Le célèbre intervieweur de rue turc arrêté sous un camion à la frontière bulgare
Les points importants
- Arrestation à la frontière : Arif Kocabıyık a été découvert caché sous une remorque de camion au poste de Kapıkule, alors qu’il tentait de passer en Bulgarie.
- Interdiction de voyage : Il était jugé pour insulte au président Erdoğan et ne pouvait légalement quitter le territoire turc.
- Répression médiatique : Les interviews de rue, très populaires en Turquie, sont de plus en plus ciblées par les autorités, dans un climat de restriction des libertés.
Le célèbre intervieweur de rue turc Arif Kocabıyık, qui faisait l’objet d’une interdiction de quitter le territoire dans le cadre de poursuites pour insulte au président Recep Tayyip Erdoğan, a été arrêté alors qu’il se cachait sous la remorque d’un camion à un poste-frontière avec la Bulgarie, a rapporté l’agence de presse DHA.
Des agents des douanes ont découvert Kocabıyık et un ressortissant iranien sous la remorque d’un camion arrivé au poste-frontière de Kapıkule, dans la province nord-ouest d’Edirne, lundi après-midi, selon les médias turcs.
Le camion s’apprêtait à passer en Bulgarie lorsque les agents l’ont inspecté et ont trouvé les deux hommes.
Les autorités ont identifié Kocabıyık, connu pour ses interviews de rue à caractère politique diffusées sur sa chaîne YouTube İlave TV, ainsi qu’un ressortissant iranien identifié seulement par les initiales S.P.S.
Sokak röportajcısı Arif Kocabıyık, tır dorsesinde Kapıkule Gümrük Kapısı’ndan Bulgaristan’a çıkmaya çalışırken yakalandı.
Kocabıyık’ın yanında İranlı bir kaçağın olduğu belirlendi.
Kocabıyık’ın ‘Cumhurbaşkanına hakaret’ suçundan yurt dışına çıkış yasağı bulunuyor. pic.twitter.com/aMDxDUBs64— İsmail Saymaz (@ismailsaymaz) August 31, 2026
Un contrôle d’identité a révélé que Kocabıyık faisait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire imposée par le 35e tribunal pénal de première instance d’Antalya dans une affaire concernant une présumée violation de l’article 299 du code pénal turc, qui criminalise l’insulte au président.
Kocabıyık et le chauffeur du camion, identifié seulement comme M.A., ont été placés en garde à vue sur ordre du parquet général d’Edirne. Le ressortissant iranien a été transféré à la direction provinciale de l’immigration.
Le ministère du Commerce a indiqué que les agents des douanes avaient reçu des renseignements selon lesquels Kocabıyık se cachait dans des aires de stationnement pour camions à Edirne et l’ont appréhendé après avoir mené une surveillance et des inspections au poste-frontière.
Kocabıyık et le chauffeur ont été conduits mardi au tribunal d’Edirne après avoir été traités par les agents des douanes.
Interrogé par des journalistes sur sa destination prévue, Kocabıyık a répondu « Anamur », un district de la province méridionale de Mersin, bien qu’il ait été arrêté à la frontière bulgare. Lui et le chauffeur ont ensuite été emmenés au parquet pour être interrogés.
Kocabıyık a fait l’objet d’enquêtes et de détentions répétées en raison de ses interviews de rue. Il a été arrêté avec deux autres journalistes YouTube en décembre 2021, puis placé en résidence surveillée et interdit de quitter le territoire. Il a de nouveau été arrêté et incarcéré en mai 2025 pour insulte présumée à Erdoğan.
Dans une affaire distincte, Kocabıyık a été arrêté en décembre 2025 et libéré le 9 février après avoir passé environ 66 jours derrière les barreaux. Le tribunal a imposé des mesures de contrôle judiciaire, dont l’interdiction de voyage toujours en vigueur lors de son arrestation à Kapıkule.
L’article 299 prévoit une peine d’un à quatre ans de prison. Celle-ci peut être augmentée d’un sixième si l’infraction présumée a été commise par le biais d’une diffusion publique.
Des milliers de personnes en Turquie font l’objet d’enquêtes, de poursuites ou de condamnations en vertu de cette loi controversée, que les organisations de défense des droits humains jugent fréquemment utilisée pour réduire au silence les critiques d’Erdoğan.
Les interviews de rue, largement diffusées sur YouTube et d’autres plateformes de médias sociaux, ont gagné en popularité en Turquie en offrant aux citoyens la possibilité de s’exprimer librement sur les difficultés économiques, les politiques gouvernementales et le mécontentement politique.
Elles font également l’objet d’un contrôle croissant de la part des autorités. Depuis septembre 2024, les chaînes YouTube produisant des programmes d’information ou des interviews de rue doivent obtenir une licence du régulateur turc de la radiodiffusion, le Conseil suprême de la radio et de la télévision (RTÜK).
Le RTÜK affirme que cette supervision vise à prévenir la calomnie et la désinformation, tandis que les critiques y voient une tentative de renforcer le contrôle gouvernemental sur les médias indépendants et le débat public.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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