Le changement climatique fait fondre les glaciers de Turquie
Kemal Özdemir contemplait les sommets dénudés du mont Cilo, dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie. « Il y avait des glaciers ici il y a 10 ans », se souvient-il sous un ciel sans nuages.
Guide de montagne depuis 15 ans, Özdemir se tourne ensuite vers le torrent charriant des dizaines de blocs de glace sous une pente couverte d’herbe et de rochers — un signe de la disparition des glaciers accélérée par le réchauffement climatique.
« Vous pouvez voir qu’il y a pas mal de morceaux de glacier dans l’eau en ce moment… la raison pour laquelle les cascades coulent si bien nous montre en réalité à quelle vitesse la glace fond », explique-t-il.
Les glaciers du mont Cilo, qui culmine à 4 135 mètres dans la province de Hakkari à la frontière irakienne, sont les deuxièmes plus grands du pays après ceux du mont Ararat (5 137 mètres) — situé 250 kilomètres plus au nord.
Alors que les températures mondiales augmentent en raison du changement climatique d’origine humaine, de nouvelles sections des montagnes autrefois recouvertes de glace fondent rapidement année après année.
La Turquie, qui subit des vagues de chaleur et des sécheresses, a même enregistré vendredi un record de température de 50,5°C à Silopi, à environ 200 kilomètres de Hakkari.
« Le processus de fonte est plus rapide que prévu. Selon nos recherches, en 40 ans, nous avons perdu près de 50 % de cette couverture neigeuse et glaciaire continue dans cette zone », affirme Onur Satır, professeur à l’université Yüzüncü Yıl et spécialiste des systèmes d’information géographique dans la province orientale de Van.
« Impossible de protéger toute la glace »
« Certaines zones fondent plus vite que d’autres, ce qui nous indique en réalité les endroits à protéger en priorité. Mais nous n’avons pas les moyens de couvrir toute la surface glaciaire », précise Satır.
Ces dernières années, plusieurs glaciers alpins ont été recouverts de bâches blanches pour tenter de retarder leur disparition.
Selon l’ONU, les glaciers de plusieurs régions du monde ne survivront pas au XXIe siècle, menaçant l’approvisionnement en eau de centaines de millions de personnes.
Le paysage environnant ravit les randonneurs, nombreux à affluer vers les montagnes de Hakkari depuis que les armes se sont tues dans cette région où les combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme une organisation terroriste par la Turquie et ses alliés occidentaux, défient depuis longtemps l’État turc.
Le processus de paix en cours avec le PKK laisse entrevoir un essor du tourisme dans cette zone devenue parc national en 2020.
« Ne marchez pas sur la glace »
Mais la fonte des glaces rend certaines zones dangereuses. En juillet 2023, deux randonneurs ont été emportés par un bloc se détachant d’un glacier.
« Les gens ne devraient pas marcher sur la glace », met en garde Özdemir, exprimant son inquiétude pour la sécurité des randonneurs et la préservation des glaciers.
« Cette région se trouve à 40 ou 50 km de la ville, mais il n’y avait pas de route auparavant. Aujourd’hui, avec la construction de la route, plus de véhicules viennent ici, et l’afflux de visiteurs accélère un peu la fonte », explique ce guide de 38 ans.
Un rapport de l’ONU sur la désertification estime que 88 % du territoire turc est à risque : les précipitations devraient diminuer de 30 % d’ici la fin du siècle, tandis que les températures pourraient augmenter de 5 à 6°C par rapport aux moyennes enregistrées entre 1961 et 1990.
© Agence France-Presse
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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