Le Canada accorde l’asile à des sympathisants du CHP, invoquant un risque de persécution
Deux récentes décisions de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR) ont reconnu l’adhésion et le soutien au Parti républicain du peuple (CHP), principale opposition turque, comme motifs d’asile, citant des risques crédibles de persécution pour opinions politiques, a rapporté lundi le site d’information Kısa Dalga.
Dans deux décisions distinctes rendues en juillet, la Section de la protection des réfugiés de la CISR a accepté les demandes d’asile de ressortissants turcs membres ou sympathisants du CHP, alors que le parti subit une répression depuis plus d’un an.
Ces décisions marquent un tournant dans l’évaluation par les autorités canadiennes des risques encourus par les opposants en Turquie, où les lois antiterroristes sont largement utilisées contre les critiques du gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan.
Dans le premier cas, le commissaire Tyler Hammond a accordé l’asile le 17 juillet à une famille turque identifiée uniquement par les initiales E.Y., N.K.Y. et A.K.Y., reconnaissant leur soutien au CHP comme un risque de persécution fondé sur leurs opinions politiques.
La décision cite des preuves montrant qu’E.Y. a participé à une manifestation anti-gouvernementale en 2013 et que E.Y. et N.K.Y. ont été arrêtés en 2023 alors qu’ils étaient observateurs électoraux.
La famille a également participé au Canada à une protestation contre l’emprisonnement du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu. La CISR a jugé crédibles les lettres de soutien, photos d’événements du CHP et publications sur les réseaux sociaux attestant de leur engagement politique continu.
Citant des extraits du raisonnement de la CISR, Kısa Dalga rapporte que le tribunal a estimé que l’usage extensif des lois antiterroristes depuis 2016 pour réduire au silence les critiques du gouvernement avait érodé l’État de droit, que le CHP incarnait la principale voix d’opposition et que ses sympathisants risquaient davantage des détentions arbitraires et des mauvais traitements.
La commission a conclu que la famille risquait la persécution partout en Turquie si elle y retournait, soulignant que leur crainte reposait sur leurs opinions politiques plutôt que sur des actes isolés.
La seconde décision, rendue le 21 juillet par la commissaire Mary Lipton, a accordé l’asile à un ressortissant turc identifié comme M.A.T., invoquant l’effet cumulé de son adhésion au CHP, son identité kurde et son origine alévie comme motifs de persécution politique.
Selon Kısa Dalga, M.A.T. était membre du CHP depuis 2010, a participé à des campagnes du parti et à des manifestations, et a été arrêté deux fois : en 2019 comme observateur électoral, puis en mars 2023 après avoir participé à des célébrations du Nevruz. Il a ensuite été licencié et agressé physiquement en distribuant des brochures du CHP.
La CISR a noté les discriminations systémiques contre les alévis et les kurdes, l’usage extensif des lois antiterroristes pour museler l’opposition et les détentions arbitraires lors de manifestations ou élections.
La décision cite également le rapport 2023 du Département d’État américain sur les droits de l’homme, indiquant que les affiliations politiques répertoriées sur le portail gouvernemental e-Devlet pouvaient entraîner des discriminations professionnelles contre les membres du CHP.
Le tribunal a conclu qu’étant donné ses précédentes détentions et son engagement politique continu, M.A.T. risquait la persécution pour ses opinions politiques s’il retournait en Turquie.
Ces décisions créent un précédent important dans le droit canadien des réfugiés, les demandes fondées sur l’appartenance au CHP étant auparavant souvent rejetées au motif que ses membres n’étaient pas spécifiquement ciblés.
Ces décisions interviennent dans un contexte que le CHP qualifie de « coup d’État judiciaire » après sa victoire écrasante aux élections locales de mars 2024.
Dans un rapport d’octobre intitulé « La justice contre les urnes : anatomie d’un coup d’État », le parti indique que 16 maires du CHP sont toujours emprisonnés et que 13 municipalités sont sous tutelle gouvernementale.
Le document recense des centaines d’arrestations de maires et responsables de l’opposition pour corruption ou liens présumés avec le terrorisme, affirmant que le gouvernement instrumentalise la justice pour inverser ses défaites électorales.
Parmi les figures les plus emblématiques visées par cette répression figure le maire d’Istanbul İmamoğlu, candidat du CHP à la présidentielle de 2028, arrêté en mars pour corruption après sa nomination officielle, déclenchant des protestations nationales.
Le gouvernement turc n’a pas commenté ces décisions canadiennes mais a toujours rejeté de telles accusations, les qualifiant de politiquement motivées.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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