Le PE cible les alliés d’Erdogan en Europe, critiquant la répression turque à l’étranger et la propagande des médias d’État
Les points importants
- Répression transnationale : Le PE condamne les intimidations et retours forcés de citoyens turcs à l'étranger.
- Propagande d'État : L'agence Anadolu dénoncée comme organe de propagande au service d'Ankara.
- Soutien à l'extrémisme : Les Loups Gris et les Frères musulmans bénéficient du soutien turc, selon le rapport.
Levent Kenez/Stockholm
Les députés du Parlement européen ont vivement critiqué le gouvernement turc pour ce qu’ils ont décrit comme un schéma de répression transnationale, d’ingérence politique à l’étranger et de soutien à des réseaux extrémistes et idéologiques, marquant l’une des condamnations les plus sévères de la conduite d’Ankara au-delà de ses frontières ces dernières années.
Dans son rapport 2025 sur la Turquie, le Parlement européen a condamné les cas signalés d’intimidation, de retours forcés et d’utilisation abusive des mécanismes de coopération internationale contre les ressortissants turcs vivant à l’étranger. Le rapport a également accusé Ankara de saper la cohésion sociale, la sécurité et les processus démocratiques dans les États membres de l’Union européenne par le biais d’activités dirigées vers les communautés diasporiques et par l’utilisation de l’agence d’État Anadolu comme organe de propagande.

Le rapport reflète une préoccupation croissante à Bruxelles quant au fait que l’administration du président Recep Tayyip Erdogan a étendu sa campagne contre les critiques bien au-delà des frontières de la Turquie, en s’appuyant sur des outils diplomatiques, de renseignement, juridiques et médiatiques pour poursuivre les opposants présumés à l’étranger.
Les députés européens ont déclaré rester alarmés par les signalements de répression transnationale ciblant des citoyens turcs et d’anciens résidents turcs dans plusieurs pays. Les préoccupations portent sur des allégations selon lesquelles les autorités turques auraient cherché à identifier, surveiller, faire pression et, dans certains cas, obtenir le retour de personnes accusées de liens avec des groupes qu’Ankara considère comme des organisations terroristes, en particulier les adeptes du mouvement Gülen fondé sur la foi, un groupe critique envers Erdogan.

La référence du rapport du Parlement européen aux retours forcés fait écho aux préoccupations précédemment soulevées par les organisations internationales de défense des droits de l’homme concernant les extraditions et les déportations effectuées depuis des pays d’Afrique, d’Asie et des Balkans. Plusieurs cas concernaient des personnes qui ont été transférées en Turquie dans des circonstances juridiques contestées après avoir été détenues à l’étranger. Les responsables turcs ont défendu ces opérations comme des efforts légitimes de lutte contre le terrorisme menés en coopération avec des gouvernements partenaires.
Les députés ont également condamné ce qu’ils ont décrit comme l’utilisation abusive des mécanismes de coopération internationale pour poursuivre les critiques du gouvernement à l’étranger. La question fait l’objet d’un examen minutieux depuis des années au milieu d’allégations selon lesquelles les autorités turques auraient cherché à utiliser les voies internationales d’application de la loi, y compris les mécanismes d’INTERPOL, pour localiser, surveiller ou demander le retour d’opposants politiques résidant en dehors de la Turquie.
Nordic Monitor a précédemment publié des documents suggérant que les autorités turques ont soumis des demandes via les canaux d’INTERPOL et d’autres mécanismes de coopération policière internationale ciblant des journalistes, des dissidents, des universitaires et des membres du mouvement Gülen vivant à l’étranger. Les organisations de défense des droits de l’homme ont également exprimé des préoccupations dans des rapports séparés concernant l’utilisation potentielle de tels mécanismes pour des cas politiquement sensibles. Les critiques soutiennent que certaines de ces demandes peuvent être liées à une activité politique plutôt qu’à une conduite criminelle conventionnelle. Les autorités turques nient tout abus des outils policiers internationaux et affirment que leurs demandes sont basées sur des enquêtes légitimes de lutte contre le terrorisme et des enquêtes pénales.
Le rapport du PE a également critiqué l’utilisation de l’agence de presse d’État turque Anadolu, la décrivant comme un organe de propagande utilisé pour promouvoir les récits d’Ankara à l’étranger. Les députés européens ont déclaré que l’agence a été utilisée dans des activités qui sapent les processus démocratiques et la cohésion sociale au sein des États membres de l’UE. Les autorités turques nient ces allégations et maintiennent qu’Anadolu opère comme une organisation de presse internationale professionnelle.

