Le maire d’Istanbul affirme que l’acte d’accusation visant à l’emprisonner pendant 2 430 ans repose sur des mensonges
Le maire incarcéré d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, a rejeté mercredi ce qu’il a qualifié d’acte d’accusation « fabriqué », réclamant une peine record allant jusqu’à 2 430 ans de prison, accusant les procureurs de mener une vendetta politique visant à détruire le principal parti d’opposition turc et à réduire au silence ses sympathisants.
İmamoğlu, également candidat à la présidentielle pour le Parti républicain du peuple (CHP), est détenu depuis mars dans la prison haute sécurité de Marmara, dans le district de Silivri à Istanbul, pour des accusations de corruption. Il a été arrêté après un raid policier sur la municipalité métropolitaine d’Istanbul, qu’il dirige depuis 2019.
Les procureurs ont rendu public mardi un acte d’accusation de près de 4 000 pages, accusant İmamoğlu d’avoir dirigé ce qu’ils appellent une « organisation criminelle » au sein de la municipalité et d’avoir commis 142 infractions, notamment corruption, fraude, truquage d’appels d’offres et blanchiment d’argent. Ils affirment également qu’il aurait utilisé des fonds illicites pour prendre le contrôle politique du CHP et préparer sa candidature contre le président Recep Tayyip Erdoğan.
Les charges entraînent une peine cumulée de prison comprise entre 828 et 2 430 ans. Le document, soumis à la 40e Cour criminelle d’Istanbul, décrit le maire comme le « fondateur et dirigeant » d’un réseau ayant provoqué des pertes publiques estimées à 160 milliards de livres turques, soit environ 5 milliards de dollars.
Dans sa première réaction détaillée sur X, İmamoğlu a qualifié l’acte d’accusation de « tas de mensonges construit sous la menace et la coercition ».
« Ils ont mis 237 jours pour produire ce texte illégal de calomnies et de faussetés », a-t-il écrit. « Vous devriez avoir honte. Si vous êtes courageux, diffusez les audiences en direct. Que le peuple décide qui est coupable : ceux qui sont jugés, ou ceux qui mènent cette enquête corrompue. »
Il a exhorté le parlement à autoriser la diffusion du procès sur la chaîne publique TRT, affirmant que les citoyens avaient le droit de voir l’affaire se dérouler.
Le président du CHP, Özgür Özel, a décrit l’acte d’accusation comme un « mémorandum de putschistes en robes judiciaires », le comparant aux ultimatums militaires qui renversaient jadis les gouvernements civils en Turquie.
« Ce n’est pas un document juridique », a déclaré Özel dans un communiqué. « Son but est d’arrêter le Parti républicain du peuple, le parti fondé par [le père fondateur de la Turquie] Mustafa Kemal Atatürk, et de bloquer son candidat à la présidentielle. »
L’acte d’accusation a également suscité l’inquiétude parmi d’autres partis d’opposition. Müsavat Dervişoğlu, dirigeant du parti nationaliste d’opposition İYİ (Bon), a déclaré que cette affaire « vise clairement à mettre le CHP en ligne de mire » et reflète comment « certains procès en Turquie sont menés sur demande plutôt que par la loi », sous-entendant que les directives du président Erdoğan ont conduit à cet acte d’accusation.
Les critiques internationales ont suivi l’annonce que les procureurs réclamaient une peine dépassant 2 000 ans.
The Istanbul prosecutor’s office has requested an astonishing 2,532 years in prison for Mayor Ekrem #Imamoglu, the main political rival of President Erdogan.@imamoglu_int has been unjustly held in the high-security Silivri prison since last March, together with 105 other… pic.twitter.com/UxCRR1Snk7
— Dario Nardella (@DarioNardella) November 11, 2025
Le membre italien du Parlement européen Dario Nardella, du Parti démocrate de centre-gauche, a qualifié cette demande « d’ahurissante » et déclaré qu’İmamoğlu « est devenu un symbole de la lutte pour la liberté et la démocratie ». Il a annoncé qu’une délégation de députés européens du groupe Socialistes et Démocrates se rendrait à Istanbul en décembre pour exprimer son soutien au maire et à sa famille.
Proceedings have been initiated that could lead to the dissolution of the CHP, Turkey's main opposition party. This is not politics. This is a direct assault on democracy.
The charges? “Undermining the democratic order.” The reality? Silencing dissent, weaponising justice, and… pic.twitter.com/CO5hMxpza7— European Democrats (@democrats_eu) November 11, 2025
« Ce n’est pas de la politique. C’est une attaque directe contre la démocratie », a déclaré sur les réseaux sociaux les Démocrates européens, un parti centriste représenté au Parlement européen, avertissant que les procédures pourraient même conduire à la dissolution du CHP.
L’arrestation d’İmamoğlu en mars avait déjà provoqué les plus grandes manifestations de rue en Turquie depuis plus d’une décennie, des dizaines de milliers de personnes protestant contre ce qu’elles perçoivent comme une répression politique de l’opposition. Le CHP, qui a remporté les élections municipales nationales en 2024, affirme que les poursuites contre le maire visent à inverser ses gains électoraux et à consolider le contrôle d’Erdoğan sur le pays.
Les autorités turques insistent sur l’indépendance du pouvoir judiciaire et affirment que les accusations concernent la corruption et la manipulation d’appels d’offres, et non la politique. Mais les groupes de défense des droits et les responsables occidentaux accusent depuis longtemps le gouvernement d’utiliser les tribunaux pour neutraliser ses opposants.
İmamoğlu, 54 ans, s’est fait connaître après avoir battu deux fois le parti d’Erdoğan lors des élections municipales d’Istanbul en 2019, mettant fin à 25 ans de contrôle de la ville par le parti au pouvoir. Il a été réélu en 2024 malgré la pression judiciaire croissante.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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