Le chef du renseignement turc rencontre le fils du commandant de l’Est libyen Haftar à Benghazi
Les points importants
- Rapprochement stratégique : Le chef du MIT rencontre Saddam Haftar à Benghazi, marquant un tournant dans la politique libyenne d’Ankara.
- Unification libyenne : Les discussions portent sur la paix, l’unité des administrations rivales et le renforcement de la coopération bilatérale.
- Pragmatisme turc : Ankara, jadis allié militaire de Tripoli, courtise désormais l’Est libyen pour protéger ses intérêts énergétiques et sécuritaires.
Le chef du renseignement turc a rencontré mardi à Benghazi Saddam Haftar, fils et adjoint du commandant de l’Est libyen Khalifa Haftar, dernier signe en date des efforts d’Ankara pour tisser des liens avec une faction qu’elle avait autrefois contribué à empêcher de prendre Tripoli.
İbrahim Kalın, le directeur de l’Organisation nationale du renseignement turc (MIT), a discuté de la poursuite de la paix en Libye et des efforts pour unir les administrations et forces militaires rivales de l’Est et de l’Ouest du pays sous une autorité unique, a rapporté l’agence de presse publique Anadolu, citant des sources sécuritaires turques.
Les entretiens ont également porté sur les relations turco-libyennes, l’élargissement de la coopération dans plusieurs domaines et le renforcement du partenariat entre les deux parties, a précisé Anadolu.
Saddam Haftar est commandant adjoint des forces connues sous le nom d’Armée nationale libyenne, basées dans l’Est libyen et dirigées par son père, Khalifa Haftar. Ce dernier contrôle une grande partie de l’Est et du Sud de la Libye et est devenu l’un des principaux faiseurs de rois du pays, bien qu’il ne soit pas reconnu internationalement comme le dirigeant national libyen.
La Libye est divisée depuis des années entre le Gouvernement d’union nationale reconnu par l’ONU à Tripoli, dirigé par le Premier ministre Abdul Hamid Dbeibah, et des autorités rivales dans l’Est soutenues par Haftar. Cette scission fait suite à des années de troubles après le soulèvement de 2011 soutenu par l’OTAN qui a renversé et tué l’ancien dirigeant Mouammar Kadhafi.
Cette rencontre marque une nouvelle étape dans le recalibrage de la politique libyenne d’Ankara. La Turquie a été pendant des années l’un des principaux soutiens étrangers du gouvernement basé à Tripoli et l’a appuyé militairement après avoir signé des accords de délimitation maritime et de coopération sécuritaire avec le Gouvernement d’entente nationale alors reconnu internationalement en 2019.
Le soutien militaire turc a aidé Tripoli à repousser l’offensive de Haftar sur la capitale en 2019-2020, une campagne soutenue par l’Égypte, les Émirats arabes unis et la Russie. Les combats ont pris fin avec un cessez-le-feu négocié par l’ONU en 2020, mais la Libye est restée divisée, et les élections nationales prévues pour décembre 2021 n’ont jamais eu lieu.
La Turquie s’est depuis éloignée d’une relation exclusive avec Tripoli et a ouvert des canaux avec le camp Haftar. Saddam Haftar s’est rendu à Ankara en avril 2025 pour des entretiens avec de hauts responsables militaires turcs, tandis que Kalın a rencontré Khalifa Haftar à Benghazi en août 2025, une visite considérée comme l’un des signes les plus clairs du rapprochement d’Ankara avec l’Est.
Ce changement donne à la Turquie un accès aux deux centres de pouvoir en Libye, où les gouvernements étrangers rivalisent pour les routes énergétiques, les contrats de reconstruction, le contrôle migratoire et l’influence militaire. Il soutient également l’effort d’Ankara pour protéger l’accord maritime de 2019 avec la Libye, qui a renforcé les revendications turques en Méditerranée orientale mais a irrité la Grèce, Chypre et l’Égypte.
Cette dernière rencontre intervient également alors que Saddam Haftar gagne en visibilité dans les discussions sur l’avenir de la Libye. Le Financial Times a rapporté ce mois-ci que Massad Boulos, conseiller principal du président américain Donald Trump, a proposé un plan de partage du pouvoir qui pourrait placer Saddam Haftar à la tête d’un conseil exécutif tout en maintenant Dbeibah comme Premier ministre.
Un tel plan viserait à unifier les administrations rivales libyennes et à sécuriser le secteur pétrolier du pays, mais les critiques avertissent qu’il pourrait ancrer le règne des familles armées plutôt que de restaurer un gouvernement civil élu.
Les forces de Haftar restent également sous surveillance en ce qui concerne les flux d’armes. Reuters a rapporté en avril que le chef militaire de l’Est libyen avait acquis des drones de combat qui semblaient inclure des modèles chinois et turcs, malgré un embargo sur les armes de l’ONU en vigueur de longue date contre ce pays nord-africain divisé.
Ce rapport a mis en lumière le fossé entre les efforts diplomatiques pour unifier la Libye et le réarmement continu des forces rivales. La Turquie n’a pas commenté la présence signalée de drones de fabrication turque dans le territoire contrôlé par Haftar.
L’engagement d’Ankara avec Saddam Haftar reflète un virage pragmatique dans un pays où ses anciens adversaires sur le champ de bataille contrôlent désormais des territoires, des infrastructures pétrolières et des routes sécuritaires qui comptent pour la Turquie, l’Europe et la région au sens large.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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