Mafia « Gen Z » : le journaliste turc Cevheri Güven décrypte pour la télévision suisse le gang kurdo-turc Tolhildan, installé à Bâle
Les points importants
- Le témoignage : Cevheri Güven, journaliste turc exilé, décrit à la télévision suisse SRF le gang Tolhildan comme une structure armée, plus dangereuse que le crime organisé classique.
- Le groupe : Tolhildan (« vengeance » en kurde) opérerait depuis Bâle depuis environ deux ans : armes, cocaïne, racket et jeux d'argent illégaux, selon SRF.
- Le lien avec la Turquie : SRF évoque une coopération avec les Daltons, gang né à Istanbul, que le reportage ne peut pas prouver.
- Le démenti : le chef présumé, désigné par la lettre « S », nie diriger le groupe.
Jeudi 5 novembre, la télévision publique suisse SRF (Schweizer Radio und Fernsehen) a diffusé « Aufgedeckt – Auf der Spur der Gen-Z-Mafia », une enquête sur Tolhildan, un groupe criminel qui agirait depuis Bâle, ville suisse frontalière de la France et de l’Allemagne. Le journaliste turc Cevheri Güven y livre son analyse.
Tolhildan, un groupe kurdo-turc installé à Bâle
Selon SRF, Tolhildan est actif en Suisse depuis environ deux ans, essentiellement dans la région de Bâle, où l’enquête rattache environ sept personnes au groupe, tout en jugeant le nombre total de membres « vague ». La chaîne l’accuse de trafic d’armes et de cocaïne, de racket et de jeux illégaux, avec des conflits réglés par la violence. Ses membres s’affichent sur les réseaux sociaux avec armes et voitures de luxe, ce qui sert aussi à recruter des jeunes. L’enquête situe un lieu de rendez-vous dans le quartier bâlois du Gotthelf, où une intervention policière a eu lieu en mars 2025. Une procédure pénale est en cours en Suisse, et une autre en Allemagne contre un membre présumé.
Markus Gisin, de l’Office fédéral de la police (Fedpol), confirme que ces groupes pratiquent le racket, les jeux illégaux, la drogue et les armes, et que la Suisse leur sert de cible comme de zone de transit.
Un passé lié au PKK, selon Güven
C’est sur ce point que Cevheri Güven apporte son éclairage : d’anciens combattants du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, classé terroriste par la Turquie, l’Union européenne et les États-Unis, seraient entraînés au maniement des armes. Le groupe « dépasse ce que l’on entend d’ordinaire par crime organisé », dit-il à SRF. À noter que SRF parle de proximité avec le PKK et d’anciens combattants parmi les membres, sans présenter Tolhildan comme une branche du parti.
Les Daltons, l’ancrage stambouliote
Le lien le plus direct avec la Turquie passe par les Daltons (Daltonlar), un gang né à Istanbul, baptisé d’après les bandits de la bande dessinée Lucky Luke. Il fait partie de ce que la presse turque appelle la « mafia de la génération Z », des groupes de jeunes qui s’affichent en motos et armes sur les réseaux. Ses dirigeants ont été frappés en Turquie par de lourdes condamnations : en décembre 2025, un tribunal d’Istanbul a prononcé plusieurs perpétuités à l’issue de l’un des plus grands procès criminels du pays, selon Turkish Minute. Plusieurs figures ont ensuite gagné l’Europe, où la police allemande (BKA) les voit surtout actives dans les menaces et l’extorsion d’entrepreneurs, ainsi que dans le trafic d’armes. Ankara s’est d’ailleurs inquiétée de la multiplication des attaques contre des commerçants turcs en Allemagne.
SRF affirme que Tolhildan travaille avec les Daltons au moins depuis cet été, mais la Basler Zeitung relève que le reportage ne peut pas l’établir.
Le démenti du chef présumé
En fin d’enquête, la journaliste de SRF a joint par téléphone l’homme désigné comme l’un des chefs présumés, sous la lettre « S ». Il nie être le leader et dit ne pas connaître une telle structure. Il admet avoir été mêlé à des violences par le passé, mais affirme vouloir désormais mener une vie paisible et respectueuse de la loi.
Qui est Cevheri Güven
Né en 1977 à Erzurum, Cevheri Güven est un journaliste d’investigation turc, ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire Nokta. Incarcéré à la prison de Silivri fin 2015, il est libéré le 29 décembre 2015. Après la tentative de putsch du 15 juillet 2016, il quitte la Turquie. Il publie depuis sur YouTube des enquêtes sur la corruption et sur les liens supposés entre le pouvoir turc et des groupes criminels.
Entre Istanbul et Bâle, ces gangs d’à peine vingt ans profitent des frontières ouvertes de l’espace européen et d’un recrutement qui passe par un écran de téléphone. Reste une question que les autorités posent elles-mêmes : face à des recrues parfois mineures, la réponse doit-elle venir d’abord de la justice des mineurs ou du contrôle des armes vendues en ligne ?
Et vous, qu'en pensez-vous ?




