Les procureurs turcs classent l’enquête sur des allégations de viol impliquant deux orphelines ukrainiennes
Les procureurs turcs ont classé une enquête sur des allégations selon lesquelles deux orphelines ukrainiennes, alors âgées de 15 et 16 ans, auraient été violées à plusieurs reprises et engrossées par du personnel hôtelier turc alors qu’elles étaient hébergées dans une station balnéaire dans le cadre d’un programme humanitaire, rapporte le Stockholm Center for Freedom.
Les allégations sont détaillées dans un rapport de mars 2024 signé par 11 responsables ukrainiens, obtenu par l’Organized Crime and Corruption Reporting Project, un réseau international de journalisme d’investigation, et récemment divulgué par le média d’enquête ukrainien Slidstvo.Info.
Le rapport s’appuie sur l’inspection d’un hôtel dans la région de Beldibi à Antalya qui hébergeait un groupe d’enfants orphelins et institutionnalisés évacués de l’est de l’Ukraine en guerre après l’invasion à grande échelle de la Russie en février 2022. Ils avaient été placés dans cet hôtel dans le cadre du projet « Enfance sans guerre » géré par la fondation privée de l’homme d’affaires ukrainien Ruslan Shostak.
L’équipe d’inspection comprenait des représentants du commissaire aux droits de l’homme du parlement ukrainien, de l’administration militaire régionale de Dnipropetrovsk, de l’institution du médiateur turc et du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF).
Le rapport allègue que des membres du personnel ont noué des relations avec les filles et que certains accompagnateurs ukrainiens adultes en étaient conscients et n’ont pas intervenu.
L’un des employés de l’hôtel, décrit comme un cuisinier, a déclaré à Slidstvo.Info qu’il s’était rendu dans la chambre de la fille malgré les règles interdisant au personnel de rendre visite aux enfants, selon le compte-rendu publié. Le rapport indique que les deux filles ont été renvoyées en Ukraine après que leurs grossesses ont été découvertes et ont accouché sans le soutien des services sociaux. L’une d’elles a ensuite tenté de se suicider.
Le ministère turc de la Famille et des Services sociaux, qui indique sur son site internet que « les services dans les hôtels accueillant des enfants ukrainiens sont surveillés et contrôlés » par le personnel provincial, a déposé une plainte pénale après la découverte des grossesses. Les procureurs turcs ont néanmoins classé l’enquête pour « preuves insuffisantes ». Un recours déposé par les propres avocats du ministère a été rejeté. L’Ukraine a clos son enquête parallèle en juin 2025 pour les mêmes motifs.
Le rapport décrit également des soins médicaux et un soutien d’urgence inadéquats dans l’hôtel, ainsi que de mauvaises conditions de vie, notamment un accès limité à l’eau potable, des draps propres insuffisants et des problèmes de sécurité incendie.
Ce cas soulève des questions parmi les défenseurs des droits de l’enfant concernant le contrôle des programmes humanitaires d’urgence et la possibilité pour les enfants vulnérables en Turquie d’obtenir une réparation effective lorsque des allégations graves sont documentées mais que les enquêtes se terminent sans inculpation.
« Personne n’a été tenu pour responsable – ni les auteurs, ni les accompagnateurs qui ont permis les abus, ni les autorités qui ont failli à leur devoir de surveillance », a déclaré le Dr Selmin Cansu Demir, une avocate turque spécialisée dans les droits de l’enfant qui a examiné les dossiers de l’affaire. « En vertu de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant et de la Convention de Lanzarote du Conseil de l’Europe, la Turquie a l’obligation absolue de prévenir la violence sexuelle contre tout enfant sur son territoire et de mener des enquêtes efficaces. Cette obligation n’a pas été respectée. »
La Direction de la communication de la présidence turque, par le biais de son Centre de lutte contre la désinformation, a rejeté ces allégations dans un communiqué repris par les médias turcs, qualifiant les accusations de trompeuses et affirmant que les enfants avaient été placés dans des hôtels sélectionnés par une fondation ukrainienne avec du personnel ukrainien responsable des soins quotidiens.
Le communiqué indique que la Turquie a proposé d’héberger les enfants dans des établissements gérés par le ministère de la Famille et des Services sociaux mais que cette offre n’a pas été acceptée par les autorités ukrainiennes. Il précise également que le ministère a déposé une plainte pénale dès qu’il a eu connaissance des allégations d’abus après le retour des enfants en Ukraine.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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