Les autorités turques lancent une enquête sur des dissidents ayant manifesté à Copenhague
Les autorités turques ont ouvert une enquête sur un groupe de dissidents ayant organisé une manifestation pacifique en juin à Copenhague, ravivant les inquiétudes concernant la répression du mouvement Gülen en Turquie depuis la tentative de coup d’État de 2016, rapporte le Stockholm Center for Freedom.
Selon des documents confidentiels obtenus par le SCF, le département antiterroriste de la police nationale turque (Emniyet Genel Müdürlüğü) a utilisé des photos partagées sur les réseaux sociaux pour identifier les personnes ayant participé à la manifestation du 25 juin à Copenhague.
Les autorités turques auraient employé des outils de renseignement pour profiler et catégoriser les manifestants. Les données collectées ont ensuite été transmises aux parquets de plusieurs provinces turques, soulevant de sérieuses inquiétudes quant à la surveillance extraterritoriale et la criminalisation de la dissidence à l’étranger.
Selon les documents, les procureurs turcs ont engagé des enquêtes pénales distinctes contre chaque individu identifié sur les photos de la manifestation de Copenhague circulant sur les réseaux sociaux.
Document juridique signé par le procureur Mustafa Özyürek :

La manifestation de Copenhague s’est tenue en parallèle d’un important rassemblement le 25 juin réunissant près de 2 000 expatriés turcs, victimes de la répression post-coup d’État, défenseurs des droits humains et parlementaires devant le siège du Conseil de l’Europe à Strasbourg. L’objectif était d’alerter la communauté internationale sur le refus persistant de la Turquie d’appliquer les arrêts contraignants de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), notamment dans les dossiers de prisonniers politiques, détentions arbitraires et violations du procès équitable.
Cette quatrième édition (après 2022, 2023 et 2024) intervient dans un contexte d’exaspération face à l’inaction du Conseil de l’Europe concernant le non-respect par la Turquie des jugements de la CEDH dans des affaires emblématiques comme celles du philanthrope Osman Kavala, du politicien kurde Selahattin Demirtaş ou de l’ancien enseignant Yüksel Yalçınkaya.
En septembre 2023, la Cour de Strasbourg a rendu un arrêt historique condamnant la Turquie pour la condamnation de Yalçınkaya en raison de ses liens présumés avec le mouvement Gülen – établis sur la base de son adhésion syndicale, opérations bancaires et utilisation de l’application ByLock.
Yalçınkaya a écopé de six ans de prison principalement pour avoir utilisé ByLock, une messagerie cryptée que les autorités turques prétendent réservée aux membres du mouvement Gülen. La CEDH a estimé que l’usage de l’application, combiné à une affiliation syndicale et associative, ne constituait pas un acte terroriste, dénonçant une interprétation rétroactive et extensive de la loi.
Le président Recep Tayyip Erdoğan cible les sympathisants du mouvement Gülen, inspiré par le prédicateur Fethullah Gülen, depuis les enquêtes pour corruption de décembre 2013 impliquant son entourage.
Qualifiant ces enquêtes de « coup d’État » ourdi par le mouvement Gülen, Erdoğan l’a classé comme « organisation terroriste » en mai 2016 avant d’intensifier la répression après le putsch avorté de juillet 2016 – accusation fermement rejetée par le mouvement.
Outre des milliers d’emprisonnements, de nombreux sympathisants ont dû fuir la Turquie pour échapper à cette répression.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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