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La visite de hauts magistrats turcs à Strasbourg suscite des critiques face aux arrêts de la CEDH non appliqués

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Par Bosphorama

Publié le

La Turquie, qui détient le plus grand nombre de requêtes pendantes devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), a suscité des critiques après que des membres éminents de la magistrature turque ont assisté à l’ouverture de l’année judiciaire à Strasbourg, selon le site d’information Bold Medya.

Cette visite a provoqué une controverse et des réactions indignées d’experts juridiques et d’autres critiques.

Malgré plus de 3 000 arrêts de violation rendus contre la Turquie restés sans suite, une délégation judiciaire turque de haut niveau a participé à une cérémonie marquant l’ouverture de la nouvelle année judiciaire de la CEDH.

La visite, annoncée par la Cour constitutionnelle sur les réseaux sociaux, comprenait le président de la cour, Kadir Özkaya, le président de la Cour de cassation Ömer Kerkez, le procureur général près la Cour de cassation Muhsin Şentürk, le procureur général du Conseil d’État Cevdet Erkan et le secrétaire général de la Cour constitutionnelle Murat Azaklı, entre autres.

Lors du programme, Özkaya a félicité le président de la CEDH, Mattias Guyomar, pour l’ouverture de la nouvelle année judiciaire. La délégation a également rencontré la juge turque à la CEDH, Saadet Yüksel, et le représentant permanent de la Turquie auprès du Conseil de l’Europe (CoE), l’ambassadeur Nurdan Bayraktar Golder.

Critiques face aux arrêts de violation non résolus

La présence de hauts magistrats turcs à Strasbourg a particulièrement retenu l’attention, compte tenu du nombre croissant d’arrêts de la CEDH contre la Turquie non appliqués ces dernières années. Les critiques se sont interrogés sur le fait que cette visite abordait le fond de ces décisions ou se limitait à un engagement symbolique.

Selon les données de la CEDH, la Cour avait environ 53 450 requêtes pendantes fin 2025, dont 18 464 déposées contre la Turquie, qui reste le pays avec le plus grand nombre de dossiers devant la Cour.

L’économiste et chroniqueur Uğur Gürses a partagé des images de la visite sur X, commentant : « Photo du jour… Des juges d’un pays où les arrêts de la CEDH et de la Cour constitutionnelle ne sont pas appliqués visitent la CEDH. Alors, qu’avez-vous exactement dit là-bas ? »

 

Le porte-parole du Parti libéral-démocrate Engin Avcı, également expert juridique, a repris ces critiques, affirmant que la visite n’aurait de sens que si les arrêts de la CEDH étaient appliqués. « Sinon, vous voyagez simplement aux frais du contribuable pour rien. C’est du gaspillage », a-t-il écrit sur X.

L’avocat Erkan Şenses a directement pointé Şentürk, rappelant qu’en tant que chef de la 3e chambre pénale de la Cour de cassation, il avait confirmé la condamnation du philanthrope turc Osman Kavala malgré un arrêt de la CEDH ordonnant sa libération, puis avait déposé une plainte pénale contre des membres de la Cour constitutionnelle concernant sa décision relative au député d’opposition Can Atalay.

« Si j’étais à sa place », a écrit Şenses, « je ne m’approcherais ni de la CEDH ni de la Cour constitutionnelle jusqu’à la fin de mon mandat. »

L’affaire Kavala, qui dure depuis des années, est devenue emblématique du non-respect par la Turquie des arrêts de la CEDH. Emprisonné depuis 2017, Kavala purge une peine à perpétuité malgré un arrêt de la CEDH en 2019 ordonnant sa libération. Acquitté en 2020 mais réarrêté le même jour, il a été condamné en 2022, les tribunaux turcs confirmant le verdict. Le CoE a engagé une procédure d’infraction en 2022, sans résultats concrets à ce jour.

Atalay, député du Parti des travailleurs de Turquie (TİP), purge une peine de 18 ans confirmée par la Cour de cassation en 2023 après sa condamnation dans le procès dit du parc Gezi, concernant des manifestations anti-gouvernementales en 2013, qualifiées de « procès politiquement motivé » par beaucoup. Il n’a pas été libéré malgré deux arrêts favorables de la Cour constitutionnelle et a été déchu de son siège parlementaire en 2024.

Un autre avocat, Uğur Poyraz, a ironiquement souligné la contradiction de cette visite. « Puisqu’ils sont allés jusque-là », a-t-il écrit, « autant dire au président de la CEDH : ‘Ne vous fatiguez pas, nous n’appliquons pas vos arrêts.’ Et le président de la Cour constitutionnelle pourrait ajouter : ‘Ne soyez pas vexé, les tribunaux inférieurs n’appliquent pas les nôtres non plus.’ »

L’avocat Mustafa Kemal Çiçek a résumé les critiques en pointant ce qu’il a décrit comme un mépris en cascade de l’autorité judiciaire en Turquie.

« La Cour constitutionnelle ne reconnaît pas les arrêts de la CEDH », a écrit Çiçek sur X. « La Cour de cassation ne reconnaît pas les arrêts de la Cour constitutionnelle. Le pouvoir politique ne reconnaît pas non plus les arrêts de la Cour constitutionnelle. »

« Pourtant, à l’étranger, lors de cocktails et cérémonies officielles », a-t-il ajouté, « ils se reconnaissent mutuellement d’une manière ou d’une autre. »

 

Ces réactions interviennent alors que la Turquie fait face à un examen renforcé de son respect des obligations internationales, après les déclarations de Petra Bayr, nouvelle présidente de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE).

Bayr a récemment averti que la Turquie souffrait d’un manque de coordination entre ses hautes cours et a décrit la situation comme un « blocage qui ne devrait pas exister », soulignant que le problème nécessite en dernier ressort une action du parlement.

Une majorité des requêtes turques devant la CEDH concernaient des détentions, arrestations et procès liés aux mesures prises après une tentative de coup d’État en 2016, touchant des groupes militaires, policiers, judiciaires et publics, dont de nombreux cas impliquant des présumés liens avec le mouvement Gülen.

Les sympathisants du mouvement font face à une répression massive depuis dix ans, après que le gouvernement turc a accusé le groupe d’avoir orchestré la tentative de coup d’État, une accusation qu’il rejette fermement.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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