Les diplômes du maire emprisonné d’Istanbul et de 27 autres personnes retirés de la base de données de l’enseignement supérieur turc
Les diplômes du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, actuellement en détention, et de 27 autres personnes ont été supprimés de la base de données nationale de l’enseignement supérieur turc après que l’Université d’Istanbul a jugé irréguliers leurs transferts vers l’établissement en 1990, rapporte l’édition turque d’Euronews.
L’université a informé les autres institutions que les diplômes de licence du groupe avaient été annulés le 18 mars et leurs diplômes de master le 24 juillet. Les données ont désormais été mises à jour dans le Système d’information sur l’enseignement supérieur (YÖKSİS), selon une lettre signée par le recteur par intérim de l’Université d’Istanbul Yahya Güldiken.
Les responsables universitaires ont invoqué la « nullité » et « l’erreur manifeste » comme motifs d’annulation des diplômes.
Ils affirment que le transfert en 1990 d’İmamoğlu et d’autres de l’Université américaine de Girne dans le nord de Chypre vers l’Université d’Istanbul ne respectait pas les normes légales de l’époque.
Parmi les personnes concernées figurent la professeure Aylin Ataay Saybaşılı, directrice du département de commerce de l’Université de Galatasaray, toujours en poste, ainsi qu’İmamoğlu, dont le diplôme a été annulé un jour avant son interpellation, le disqualifiant de facto pour occuper ou briguer un mandat public.
Selon la loi turque, les candidats à la présidence doivent être titulaires d’un diplôme universitaire.
İmamoğlu, haut responsable du Parti républicain du peuple (CHP, opposition) et candidat de son parti à l’élection présidentielle, a été interpellé le 19 mars puis arrêté pour corruption dans une affaire qualifiée de politiquement motivée. Son arrestation, perçue comme visant le principal rival politique du président Recep Tayyip Erdoğan pour 2028, a déclenché les plus grandes manifestations depuis 2013.
La décision de l’université et la lettre concernant la mise à jour du YÖKSİS ont suscité des critiques dans l’opposition.
Murat Emir, vice-président du groupe parlementaire du CHP, a accusé le gouvernement d’ingérence politique en partageant la lettre sur les réseaux sociaux : « Ils ignorent les faux diplômes obtenus sans fréquenter l’université, tout en annulant les diplômes légitimes d’Ekrem İmamoğlu et ses camarades parce qu’il sera candidat à la présidence », ciblant directement Erdoğan.
Ekrem İmamoğlu ile aynı sınıfta okudukları için suçlu ilan edilen 28 kişinin başka üniversitelerde binbir emekle aldığı lisans ve lisansüstü diplomalarını da iptal ettirmek için, İstanbul Üniversitesi Yönetim Kurulu bugün tüm üniversitelere yazı gönderdi!
Hiç üniversiteye… pic.twitter.com/kBRjxzcifX
— Murat Emir (@muratemirchp) August 13, 2025
Le politicien faisait allusion à un récent scandale national concernant un système présumé de falsification numérique ayant infiltré les bases de données de l’administration turque pour créer ou modifier des documents académiques et officiels, aboutissant à deux mises en accusation contre 199 personnes. Ce dossier aurait ciblé les diplômes de hauts fonctionnaires, exposant des failles de sécurité. Aucun responsable n’a démissionné.
İmamoğlu, qui dénonce une annulation « politique » et « sans fondement juridique » de son diplôme vieux de 31 ans, a engagé une action en justice contre l’université.
Erdoğan lui-même avait été accusé de ne pas détenir un diplôme universitaire légitime, certains affirmant que le sien avait été rétroactivement falsifié pour répondre aux critères présidentiels.
İmamoğlu fait l’objet de multiples enquêtes et a déjà été condamné à deux reprises. En juillet, un tribunal l’a condamné à 19 mois de prison pour injures envers un procureur stambouliote. Une précédente condamnation en décembre 2022 lui avait valu 2 ans et 7 mois pour avoir traité des membres du conseil électoral de « sots ». Les verdicts sont en appel.
Si confirmés, ces jugements interdiraient à İmamoğlu d’exercer toute fonction publique.
Le CHP subit une répression intense depuis un an, avec l’arrestation de 17 maires et dizaines de cadres du parti.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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