Le gouvernement turc sous le feu des critiques pour son déploiement massif d’amendes radar pendant l’Aïd
Le gouvernement turc fait face à une levée de boucliers après avoir distribué des centaines de milliers d’amendes via des radars intelligents pendant l’Aïd al-Adha, une pratique dénoncée comme une instrumentalisation fiscale de la sécurité routière, rapportent les médias turcs.
Les contraventions, instantanément intégrées au système e-Gouvernement, proviennent de nouveaux radars déployés à l’échelle nationale pendant les déplacements massifs du festival.
Les données officielles révèlent que 23 000 véhicules ont été flashés en une seule journée pré-Aïd, alors que 2,6 millions circulaient.
Des automobilistes ont reçu plusieurs amendes en quelques minutes, cumulant parfois plusieurs milliers de livres turques.
Les critiques pointent l’installation stratégique des radars dans des zones où la limite chute brutalement – parfois jusqu’à 30 km/h – sans signalisation adéquate.
Avocats et associations dénoncent une pratique illégale relevant du « piège à amendes ».
Un arrêt de 2019 sert désormais de base juridique pour contester ces amendes, invoquant l’obligation de visibilité et de signalisation claire des contrôles.
Dans cette affaire, un tribunal de Manisa avait annulé une amende après avoir constaté que le radar était dissimulé et la route dépourvue de panneaux.
La cour avait jugé ces méthodes contraires à l’État de droit, constituant un « piège tendu » aux conducteurs.
Les juristes estiment que ce précédent pourrait invalider des milliers d’amendes émises pendant l’Aïd.
Le ministre de l’Intérieur Ali Yerlikaya a défendu l’opération, affirmant vouloir « sauver des vies, non verbaliser », tout en saluant les 99% de conducteurs respectueux.
Mais des critiques – y compris au sein du Parti AKP du président Erdoğan – dénoncent une priorité donnée au rendement fiscal plutôt qu’à la sécurité.
La polémique divise l’AKP, où des membres du comité exécutif auraient demandé une « réévaluation des chiffres ».
Certains députés AKP reconnaissent un afflux de plaintes, y compris de leur base, contre ces « pièses à amendes ».
Les réseaux sociaux regorgent de témoignages de citoyens dont la prime de fête (environ 3000 livres) a été engloutie par les amendes.
L’ex-député AKP Şamil Tayyar estime que cette politique unit les Turcs au-delà des clivages, qualifiant le système de « sournois » et dangereux pour la confiance publique.
Tayyar et d’autres soulignent que les critiques visent non pas la sécurité routière, mais son instrumentalisation punitive et confuse.
L’État a collecté 53,5 milliards de livres d’amendes routières sur les quatre premiers mois de 2025.
Parallèlement, un nouveau code de la route proposé par l’AKP alourdit considérablement les sanctions.
Le texte prévoit jusqu’à 30 000 livres pour grand excès de vitesse et 60 000 livres pour surcharge des véhicules commerciaux.
Déjà adopté en commission, le projet devrait être voté après les fêtes.
L’opposition y voit un « budget annexe déguisé » compensant les difficultés économiques sur le dos des automobilistes.
Le député d’opposition İnan Akgün Alp avertit qu’avec ces amendes, « certains ne pourront plus financièrement prendre leur voiture ».
Il plaide pour une justice pénale équitable en période d’inflation et de crise économique.
Le ministère de l’Intérieur a annoncé le maintien des contrôles jusqu’au 11 juin, avec 34 000 agents, drones, hélicoptères et 1485 radars mobiles.
Yerlikaya assure que les radars surveillent désormais tous les 30 km sur les axes majeurs, insistant sur leur vocation protectrice.
Pourtant, avec 10 morts et 1300 blessés en un seul jour de l’Aïd, l’efficacité sécuritaire du dispositif est remise en question.
Juristes, opposants et même membres de la majorité réclament désormais une refonte complète du système radar avant une érosion irréversible de la confiance citoyenne.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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