Le cadre juridique proposé pour le processus de paix entre la Turquie et le PKK obtient le soutien de Bahçeli et d’Öcalan
Les points importants
- Soutien croisé : Bahçeli et Öcalan appellent le Parlement à adopter une loi-cadre pour le processus de paix avec le PKK.
- Étape historique : Pour Öcalan, cette loi est « la clé » d’une république démocratique et d’un règlement enfin politique.
- Questions en suspens : champ d’application, sort des dirigeants, retour des combattants et réintégration restent à préciser.
Devlet Bahçeli, dirigeant du Parti d’action nationaliste (MHP), formation d’extrême droite turque, et le dirigeant emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Öcalan, ont appelé le Parlement à soutenir une législation destinée à fournir un cadre juridique au processus de paix relancé en Turquie.
Le projet devrait être soumis au Parlement cette semaine, bien qu’aucun texte n’ait été rendu public et que sa portée reste incertaine.
L’initiative visant à résoudre le conflit kurde qui déchire la Turquie depuis des décennies a été lancée en octobre 2024, lorsque Bahçeli, allié de premier plan du président Recep Tayyip Erdoğan, a lancé un appel surprise à Öcalan pour qu’il exhorte le PKK interdit à déposer les armes. Öcalan a lancé cet appel en février 2025, après quoi le groupe a déclaré un cessez-le-feu, annoncé sa dissolution, organisé une cérémonie symbolique de brûlage d’armes dans le nord de l’Irak et commencé à retirer ses combattants de Turquie.
Depuis lors, l’attention s’est portée sur le statut juridique des membres du PKK qui se conforment à cette décision, et sur la question de savoir s’ils seront autorisés à revenir en Turquie et à réintégrer la vie civile et politique.
Dans un entretien au journal nationaliste Türkgün, Bahçeli a déclaré que le Parlement avait franchi « un seuil important » dans ce que le gouvernement appelle son initiative « Turquie sans terrorisme ».
« Cette question doit être considérée comme un sujet placé au-dessus de la politique, et la législation doit recevoir un soutien total », a-t-il déclaré.
Bahçeli a présenté l’initiative comme une responsabilité historique assumée pour la paix et la prospérité des générations futures, et a ajouté qu’elle renforcerait ce qu’il a appelé la « fraternité millénaire » de la Turquie.
Le Parti de l’égalité et de la démocratie des peuples (DEM Parti), pro-kurde, a quant à lui indiqué que sa délégation d’İmralı avait rencontré Öcalan pendant trois heures dimanche à la prison insulaire où il est détenu depuis 1999.
La délégation comprenait les députés Pervin Buldan et Mithat Sancar et l’avocat Özgür Faik Erol.
Selon un communiqué publié à l’issue de la rencontre, Öcalan a déclaré que la Turquie était au début d’un processus « au moins aussi important que la fondation de la République ».
« Avec cette loi, nous nous engageons à résoudre un problème historique. »
Öcalan a présenté l’initiative comme une préoccupation non seulement pour les Kurdes ou pour un segment particulier de la société, mais pour tous les habitants de la Turquie, ajoutant qu’elle pourrait renforcer le gouvernement démocratique, élargir les opportunités économiques et profiter à l’ensemble de la population du pays.
« La loi que doit adopter le Parlement est la clé qui ouvre la voie à ce processus », a-t-il déclaré. « La porte d’une république démocratique s’ouvre toute grande. »
Des médias turcs rapportent que le projet de loi-cadre pourrait être déposé cette semaine au bureau de la présidence du Parlement et adopté avant que le Parlement n’entame sa pause estivale. Le calendrier législatif pourrait toutefois être prolongé jusqu’à la mi-août.
Le gouvernement n’a pas précisé si le projet prévoira des réductions de peine, une libération sous contrôle judiciaire ou des mesures encadrant le retour et la réintégration des membres du PKK.
Le PKK a exigé que la législation s’applique à tous ses membres et prévoie la liberté physique d’Öcalan. Les médias pro-gouvernementaux laissent toutefois entendre qu’Öcalan et la haute direction de l’organisation seront exclus.
Certaines sources indiquent que le projet couvrira les membres du PKK qui déposent les armes, tout en excluant ceux accusés de crimes graves comme le meurtre ou la torture. Ses dispositions finales ne seront connues qu’après le dépôt officiel du texte au Parlement.
Le PKK, désigné comme une Organisation terroriste par la Turquie et ses alliés occidentaux, mène une campagne armée contre l’État turc depuis 1984. Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts.
Un précédent processus de paix, lancé en 2013, s’est effondré en 2015, provoquant une reprise des combats et d’importantes destructions dans le sud-est de la Turquie, à majorité kurde. La question de savoir si la nouvelle législation peut offrir une voie juridique viable aux anciens membres du PKK reste l’une des principales questions entourant l’initiative actuelle.




