Le journaliste Mehmet Yetim
Turquie•3 min de lecture

Le CPJ exhorte la Turquie à cesser d’utiliser la loi sur la désinformation contre les journalistes

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Par Bosphorama

Publié le

Les autorités turques doivent cesser d’utiliser de manière abusive et excessive la loi sur la désinformation pour cibler les journalistes, a déclaré mardi le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) dans un communiqué, exigeant la libération du journaliste local Mehmet Yetim.

Yetim, rédacteur en chef de la chaîne locale Kulis TV, a été interpellé lors d’un raid à l’aube du 18 avril dans la province du sud-est de Şanlıurfa et placé en détention un jour plus tard dans l’attente de son procès pour « diffusion publique de fausses informations ».

Les charges découlent d’une publication sur les réseaux sociaux concernant une prétendue attaque au couteau dans une école. Bien que Yetim ait ultérieurement supprimé le post et publié un correctif après qu’il se soit avéré qu’il n’y avait eu aucune blessure, des captures d’écran de la publication originale ont circulé en ligne, conduisant à son arrestation, selon son avocat, İbrahim Halil Aydın.

« La Turquie continue d’arrêter des journalistes pour des accusations de diffusion de fausses informations qui, même avérées, ne constitueraient pas un crime à moins de provoquer inquiétude, peur ou panique dans le public », a déclaré Özgür Öğret, représentant du CPJ en Turquie.

« Le journaliste Mehmet Yetim, qui a rectifié son erreur, n’a rien provoqué de tel. Les autorités turques doivent le libérer et cesser d’arrêter des journalistes en vertu de cette loi », a-t-il ajouté.

Me Aydın a indiqué avoir fait appel de la détention, précisant que même en cas de condamnation avec la peine maximale de trois ans, Yetim ne purgerait probablement pas de peine de prison en raison des dispositions de libération conditionnelle pour les primo-délinquants.

L’affaire est liée à un incident survenu le 17 avril au collège Dumlupınar de Şanlıurfa, où un agresseur avait pénétré dans l’enceinte avec un couteau. Cet événement faisait suite à une fusillade dans une école de la province ayant fait 16 blessés et une autre attaque mortelle dans le Kahramanmaraş voisin, exacerbant la sensibilité du public.

Dans sa publication initiale, Yetim avait rapporté qu’un parent d’élève avait agressé un enseignant et qu’un directeur adjoint avait été blessé.

Il a ensuite expliqué aux procureurs avoir relayé des informations circulant en ligne, supprimé le post une fois les détails clarifiés et publié un correctif, affirmant n’avoir aucune intention de tromper le public.

Son arrestation a suscité des critiques de la part des politiciens de l’opposition et des organisations de défense de la liberté de la presse, qui y voient une tentative d’intimidation des journalistes.

Dans une affaire distincte, le journaliste Turgay Kılıç a brièvement été placé en garde à vue le 17 avril pour des publications sur les réseaux sociaux concernant les attaques dans les écoles de Şanlıurfa et Kahramanmaraş, selon le site d’information soL Haber.

Kılıç a rejeté les accusations dans sa déposition aux procureurs d’İzmir, affirmant avoir publié ces contenus en sa qualité de journaliste. Il a ensuite été libéré sous contrôle judiciaire.

Le Syndicat des journalistes de Turquie a critiqué la détention de Kılıç, estimant que l’utilisation de l’article 217/A du Code pénal turc – communément appelé loi sur la désinformation – continue de menacer la liberté de la presse et la liberté d’expression.

Adoptée fin 2022, cette loi prévoit des peines d’emprisonnement de un à trois ans pour quiconque diffuse publiquement de fausses informations de nature à provoquer inquiétude, peur ou panique dans le public.

Bien que les autorités aient affirmé à l’époque que la loi ne serait pas utilisée contre les journalistes, elle est depuis devenue l’un des outils juridiques les plus fréquemment employés contre les médias.

Le CPJ a indiqué avoir contacté le parquet de Şanlıurfa pour obtenir un commentaire, sans recevoir de réponse.

La Turquie fait face depuis longtemps à des critiques concernant la liberté de la presse. Selon la plateforme Expression Interrupted, 27 journalistes sont actuellement derrière les barreaux dans le pays. Dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 publié par Reporters Without Borders (RSF), la Turquie s’est classée 159e sur 180 pays.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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