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Les restrictions croissantes des droits en Turquie incompatibles avec les normes européennes, selon le responsable des droits de l’homme du Conseil de l’Europe

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Par Bosphorama

Publié le

Les restrictions persistantes de la Turquie sur les droits et libertés fondamentaux sont incompatibles avec les normes européennes des droits de l’homme, a averti le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe dans un communiqué mardi, rapporte le Stockholm Center for Freedom.

À l’issue d’une visite en Turquie du 1er au 5 décembre, Michael O’Flaherty a exhorté le gouvernement à mettre fin aux pratiques qui violent les normes internationales des droits de l’homme et à rétablir les garanties essentielles, notamment pour la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association.

Le commissaire a relevé les interdictions fréquentes de manifestations pacifiques et l’usage excessif de la force par la police, souvent justifiés par des motifs fragiles tels que « l’ordre public » ou « la moralité générale », affirmant que ces mesures contredisent les normes de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

O’Flaherty a également évoqué les arrestations massives lors des protestations nationales en mars après l’arrestation du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu. Il a souligné que toute restriction à la réunion pacifique doit être légale, nécessaire, proportionnée et non discriminatoire.

İmamoğlu, haut responsable du principal parti d’opposition CHP et considéré comme le rival politique le plus sérieux du président Recep Tayyip Erdoğan, a été arrêté le 19 mars avec des dizaines d’élus municipaux stambouliotes. Il a été désigné candidat à la présidentielle par son parti en mars pour les élections générales prévues en 2028.

Son arrestation a déclenché d’importantes protestations — les plus vastes en Turquie depuis 2013. Près de 2 000 personnes, dont des adolescents, étudiants, avocats, journalistes, syndicalistes et défenseurs des droits humains, ont été interpellées à travers le pays. İmamoğlu a été inculpé quelques jours plus tard, le 23 mars, pour corruption.

O’Flaherty a déclaré que la législation antiterroriste vague de la Turquie continue d’être instrumentalisée contre les défenseurs des droits humains et les opposants politiques pour restreindre la liberté d’expression. Il a appelé le gouvernement à engager des réformes judiciaires et à appliquer les arrêts de la CEDH en attente, qui exigent des mesures plus larges pour prévenir de nouvelles violations. Il s’est aussi inquiété des blocages généralisés de plateformes et contenus en ligne.

Le commissaire a également noté que les pressions financières et administratives sur les organisations de la société civile, ainsi que les pressions judiciaires sur les barreaux, sapent leur capacité à jouer leur rôle crucial dans la protection des droits humains et de l’État de droit.

Concernant les arrêts de la CEDH, O’Flaherty a souligné que leur application par la Turquie reste insuffisante, notamment pour les affaires révélant des problèmes structurels. Il a pointé l’absence de progrès dans les dossiers de Selahattin Demirtaş, ancien dirigeant emprisonné du parti pro-kurde HDP, et d’Osman Kavala, éminent philanthrope et défenseur des droits.

Demirtaş a été arrêté le 4 novembre 2016 pour « propagande terroriste » et liens présumés avec le PKK. En mai 2024, il a été condamné à 42 ans de prison pour avoir « porté atteinte à l’unité de l’État » lors des manifestations de Kobani en 2014, qui avaient fait 37 morts.

Kavala, arrêté en octobre 2017, a été condamné à perpétuité en 2022 pour « tentative de renversement du gouvernement ». Sa condamnation a été confirmée par la Cour de cassation en septembre 2023.

O’Flaherty a aussi critiqué le refus des tribunaux inférieurs d’appliquer les décisions de la Cour constitutionnelle, une pratique qui « sape l’État de droit et le principe de sécurité juridique ».

Sur les droits des femmes, le commissaire a pressé la Turquie de reconsidérer son retrait de la Convention d’Istanbul, un traité international contre les violences domestiques. Le président Erdoğan avait justifié ce retrait en 2021 en affirmant que le texte « normalisait l’homosexualité », incompatible selon lui avec les « valeurs familiales turques ».

Lors de sa visite, le commissaire s’est entretenu avec plusieurs ministres et responsables, dont la ministre de la Famille Mahinur Özdemir Göktaş, et a rencontré des représentants d’associations de défense des droits.

Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.

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