Les subventions européennes pour la jeunesse en Turquie profitent aux fondations pro-Erdoğan
Les organisations proches du gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP) du président turc Recep Tayyip Erdoğan continuent d’obtenir une large part des subventions jeunesse de l’Union européenne, selon un rapport du site d’information BirGün.
Le dernier tour d’approbations dans le cadre du programme Erasmus+ « Partenariats à petite échelle dans le domaine de la jeunesse (KA210-YOU) » inclut 60 000 euros chacun pour l’Association des anciens élèves Önder des écoles Imam Hatip (Önder İmam Hatipliler Derneği), un réseau influent promouvant les lycées religieux islamiques de Turquie, et la Société İlim Yayma (İlim Yayma Cemiyeti), une fondation religieuse conservatrice aux liens anciens avec le parti au pouvoir.
L’Agence nationale turque, qui opère sous la présidence de l’UE au sein du ministère des Affaires étrangères, a annoncé les résultats pour la période 2025/1 sur son site officiel. Cette agence gère les programmes européens pour l’éducation, la jeunesse et le sport en Turquie depuis 2006, après sa création en 2003 dans le cadre du processus d’adhésion du pays à l’UE.
Ces subventions visent à aider les petites organisations ou celles moins expérimentées à bâtir des partenariats transfrontaliers. Cependant, des critiques soulignent que les financements de l’agence révèlent une tendance récurrente à favoriser de manière disproportionnée les organisations conservatrices et pro-gouvernementales.
Le projet approuvé d’İlim Yayma, intitulé « Diplomatie de la société civile », et celui d’Önder « Pont de l’entrepreneuriat social : J’ai une idée » ont chacun obtenu 60 000 euros. Les deux groupes entretiennent des liens anciens avec les réseaux politiques et religieux de l’AKP.
Un examen des distributions de subventions entre 2021 et 2024 montre que plusieurs autres fondations liées au gouvernement ont également reçu des montants significatifs. La Fondation pour la jeunesse turque (TÜGVA), dont le Conseil consultatif supérieur comprend Bilal Erdoğan, le fils du président, a obtenu 711 212 euros pour neuf projets. La Fondation pour le service à la jeunesse et à l’éducation de Turquie (TÜRGEV), dont le conseil d’administration a compté des membres de la famille présidentielle et des figures du parti au pouvoir, a reçu 420 237 euros pour cinq projets.
La Conférence mondiale d’ethnosport, présidée par Bilal Erdoğan, a sécurisé 272 616 euros dans le cadre de programmes jeunesse, tandis que la Fondation Diyanet de Turquie a reçu 45 870 euros en 2021. Le think tank pro-gouvernemental Fondation pour la recherche politique, économique et sociale (SETA) s’est vu attribuer 291 020 euros pour deux projets, dont 250 000 euros pour un programme sur la sécurité de l’information et des données.
Le ministère des Affaires étrangères a répondu aux critiques en août 2024 en affirmant que les subventions étaient distribuées conformément aux règles d’Erasmus+ et sous la supervision de la Commission européenne. Il n’a pas contesté que des fondations pro-gouvernementales figuraient parmi les bénéficiaires, mais a souligné le respect des critères du programme.
Ces allocations ont néanmoins suscité un débat politique. Les critiques pointent la contradiction entre les accusations fréquentes du gouvernement selon lesquelles les médias indépendants et les groupes de la société civile seraient « financés par l’étranger », et les flux répétés d’argent européen vers les organisations pro-gouvernementales.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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