Le rapport a également soulevé des préoccupations concernant l’engagement d’Ankara avec les communautés diasporiques à travers l’Europe. Les députés européens ont accusé les autorités turques d’ingérence dans les affaires intérieures des États membres par le biais de campagnes d’influence politique dirigées vers les citoyens d’origine turque. De telles préoccupations ont périodiquement émergé dans des pays comme l’Allemagne, l’Autriche, la France, les Pays-Bas et la Belgique, où les débats sur l’intégration, la loyauté politique et l’influence étrangère ont généré des frictions entre les gouvernements européens et Ankara.
Une attention particulière a été accordée aux Ülkü Ocakları, largement connus sous le nom de Loups Gris, un mouvement ultranationaliste étroitement associé au Parti d’action nationaliste (MHP) turc, un allié clé d’Erdogan.
Le Parlement européen a décrit le mouvement comme raciste et extrémiste et a exprimé sa préoccupation face à sa présence croissante non seulement en Turquie mais aussi dans les États membres de l’UE. Les députés ont appelé l’Union européenne et les gouvernements nationaux à examiner la possibilité d’interdire les organisations affiliées au mouvement.
Les Loups Gris sont issus du mouvement nationaliste turc et sont depuis longtemps associés à l’activisme ultranationaliste. Des responsables de la sécurité et des chercheurs dans plusieurs pays européens ont averti que le mouvement promeut l’hostilité ethnique et l’idéologie extrémiste.
La France a dissous un groupe lié aux Loups Gris en 2020 suite à des tensions impliquant des membres de la communauté arménienne et des incidents que les autorités ont qualifiés de discours de haine et d’incitation à la violence. L’Autriche a interdit l’affichage public du geste de la main des Loups Gris, tandis que les services de sécurité allemands surveillent depuis des années les organisations liées au mouvement et l’ont décrit comme l’un des plus grands réseaux d’extrême droite du pays. Aucune interdiction nationale n’existe actuellement en Allemagne.
Le rapport a également condamné ce que les députés ont décrit comme la politique de la Turquie consistant à fournir un soutien politique, financier, médiatique et logistique aux organisations affiliées aux Frères musulmans opérant dans certaines parties de l’Europe et des régions voisines de l’UE. Selon le rapport, ce soutien permet à des réseaux, associations, organisations caritatives et établissements d’enseignement liés aux Frères musulmans de mener des activités d’influence idéologique, de collecte de fonds et de recrutement. Les députés européens ont appelé la Turquie à mettre fin à toutes les formes de soutien à ces organisations.
Le rapport 2025 fait partie d’une évaluation plus large de la gouvernance démocratique et de l’état de droit en Turquie. Au-delà des préoccupations concernant la répression transnationale et l’influence étrangère, les députés ont réitéré leurs critiques sur l’état de l’indépendance judiciaire, les restrictions à la liberté des médias, les pressions sur les organisations de la société civile, les poursuites contre des journalistes et des personnalités politiques, le traitement des partis d’opposition, les préoccupations de corruption et le non-respect persistant de certains arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme.
Le rapport a également soulevé des préoccupations concernant la direction de la politique étrangère de la Turquie, les tensions avec les pays voisins et la stagnation continue de la candidature de longue date du pays à l’Union européenne.
Dans l’ensemble, ces conclusions représentent l’une des critiques les plus complètes émises par les députés du Parlement européen contre le gouvernement d’Erdogan ces dernières années, signalant que les préoccupations concernant les activités de la Turquie au-delà de ses frontières sont devenues de plus en plus centrales dans le débat sur l’avenir des relations UE-Turquie.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Nordic Monitor.
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