L’UE dénonce la régression des droits en Turquie et exige le respect des arrêts de la CEDH lors de la session de l’ONU
L’Union européenne a critiqué la détérioration des droits humains et des standards démocratiques en Turquie lors d’une session majeure du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies mardi, appelant Ankara à respecter le droit international et à libérer des figures de la société civile emprisonnées dont Osman Kavala.
S’exprimant au nom du bloc de 27 membres lors de la 59e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, la délégation européenne a présenté une déclaration complète sur les violations des droits à travers le monde. La Turquie a été particulièrement ciblée pour ce que l’UE a décrit comme une répression continue de la société civile, de l’opposition politique et de l’indépendance judiciaire.
L’UE a déclaré rester « profondément préoccupée par la situation très alarmante et la détérioration continue » de la démocratie, de l’État de droit et des libertés fondamentales en Turquie.
La déclaration critique la persécution gouvernementale envers les partis politiques, les maires élus, les défenseurs des droits humains, les journalistes, les universitaires, les personnes LGBTI et les communautés minoritaires, souvent à travers des poursuites judiciaires et des détentions arbitraires.
Le traitement réservé par la Turquie à la société civile et aux institutions démocratiques, selon l’UE, ne correspond pas aux standards attendus d’un pays candidat à l’UE et membre du Conseil de l’Europe.
Le bloc a réitéré sa demande à la Turquie de respecter les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), citant spécifiquement le maintien en détention d’Osman Kavala, philanthrope et figure éminente de la société civile, malgré une décision contraignante de la CEDH ordonnant sa libération.
« Dans ce contexte, conformément à l’article 46 de la CEDH, nous appelons la Turquie à se conformer aux arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme, y compris concernant la libération d’Osman Kavala », a déclaré l’UE.
La Turquie fait face à des critiques croissantes des institutions européennes pour son refus d’appliquer les décisions de la CEDH, notamment un arrêt de 2019 qualifiant la détention de Kavala de « politiquement motivée » et ordonnant sa libération immédiate. Au contraire, les tribunaux turcs ont émis de nouvelles accusations, fusionné des actes d’accusation et finalement condamné Kavala à la prison à vie en 2022.
Face au refus persistant d’Ankara, le Conseil de l’Europe a lancé en 2022 des procédures d’infraction rares – seulement la deuxième fois dans l’histoire de l’institution – un processus qui pourrait aboutir à la suspension de la Turquie.
La veille, une coalition d’ONG dont Human Rights Watch, la Commission internationale de juristes et le Turkey Human Rights Litigation Support Project avait publié un rapport conjoint exhortant les institutions européennes à confronter la Turquie pour ce qu’elles ont qualifié de « défi systématique » aux arrêts de la CEDH et de démantèlement complet de l’indépendance judiciaire.
Le rapport avertissait que le non-respect par la Turquie des décisions clés – notamment dans les affaires très médiatisées de Kavala, Selahattin Demirtaş et Yüksel Yalçınkaya – reflète un rejet plus large de l’autorité juridique supranationale et menace l’intégrité du système du Conseil de l’Europe.
L’UE s’est également dite préoccupée par la gestion des droits des minorités par Ankara, soulignant la nécessité de protéger « les droits de propriété des personnes appartenant à des minorités et des entités juridiques représentant des minorités ».
« Les droits humains ne sont pas négociables et continueront de faire partie intégrante des relations UE-Turquie », a conclu la déclaration.
Ces commentaires intervenaient lors du Dialogue interactif sur le rapport annuel du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, point à l’ordre du jour de la 59e session du Conseil des droits de l’homme.
Le gouvernement turc, dirigé par le président Recep Tayyip Erdoğan, rejette depuis longtemps les critiques internationales sur son bilan en matière de droits comme étant « politiquement motivées ». Cependant, le pays subit un examen minutieux des mécanismes onusiens, des institutions européennes et des ONG, particulièrement depuis la tentative de coup d’État de 2016 suivie de purges massives et d’une répression sévère de toute dissidence.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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