Des députés turcs assistent à une session pour discuter de la proposition de loi sur le budget de l'État central 2024 à l'Assemblée générale de la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM) à Ankara le 11 décembre 2023. (Photo par Adem ALTAN / AFP)
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Le Parlement adopte des amendements au code pénal, les critiques dénoncent des causes profondes de l’injustice toujours ignorées

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Par Bosphorama

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Le Parlement turc a adopté mercredi des amendements au code pénal élargissant les conditions de détention à domicile et alourdissant certaines peines, suscitant des critiques pour avoir ignoré les injustices structurelles.

Officiellement intitulée « Loi sur l’exécution des mesures pénales et de sécurité et modifications de certaines lois », mais communément appelée 10e paquet de réforme judiciaire, cette loi a été approuvée par l’Assemblée générale après le retrait de 8 de ses 30 articles lors des débats.

Le Parti de la justice et du développement (AKP), majoritaire au Parlement, et son allié d’extrême droite, le Parti d’action nationaliste (MHP), ont soutenu ce texte.

Parmi les dispositions clés figure l’élargissement des critères de détention à domicile, permettant aux femmes, mineurs, personnes de plus de 65 ans et certains détenus malades ou handicapés d’effectuer une plus grande partie de leur peine chez eux.

Les détenus de plus de 80 ans pourront désormais purger jusqu’à six ans de leur peine en détention à domicile, tandis que ceux de plus de 70 ans pourront y passer quatre à cinq ans selon leur âge.

Les prisonniers malades ne purgeant pas de peine de perpétuité incompressible pourront également être libérés ou placés en détention à domicile sur la base d’expertises médicales attestant leur incapacité à supporter la détention et l’absence de menace significative pour l’ordre public.

Les condamnés devront avoir purgé au moins un dixième de leur peine – avec un minimum de cinq jours – avant de pouvoir bénéficier d’une libération conditionnelle sous surveillance selon les nouvelles dispositions.

La réforme alourdit les peines pour coups et blessures volontaires, menaces et infractions au code de la route, notamment la conduite sous l’emprise de drogues ou d’alcool.

La peine minimale pour violences aggravées est désormais fixée à quatre ans lorsque l’infraction entraîne des blessures permanentes, une défiguration, un accouchement prématuré ou met la vie en danger.

La peine maximale pour menaces en cas circonstances aggravantes a été portée de cinq à sept ans.

Les récidivistes condamnés pour des délits non terroristes pourront désormais bénéficier d’une libération conditionnelle, marquant un assouplissement partiel des restrictions précédentes.

Cependant, les critiques soulignent que cette législation ignore les demandes persistantes d’égalité de traitement pour les prisonniers politiques, dont beaucoup restent incarcérés en vertu de lois antiterroristes trop larges.

Le Parti démocratique des peuples (DEM), pro-kurde, a dénoncé un texte discriminatoire qui renforce selon lui un système judiciaire à deux vitesses favorisant les délinquants ordinaires au détriment des détenus politiques.

Les députés du DEM avaient plaidé pour l’inclusion de dispositions permettant la libération de prisonniers emblématiques comme l’ancien co-président du Parti démocratique des peuples (HDP) Selahattin Demirtaş, mais leurs propositions ont été rejetées.

Le texte a été adopté après son approbation dimanche par la Commission justice du Parlement turc.

Le ministre de la Justice Yılmaz Tunç a défendu ce paquet comme un pas vers un système pénal plus efficace, tandis que le député du MHP Feti Yıldız a appelé à l’adoption d’une loi plus large sur la procédure pénale et à des travaux sur une nouvelle constitution dès octobre.

Yıldız a qualifié le système actuel d’incohérent et défaillant, le comparant à une « patchwork » produisant des résultats inégaux selon les régions.

Les députés d’opposition du Parti républicain du peuple (CHP), du Parti bon (İYİ) et du Parti nouvelle voie ont critiqué l’AKP pour avoir suscité des attentes – notamment parmi les familles de prisonniers politiques – avant d’abandonner les réformes promises.

Gizem Özcan du CHP a affirmé que ce texte privilégie les mesures punitives sur la réinsertion, renforçant l’image d’un système judiciaire politisé et répressif.

Le député İYİ Hakan Şeref Olgun a qualifié le processus d’élaboration de « tragédie pour le droit et la démocratie », exhortant le gouvernement à corriger les inégalités créées par une loi de 2020 ayant libéré certains prisonniers pendant la pandémie de COVID.

Le dirigeant du Parti nouvelle voie Bülent Kaya a accusé le gouvernement d’induire le public en erreur en laissant entendre son soutien à des réductions de peine finalement absentes du texte.

Les articles retirés incluaient des propositions controversées permettant à l’Autorité des technologies de l’information (BTK) de bloquer des contenus en ligne sans décision de justice et d’alourdir les peines pour des infractions liées aux manifestations comme le blocage de la circulation.

Le Parti DEM a averti que l’absence de mesures sur l’emprisonnement politique sape les espoirs de paix, surtout après des développements récents laissant entrevoir une possible réconciliation avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Le 12 mai, le PKK a annoncé être prêt à se dissoudre après des discussions avec son dirigeant emprisonné Abdullah Öcalan, suscitant des attentes quant à un allègement des pressions sur les prisonniers politiques kurdes.

Au lieu de cela, selon les critiques, le gouvernement continue de s’appuyer sur des lois antiterroristes trop larges pour réduire au silence les dissidents et marginaliser les opposants politiques.

En mars 2025, la population carcérale turque avait bondi à près de 400 000 détenus, dépassant de presque 100 000 personnes les capacités du système pénitentiaire.

Les observateurs lient cette surpopulation aux campagnes gouvernementales contre les sympathisants présumés du mouvement Gülen et les manifestants dénonçant l’emprisonnement du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu.

Le gouvernement accuse le mouvement Gülen, inspiré par le prédicateur turc Fethullah Gülen, d’avoir orchestré une tentative de coup d’État en 2016 – une accusation que le mouvement rejette catégoriquement.

Depuis lors, des dizaines de milliers de personnes ont été emprisonnées ou purgées de la fonction publique dans ce que les critiques qualifient de campagne prolongée de répression politique.

« Ce paquet n’apporte pas les changements substantiels que beaucoup attendaient du processus de réconciliation entre le gouvernement et le PKK », a déclaré l’avocat Ali Yıldız à Turkish Minute.

« Si la libération conditionnelle des récidivistes peut soulager la surpopulation carcérale à court terme, l’augmentation des peines minimales pour certaines infractions finira par la faire repartir à la hausse », a prédit Yıldız.

Avec l’adoption du 10e paquet judiciaire, l’attention se tourne désormais vers le 11e paquet attendu, qui devrait aborder plus largement la procédure pénale.

Feti Yıldız du MHP a appelé les députés à préparer une nouvelle loi d’application en octobre, suivie d’une nouvelle constitution reflétant selon lui les « valeurs nationales et spirituelles » de la Turquie.

Les voix d’opposition restent sceptiques, affirmant qu’en l’absence de réformes structurelles et d’engagement pour l’égalité devant la loi, ces amendements ne servent qu’à polir l’apparence d’un système profondément défaillant.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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