuf ans, avec une forte progression des infractions liées au crime organisé comme les meurtres ou le trafic de drogue.

Cette tendance est sous le feu des projecteurs depuis le meurtre l’an dernier de Mattia Ahmet Minguzzi, 15 ans, tué en plein jour sur un marché d’Istanbul.

Ce cas avait provoqué une onde de choc nationale et relancé le débat sur la justice des mineurs, après l’arrestation de deux suspects âgés de 15 et 16 ans.

En octobre, les deux adolescents ont été condamnés à 24 ans de prison pour le meurtre de Minguzzi, déclenchant de vives critiques de la famille de la victime.

Des manifestants brandissent des pancartes « Nous voulons justice » et « Les meurtriers doivent être jugés comme des adultes » lors d’un rassemblement pour Mattia Ahmet Minguzzi à Istanbul.

En droit turc, les mineurs bénéficient de peines réduites et sont détenus dans des centres pour mineurs. Cependant, pour les crimes violents, les peines peuvent rester lourdes, alimentant le débat entre approche punitive et préventive.

Muharrem İnce, député du Parti républicain du peuple (CHP), a partagé une photo d’Atlas Çağlayan sur X en déclarant que si des mesures dissuasives avaient été prises après le meurtre d’Ahmet Minguzzi et si les gangs criminels avaient été éradiqués, Çağlayan n’aurait pas été tué.

« La responsabilité vous incombe », a-t-il ajouté.

Les défenseurs des droits alertent sur le profil des adolescents recrutés par les réseaux criminels : issus de quartiers pauvres, déscolarisés et sans emploi, ils seraient de plus en plus vulnérables aux promesses d’argent ou de notoriété des gangs.

Débats sur un système d’alerte précoce

Après ce meurtre, parlementaires et ministères envisagent un « système d’alerte précoce » pour identifier les facteurs de risque (pauvreté, décrochage scolaire, chômage parental) avant l’engrenage judiciaire.

Une commission parlementaire sur la délinquance juvénile organise des réunions, avec des concertations interministérielles. L’objectif serait de croiser les données des ministères (Justice, Éducation, Affaires sociales) pour repérer les mineurs à risque sans déclencher de procédures pénales.

Des programmes spécifiques sont envisagés pour les enfants de familles criminelles, identifiés comme plus vulnérables. Les élus insistent aussi sur le renforcement du soutien scolaire dans les zones défavorisées, où le décrochage augmente les risques de basculement dans la criminalité.

Les propositions incluent l’extension des services d’orientation, l’aide sociale centrée sur les écoles et le renforcement de la sécurité aux abords des établissements.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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