Le bilan réel des morts au travail en Turquie presque deux fois supérieur aux chiffres officiels, selon un expert
Le nombre réel de décès sur les lieux de travail en Turquie serait presque le double des chiffres officiels, selon des experts du travail qui relèvent des écarts entre le nombre de décès et les prestations aux survivants dans les registres de l’Institution de sécurité sociale (SGK), rapporte le Stockholm Center for Freedom.
Selon un rapport du quotidien Birgün, les données de la SGK indiquent que 27 695 travailleurs ont été officiellement enregistrés comme étant décédés dans des accidents du travail ou à cause de maladies professionnelles entre 2005 et 2024. Cependant, sur la même période, la SGK a traité 52 455 cas de « décès/incapacité permanente » – des situations où l’institution a accordé des prestations aux survivants à la famille d’un travailleur après son décès.
Les experts affirment que ce deuxième chiffre – 1,9 fois supérieur au nombre officiellement annoncé – donne une estimation bien plus proche de la réalité.
Les statistiques annuelles de la SGK sur les décès au travail n’incluent que les cas formellement signalés et confirmés. Cependant, de nombreux cas font l’objet de litiges entre l’institution et les familles des victimes et n’apparaissent donc pas dans les rapports annuels. Ces cas ne sont souvent reconnus que des années plus tard, suite aux conclusions des inspecteurs du travail ou à des décisions de justice, et n’apparaissent que dans les statistiques de « décès/incapacité permanente » plutôt que dans les chiffres initiaux.
Cet écart important alimente les inquiétudes quant à la fiabilité et à la transparence des statistiques économiques et sociales officielles de la Turquie.
Même ce chiffre élargi ne couvre pas tous les cas, selon les experts. Les décès jamais signalés à la SGK ou jamais portés devant un tribunal – y compris ceux dissimulés ou ignorés par les employeurs – restent totalement absents des registres.
Les données à long terme montrent également une tendance à la hausse des décès au travail en Turquie. En utilisant des moyennes mobiles sur cinq ans, les signalements de décès sur les lieux de travail sont passés de 1 156 en 2009 à 1 609 en 2024, reflétant des lacunes persistantes en matière de contrôle de la sécurité au travail.
Selon les données de l’Observatoire de la santé et de la sécurité au travail (İSİG), près de 35 000 travailleurs sont morts dans des accidents du travail depuis l’arrivée au pouvoir du Parti de la justice et du développement (AKP) en novembre 2002.
Le piètre bilan de la Turquie en matière de droits des travailleurs a également été souligné au niveau international. Un rapport annuel de la Confédération syndicale internationale (CSI) sur les droits des travailleurs révèle que la Turquie est l’un des 10 pires pays au monde pour les travailleurs des secteurs industriels. Selon la CSI, basée à Bruxelles, les libertés et droits des travailleurs ont été encore plus restreints depuis la répression policière des manifestations en Turquie en 2025, tandis que les grèves et les tentatives de syndicalisation ont été empêchées par les autorités.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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