L’opposition principale ouvre son congrès avec une refonte majeure de son programme et un message de préparation au pouvoir
Le Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition en Turquie, a ouvert vendredi son 39e Congrès ordinaire à Ankara en mettant l’accent sur sa préparation à gouverner, alors que son dirigeant Özgür Özel présentait la première refonte du programme du parti en 17 ans, selon le service turc de Deutsche Welle.
Ce rassemblement de trois jours, organisé sous le slogan « Le moment est venu pour le pouvoir », réunit des milliers de délégués à un moment où le CHP affiche une certaine confiance quant à ses perspectives électorales tout en faisant face à d’importantes pressions politiques du gouvernement et à des tensions internes.
Les symboles de la lutte politique actuelle du parti étaient bien visibles dans la salle. De grandes bannières représentaient des maires du CHP en détention, dont le maire d’Istanbul et ancien candidat à la présidentielle Ekrem İmamoğlu. Une immense bannière en patchwork portant l’inscription « Justice d’abord, Liberté d’abord », confectionnée par des femmes des 81 provinces sous la direction de l’épouse du maire, Dilek Kaya İmamoğlu, dominait les tribunes.
Des dizaines de maires du CHP étaient présents, dont Mansur Yavaş d’Ankara et Cemil Tugay d’Izmir, ainsi qu’Ahmet Özer, maire du district d’Esenyurt à Istanbul, premier maire du parti à avoir été arrêté et destitué dans le cadre d’une répression commencée il y a plus d’un an. Il a été libéré plus tôt ce mois-ci.
En ouvrant le congrès, Özel a déclaré que l’objectif du CHP était de façonner un avenir plus sûr, plus fort et plus prospère pour la Turquie, affirmant que les institutions de l’État s’étaient détériorées sous le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir. Il a souligné que le CHP avait résisté à des mois de pressions politiques et à une répression gouvernementale croissante, notamment l’arrestation de plus d’une douzaine de maires du CHP, et avait poursuivi ses travaux sur le programme tout en préparant des discours depuis les toits des bus de campagne.
Özel a décrit le nouveau programme du parti comme l’un des processus de rédaction les plus participatifs de l’histoire politique récente de la Turquie et a déclaré qu’il guiderait l’agenda politique du CHP. Il a appelé les 2 millions de membres du parti à présenter le programme « porte à porte », déclarant aux électeurs : « Nous garantirons l’école maternelle, les repas scolaires, les droits au logement et la sécurité future de vos enfants. »
Les délégués s’apprêtent à approuver le nouveau programme
Le premier jour du congrès a été consacré à l’approbation formelle du nouveau programme du CHP, qui reflète selon les responsables du parti des mois de travail et une large consultation publique. Cette refonte marque la mise à jour la plus importante du programme du parti depuis 2008.
La journée d’ouverture a également apporté des changements structurels majeurs. Les délégués ont approuvé des modifications statutaires définissant formellement le Bureau du candidat à la présidence dans les statuts du parti et plaçant le « cabinet fantôme » sous cette entité plutôt que sous l’autorité du Conseil exécutif central (MYK). Le MYK – élargi à 24 membres l’an dernier – devrait être réduit à environ 13-14 membres après le congrès. Le cabinet fantôme sera remplacé par des commissions politiques qui coordonneront les domaines clés de la gouvernance.
Selon DW, des discussions internes indiquent qu’un important remaniement est attendu à l’Assemblée du parti, avec un possible renouvellement des deux tiers des 60 membres actuels. Les délégués ont également approuvé vendredi une modification statutaire portant l’assemblée à 80 sièges.
Özel devrait être réélu à la présidence lors du vote de samedi, où il reste le seul candidat. Plus de 1 300 délégués voteront.
Les responsables du parti affirment que cette restructuration vise à renforcer la préparation institutionnelle du CHP pour le prochain cycle électoral, en associant des groupes plus jeunes à des figures expérimentées alors que le parti continue de faire face à des pressions politiques et à des enquêtes en cours.
L’ancien dirigeant du CHP absent alors que les tensions internes persistent
L’ancien président du parti Kemal Kılıçdaroğlu, qui a dirigé le CHP de 2010 à 2023 et a perdu l’élection présidentielle de 2023 face au président Recep Tayyip Erdoğan, n’a pas assisté au congrès. Lui ainsi que d’autres anciens dirigeants du parti avaient été invités à l’événement par Özel.
Son absence intervient quelques jours après la publication d’un message vidéo dans lequel il commentait un procès très médiatisé pour corruption, pots-de-vin et blanchiment d’argent ayant conduit à l’arrestation et à la détention de dizaines d’élus locaux du CHP. Il a vivement critiqué la gestion par la direction actuelle des allégations de corruption et a insisté sur le fait que le CHP « doit se purger » pour rester crédible.
Kılıçdaroğlu a accusé la direction actuelle de le marginaliser et a promis de défendre le parti contre les menaces internes et externes. Bien que Kılıçdaroğlu ait peu de délégués derrière lui et ne devrait pas contester la direction, ses critiques ajoutent aux tensions internes alors qu’Özel cherche à consolider son autorité.
Le congrès se tient dans un contexte de répression gouvernementale généralisée visant le CHP depuis octobre 2024, lorsque le parti a remporté Istanbul, Ankara et d’autres grandes villes et obtenu pour la première fois depuis des décennies la plus grande part du vote national.
Un récent rapport du CHP a documenté des détentions massives, des enquêtes à motivation politique et la nomination d’administrateurs gouvernementaux dans les municipalités dirigées par le CHP. Selon le rapport, 16 maires du CHP restent derrière les barreaux et des administrateurs ont été imposés à 13 municipalités, dont les districts d’Esenyurt et Şişli à Istanbul.
La répression s’est fortement intensifiée après l’arrestation en mars du maire d’Istanbul İmamoğlu, candidat du parti à la présidentielle de 2028 et largement considéré comme le plus redoutable adversaire politique d’Erdoğan.
Le rapport du CHP décrit les multiples affaires judiciaires contre İmamoğlu, notamment ses peines de prison pour avoir soi-disant insulté des responsables électoraux et un procureur, comme « les exemples les plus visibles de pression politique sur l’opposition ».
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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