Des chiens ensemble au refuge de Patiliköy à Ankara, le 23 août 2022. Contrairement à de nombreux pays européens, la Turquie entretient un lien historique profond avec les animaux errants. Mais récemment, les chiens errants sont au cœur d'une controverse, des groupes appelant à leur retrait des rues et à une augmentation des abattages. Adem ALTAN / AFP
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Le gouverneur d’Istanbul interdit le nourrissage incontrôlé des chiens errants, invoquant des risques sanitaires

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Par Bosphorama

Publié le

Le gouvernorat d’Istanbul a émis une nouvelle circulaire interdisant ce qu’il décrit comme le « nourrissage incontrôlé » des chiens errants dans les espaces publics, invoquant des risques pour la santé publique dans un contexte de controverse persistante sur le traitement des animaux de rue en Turquie, a rapporté lundi le service turc de Deutsche Welle.

La directive, publiée lundi, fait référence aux décisions du Conseil provincial de protection des animaux prises le 2 juillet et ordonne aux administrations locales d’appliquer des restrictions visant à réduire les risques sanitaires et les dommages environnementaux.

La circulaire affirme que le nourrissage non régulé a contribué à l’augmentation des populations d’insectes et de rongeurs ainsi qu’à des perturbations de « l’équilibre écologique », nécessitant un contrôle renforcé dans toute la ville où les animaux errants font partie du quotidien.

Les municipalités ont reçu l’ordre de bloquer les points de nourrissage dans des lieux tels que les établissements de santé et d’éducation, les aéroports, les lieux de culte, les parcs, les jardins, les accotements et les aires de jeux pour enfants.

Les responsables des districts ont été avertis de surveiller strictement la conformité et de garantir « aucune perturbation » dans la mise en œuvre. La circulaire note également que toute perte de vie ou de propriété causée par des animaux errants sera considérée comme une négligence municipale en vertu de la législation applicable.

Le gouvernorat a en outre rappelé aux municipalités leur responsabilité d’accélérer la collecte, la stérilisation et le transfert des chiens errants vers des refuges ou des « zones de vie naturelles » désignées, réitérant des obligations déjà prévues par la loi nationale.

Le gouverneur d’Istanbul, Davut Gül, avait signalé une position plus ferme plus tôt ce mois-ci, déclarant : « Les chats d’Istanbul ne chassent pas les souris. Les souris mangent de la nourriture avec les chats. Ce n’est pas sain. Les gens ne devraient pas nourrir [les animaux] au premier endroit qu’ils voient. »

Les défenseurs des droits des animaux ont vivement critiqué les nouvelles restrictions. L’initiative Animal, Vie, Liberté a appelé à la « désobéissance civile », promettant de continuer à nourrir les animaux errants malgré l’interdiction.

« Nous appelons toute la société : Ne reconnaissez pas ces interdictions. Renforcez la solidarité avec les animaux vivant dans les rues en plaçant chaque jour une gamelle de nourriture et d’eau devant chez vous », a déclaré le groupe dans un communiqué cité par DW.

Une autre organisation, Ville à Quatre Pattes, a qualifié la décision d’« extrêmement problématique en termes de principes de bien-être animal », arguant que restreindre l’accès à la nourriture et à l’eau viole le « droit à la vie » fondamental des animaux errants.

« Quelles que soient les interdictions, nous restons aux côtés de nos compagnons en toutes circonstances », a déclaré le groupe sur X.

Cette dernière circulaire intervient alors que les municipalités continuent de lutter avec la mise en œuvre d’un amendement majeur à la loi turque sur la protection des animaux, adopté en août 2024 avec le soutien du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir et de son allié d’extrême droite, le Parti d’action nationaliste (MHP).

La législation, connue sous le nom de loi n° 7527, oblige les municipalités à capturer les chiens errants et à les placer dans des refuges. Les chiens jugés dangereux, en phase terminale ou inaptes à l’adoption peuvent être euthanasiés en vertu des dispositions de la loi sur les services vétérinaires.

Bien que les législateurs aient supprimé les références explicites à l’euthanasie dans la version finale suite à un tollé public, les critiques ont affirmé que la législation permettait toujours des abattages massifs. Les groupes de défense des droits des animaux et le principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), ont condamné le projet de loi comme une « loi de massacre », avertissant qu’il violait les normes internationales sur le bien-être animal et ne traitait pas des problèmes de longue date tels que les programmes de stérilisation inadéquats et les mauvaises conditions des refuges.

Des protestations ont éclaté dans les grandes villes alors que des militants et des députés de l’opposition organisaient des manifestations devant la Cour constitutionnelle et le parlement. Les municipalités dirigées par le CHP, dont Istanbul, ont promis de résister à ce qu’elles considéraient comme un mandat inconstitutionnel. Le parti a déposé une demande auprès de la Cour constitutionnelle en août 2024 demandant l’annulation de dispositions clés, mais la cour a rejeté le recours en mai, permettant à la loi de rester en vigueur.

Le président Recep Tayyip Erdoğan a défendu la loi, invoquant la sécurité publique et affirmant que la Turquie faisait face à une crise unique des animaux errants. « Les gens veulent des rues sûres », a-t-il déclaré. Le gouvernement a averti que les responsables locaux refusant d’appliquer la loi pourraient faire face à des poursuites, voire à des peines de prison.

Malgré les révisions pour adoucir son langage, les critiques affirment que la loi ne traite pas des causes profondes de la population de chiens errants, telles que les programmes de stérilisation inadéquats et les mauvaises conditions des refuges. Beaucoup avertissent que l’adoption seule ne peut pas résoudre l’ampleur du problème, étant donné que la Turquie compterait près de 4 millions de chiens errants.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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