Les familles des victimes contestent le refus du ministère d’enquêter sur les responsables de l’incendie de Kartalkaya
Les familles des victimes de l’incendie d’un hôtel ayant fait 78 morts dans la station touristique de Kartalkaya, dans le nord-ouest de la Turquie, ont fait appel devant le Conseil d’État pour annuler le refus du ministère de la Culture et du Tourisme d’autoriser des enquêtes contre 12 hauts fonctionnaires.
Parmi eux figurent le vice-ministre Nadir Alpaslan et la directrice générale des Investissements et Entreprises Neşe Çıldık.
Le Grand Kartal Hotel, un complexe de ski de 12 étages situé dans la région montagneuse de Kartalkaya (province de Bolu), a pris feu peu après minuit le 21 janvier, faisant 78 morts dont 36 enfants et 133 blessés. Des familles entières ont péri dans les flammes, faisant de cette tragédie le symbole des défaillances systémiques de la Turquie en matière de sécurité des bâtiments, d’inspections et de responsabilité politique, selon les critiques.
Les familles saisissent la plus haute juridiction administrative
Le recours a été déposé auprès de la Première Chambre du Conseil d’État par l’avocat Onur Fırat Kaynun au nom des familles des victimes. Selon la loi turque n°4483, les procureurs ne peuvent enquêter sur des fonctionnaires sans « autorisation d’enquête » de leur ministère. Les refus peuvent être contestés devant le Conseil d’État.
Le ministère n’a pour l’instant autorisé des enquêtes que contre trois fonctionnaires – le président par intérim du Conseil des contrôleurs Levent Kırcan et les inspecteurs Barış Başayvaz et Abdülkadir Eren, qui avaient récemment examiné l’hôtel. Mais l’autorisation a été refusée pour 12 noms plus gradés, dont le vice-ministre Alpaslan et la directrice générale Çıldık.
Le recours des familles soutient que le ministère a à la fois le pouvoir et l’obligation d’inspecter les hôtels agréés au moins une fois par an, même sans plainte. Il affirme que des instructions ministérielles ont exempté le Grand Kartal Hotel des contrôles de routine après 2018 et demande au ministère de révéler combien d’inspections proactives ont eu lieu depuis.
Le recours cite des notes internes de septembre 2024 suggérant que des cadres supérieurs ont fait pression sur leurs subordonnés pour ignorer les circulaires, modifier les rapports d’inspection et dissimuler les risques. Il affirme que la responsabilité ne se limite pas au Conseil des contrôleurs mais s’étend à la directrice générale et au vice-ministre qui supervisaient l’unité.
Les familles demandent également si l’autorisation initiale de sécurité incendie municipale de l’hôtel restait valable selon les règles actuelles, si le personnel du ministère a alerté les autorités provinciales sur des manquements détectés et pourquoi aucune enquête interne n’a été ouverte contre des agents mentionnés dans le propre rapport du Conseil d’inspection du ministère.
Le procès se poursuit à Bolu
Cet appel intervient alors que le procès pénal se poursuit à Bolu, où 32 accusés – dont le propriétaire de l’hôtel Halit Ergül, ses proches, des gestionnaires, des responsables municipaux et des pompiers – sont jugés. Dix-neuf restent en détention pendant le procès.
Le 17 juillet, le tribunal a rejeté une demande d’audition du ministre de la Culture et du Tourisme Mehmet Nuri Ersoy comme témoin et refusé de le mettre en accusation, renvoyant les questions concernant d’autres fonctionnaires dans un dossier séparé. Le même jour, il a ordonné l’arrestation du pompier İrfan Acar et de l’ancien employé de cuisine Faysal Yaver sous contrôle judiciaire avec interdiction de voyager, et prolongé l’assignation à résidence de quatre accusés jugés sans détention.
Le 15 septembre, le procureur a soumis ses réquisitions finales en 21 pages, demandant des peines sévères. Pour sept accusés – dont le propriétaire Ergül et le directeur général Emir Aras -, il a requis jusqu’à 1 950 ans de prison pour 78 chefs d’homicide, plus des peines supplémentaires pour blessures et dommages matériels.
Les réquisitions demandent également jusqu’à 22 ans et demi de prison pour 20 accusés pour « homicides et blessures involontaires multiples », et de 2 à 15 ans pour quatre autres pour homicide et blessures. L’acquittement a été demandé pour l’employé de cuisine Enver Öztürk.
La prochaine audience est prévue le 22 septembre.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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